Côte d’Ivoire : Modernisation agricole, « Félix Jérôme Boli souligne le potentiel stratégique de l’intelligence artificielle »

Ce mercredi 21 octobre 2026, l’Amphithéâtre Daouda AIDARA de l’Université Nangui ABROGOUA a accueilli la deuxième journée de l’événement WoSIA-2. Placée sous le thème de « l’Intelligence Artificielle et ses enjeux stratégiques pour l’Agriculture et l’Environnement », cette rencontre a permis de mettre en lumière les opportunités offertes par l’IA pour moderniser le secteur agricole, tout en soulignant la nécessité d’une utilisation responsable et adaptée aux réalités locales.

La conférence principale a été animée par M. Boli Félix Jérôme, Chef de service des études et du développement informatique au Ministère de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières. Son intervention a posé un constat sans équivoque : le défi majeur de l’agriculture ivoirienne est de produire davantage avec moins de ressources, tout en renforçant la résilience des exploitations face aux changements climatiques, aux maladies et à la gestion complexe de l’eau et des sols.

Face à ces enjeux, l’intelligence artificielle se présente comme un outil stratégique capable de transformer les données agricoles en informations utiles à la prise de décision. Grâce à l’exploitation d’images satellitaires, de drones, de capteurs, de données météorologiques et d’observations de terrain, l’IA permet de surveiller les cultures, de détecter les anomalies, d’anticiper les risques et de prévoir les rendements.

Dans le domaine de l’agriculture de précision, les applications sont vastes. L’IA contribue à adapter l’irrigation, à optimiser l’usage des engrais et des produits phytosanitaires, et à mieux planifier les semis. Elle facilite également la détection du stress hydrique, la cartographie des parcelles, l’organisation logistique des récoltes et l’accès aux informations sur les prix et les débouchés commerciaux.

Par ailleurs, l’intelligence artificielle générative ouvre de nouvelles perspectives pour les producteurs, techniciens et chercheurs. Elle peut simplifier la rédaction de fiches techniques, produire des supports de formation ou encore faciliter la synthèse de rapports. Cependant, M. Boli a insisté sur la nécessité de vérifier systématiquement les informations générées afin d’éviter des erreurs ou des recommandations inadaptées au contexte local.

L’un des messages clés de cette journée a été la place de l’humain dans cette révolution technologique. « L’IA ne remplace ni l’expertise des chercheurs et des techniciens, ni le jugement des producteurs », a martelé le conférencier. La vérification sur le terrain demeure indispensable, notamment pour confirmer les maladies et évaluer les rendements.

Pour une utilisation responsable, plusieurs conditions ont été identifiées : la qualité des données, la validation agronomique, la protection des informations, la maîtrise des coûts et l’accessibilité des solutions. L’évaluation des résultats devra se faire sur la base d’indicateurs techniques, agronomiques, économiques et sociaux, sans garantir à l’avance des gains de rendement.

Cette démarche s’inscrit dans la contribution au projet IMPACT IA de la Côte d’Ivoire, qui s’articule autour de quatre axes prioritaires : l’amélioration de la qualité et de la gouvernance des données, le développement et la validation de solutions adaptées, le renforcement des compétences des acteurs agricoles et la capitalisation des résultats en vue d’un déploiement à grande échelle.

Interrogé sur la place de l’IA dans le secteur agricole, M. Boli a tenu à dissiper les préjugés. « De prime abord, on pourrait penser que l’intelligence artificielle, en tant que technologie, ne peut pas être utilisée dans le domaine agricole. Mais lorsqu’on y regarde de plus près, on se rend compte qu’il s’agit avant tout d’un outil qui peut être mis au service des producteurs, jusqu’aux consommateurs », a-t-il déclaré.

Il a rappelé que cette vision s’aligne sur les priorités du ministère, notamment la sécurité alimentaire, et s’inscrit dans la vision du Président de la République pour le développement du secteur. Concernant les risques liés à une mauvaise utilisation de l’IA, il a souligné que « comme tout outil, celle-ci peut être utilisée à bon escient ou de manière inappropriée ». Pour encadrer ces technologies, le gouvernement ivoirien a engagé des actions, notamment à travers des stratégies relatives à la gouvernance des données et à l’intelligence artificielle, présentées l’année dernière au Premier ministre par le ministre chargé de la Transition numérique et de l’Innovation technologique.

Pour terminer, l’intelligence artificielle représente une opportunité majeure pour rendre l’agriculture ivoirienne plus productive, plus durable et plus résiliente. Pour réussir cette transformation, il est essentiel de partir des besoins concrets des producteurs, de construire les solutions avec les acteurs de terrain et de mesurer leur efficacité avant toute généralisation. L’objectif est clair : produire mieux, préserver les ressources et renforcer la résilience de l’agriculture ivoirienne grâce à une IA fiable, accessible et adaptée aux réalités locales.

Vous aimerez aussi...