Guinée : Graves révélations de Radio Tankonnon sur la disparition d’opposants politiques et de personnalités de la Société Civile, « Des proches de Mamadi Doumbouya cités dans une enquête »
Le site de Radio Tankonnon à Bobo-Dioulasso au Burkina Faso est l’un des rares médias ouest-africains à rapporter et commenter cette enquête publiée hier par Jeune Afrique. Enquête sur les disparitions en Guinée d’opposants, de personnalités de la société civile, ou encore de journalistes.
« En Guinée, une ombre grandissante plane sur l’espace public et politique, relate Radio Tankonnon. Depuis plusieurs mois, les enlèvements de figures critiques du régime, ainsi que de certains de leurs proches, suscitent une vive inquiétude au sein de la société civile et des observateurs internationaux. Derrière ces disparitions, un schéma récurrent semble se dessiner, révélateur d’un climat de plus en plus répressif sous l’autorité du président Mamadi Doumbouya. »
Radio Tankonnon fait donc écho à cette longue enquête de Jeune Afrique. Enquête qui débute par le témoignage d’Abdoul Sacko, le coordinateur national du Forum des forces sociales de Guinée, une coalition créée en 2022 et qui regroupe une quarantaine d’organisations de la société civile. Abdoul Sacko qui a accepté de parler malgré le danger…
« Ce militant, qui critique le régime de transition instauré par les militaires en 2021, n’oubliera jamais ce jour de février 2025, pointe le site panafricain, où il s’est retrouvé sans savoir comment dans un village, à 100 km de Conakry. Yeux bandés, corps meurtri, il avait été abandonné dans la nature. La veille, des hommes armés et encagoulés avaient fait irruption à son domicile. “Ils ont menacé ma femme, mis ma fille en joue et l’ont plaquée au sol“, raconte Abdoul Sacko, encore très ému.
Ligoté, violenté, retenu pendant vingt-quatre heures par ses ravisseurs, il a été relâché sans aucune explication, à l’inverse d’autres adversaires du régime, toujours portés disparus. “Quelqu’un est venu défaire mes liens et m’a dit : “Toi, tu as de la chance, on devait t’éliminer. Si tu as la vie sauve, ne dis rien de ce qui t’est arrivé”, se souvient-il. Ses bourreaux ont-ils reçu l’ordre de le garder en vie ? Ou a-t-il échappé par miracle à l’inéluctable, tel le Daniel de la Bible, sorti indemne de la fosse aux lions ? »
Et Jeune Afrique de décrire une organisation répressive bien huilée : « Nous avons interrogé, rapporte le site panafricain, une dizaine de personnes victimes d’enlèvement ou de tentative d’enlèvement, et de témoins directs. Tous décrivent un même modus operandi, qui commence par des remarques et par des mises en garde. Ces alertes rouges sont souvent accompagnées de propositions d’intégrer la transition : offre d’un poste dans une administration publique, dans un ministère, voire au gouvernement.
Dans une seconde phase, des hommes à moto suivent les opposants, rôdent près de leur lieu de travail, posent des questions à leurs voisins. Des inconnus sonnent chez eux au milieu de la nuit, puis tambourinent à la porte s’ils ne répondent pas. » Enfin, surviennent les enlèvements.
Alors, « qui prend la décision et coordonne ces opérations ? Deux noms sont revenus au cours de cette enquête, pointe Jeune Afrique. Celui de Balla Samoura, haut commandant de la Gendarmerie nationale et rouage essentiel des Forces de défense et de sécurité.
Et celui du commandant Dantili Moriba Keïta (alias Kilo), chef de la compagnie Cobra du Groupement des forces spéciales, l’unité d’élite de Mamadi Doumbouya, et aide de camp du chef de l’État. De nombreux témoignages ou faits rapportés par des proches des disparus convergent vers ces responsables du système sécuritaire, qui passent pour des intimes du président ».
Avec RFI.FR



