Côte d’Ivoire : WILA 2026, « Le Forum des Femmes de la Logistique Africaine Célèbre sa 5ème Édition à Abidjan »
Le samedi 9 mai 2026, la salle des fêtes du Sofitel Hôtel Ivoire a vibré au rythme d’une ambition continentale. La cinquième édition du Forum Women In Logistics Africa (WILA) a réuni décideurs publics, dirigeantes du secteur privé et partenaires institutionnels autour d’un thème fort : « La logistique durable dans les secteurs des mines, du pétrole et de l’énergie en Afrique : Enjeux, Innovations et Tendances ». Placé sous le haut patronage du ministre des Transports et des Affaires maritimes Amadou Koné et parrainé par la ministre de la Femme, de la Famille et de l’Enfant Nasseneba Touré, l’événement a confirmé la montée en puissance d’une organisation désormais incontournable sur la scène logistique africaine.

Depuis sa création, WILA a accompagné plus de 1 000 femmes à travers le continent, dispensé plus de 80 formations et organisé plus de 50 événements fédérateurs. Son programme de mentorat a offert un accompagnement personnalisé à 80 jeunes étudiants, avec un taux d’insertion professionnelle de 86 % en Côte d’Ivoire. L’association rayonne aujourd’hui dans 21 pays, de Dakar à Kinshasa, de Lomé à Libreville.

Ouvrant les travaux, la présidente fondatrice Christiane Ohin Traoré a retracé ce chemin parcouru avec une fierté mesurée. « En cinq ans, nous avons su valoriser les figures et modèles féminins qui dirigent et transforment notre écosystème », a-t-elle déclaré, citant notamment Mme Cissé, directrice régionale d’Africa Global Logistics pour la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, et Mme Adélaïde Kouassi, directrice d’exploitation d’Abidjan Terminal, présidente d’honneur de cette édition.
Cet engagement collectif a valu à WILA la distinction du Prix National d’Excellence, remis par le président de la République Alassane Ouattara. Mais pour Christiane Ohin Traoré, l’heure n’est pas à la contemplation : « Les cinq prochaines années, notre ambition est claire : inspirer, impacter et transformer durablement la logistique sur notre continent. »
La représentante du ministère de la Femme, Marie France Kouakou, directrice de l’Autonomisation de la Femme et de l’Équité, a porté un message politique fort. Elle a rappelé que la Côte d’Ivoire, classée première en matière d’égalité de genre dans la CEDEAO en 2026, vise désormais une représentation féminine de 30 % dans les métiers techniques. La digitalisation des ports, les fameux SmartPorts, et l’automatisation des entrepôts sont présentées comme des leviers concrets de cette inclusion, en réduisant la pénibilité physique traditionnellement invoquée pour écarter les femmes.
« Il ne saurait y avoir de développement durable sans inclusion effective des femmes », a-t-elle martelé, avant d’ajouter : « On ne fait plus de plaidoyer. On est dans la normalité. On ne peut pas écarter la moitié de son potentiel. »

Le Lieutenant-colonel Ninsemon Kida-Rose, Directrice générale adjointe des Affaires maritimes, a livré l’intervention la plus remarquée de la matinée. Parlant au nom du ministre Amadou Koné, elle a replacé la logistique au rang de priorité stratégique nationale. « Une mine sans corridor fiable reste une promesse inachevée. Un port sans fluidité est un frein là où il devrait être accélérateur », a-t-elle affirmé.
S’adressant directement aux femmes présentes, venues notamment du Gabon, du Cameroun, du Burkina Faso, du Sénégal, du Mali, de la RDC, de Guinée et du Togo, elle a posé une question simple et décisive : « Lorsque nous acheminons un minerai, une turbine ou un conteneur, que transportons-nous vraiment ? Nous transportons de l’emploi. Nous transportons de la confiance. Nous transportons de la souveraineté. »
La conférence inaugurale a été assurée par Mme Adélaïde Kouassi, directrice d’exploitation d’Abidjan Terminal. Son intervention a dressé un état des lieux lucide des défis logistiques du continent déficit d’infrastructures, dépendance aux carburants fossiles, fragmentation réglementaire avant d’ouvrir des perspectives concrètes.
Parmi les pistes évoquées : l’intégration des énergies renouvelables dans les entrepôts et terminaux portuaires, la digitalisation des chaînes d’approvisionnement grâce à l’IoT et aux systèmes de traçabilité de bout en bout, le développement du transport multimodal mer-rail-route, et l’accélération de la coopération régionale dans le cadre de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAF).
La Côte d’Ivoire illustre déjà cette transition : quatre nouvelles centrales solaires totalisant plus de 210 000 watts sont en cours de déploiement, le cadastre minier est en voie de digitalisation, et les terminaux à conteneurs d’Abidjan et de San Pedro s’équipent progressivement de portiques électriques et de tracteurs zéro émission. Le pays s’est par ailleurs fixé un objectif de réduction de 33 % de ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2035, et vise 42 % d’énergie renouvelable dans son mix énergétique d’ici 2030.
« La durabilité n’est pas une contrainte, c’est un levier stratégique », a conclu Mme Kouassi. « Nous ne devons plus seulement déplacer des marchandises. Nous devons transporter le développement de manière responsable. »

Cette cinquième édition s’est conclue par la remise de 23 prix aux WILA Awards, distinguant des femmes qui s’illustrent dans des fonctions logistiques stratégiques à travers le continent. Parmi les lauréates, le Lieutenant-colonel Ninsemon Kida-Rose, visiblement émue, a confié : « Je ne m’y attendais pas du tout. Cette reconnaissance démontre une fois de plus tout le travail que l’on abat au quotidien. »
En cinq ans, WILA est passé d’une intuition à une institution. En 2026, ce forum ne célèbre plus seulement des pionnières, il dessine les contours d’une logistique africaine portée, pour la première fois pleinement, par tous ses talents.



