Côte d’Ivoire : Nutrition infantile, « L’UNICEF et le CONANUT et lancent la campagne ‘One More Spoon’ pour transformer les habitudes alimentaires »

Ce mardi 20 octobre 2026, le Bureau de Coordination du Conseil National pour l’Alimentation et la Nutrition (BC-CONANUT), en partenariat avec l’UNICEF, a organisé les 20 et 21 octobre 2026, à l’hôtel Palm Club d’Abidjan, un atelier national de cocréation. Cet événement marquait le coup d’envoi de l’adaptation au contexte ivoirien de la campagne continentale « One More Spoon » (Une cuillerée de plus), une initiative visant à améliorer la diversification alimentaire des jeunes enfants en Côte d’Ivoire.

Présidé par le Dr Patricia YOBOUE N’GORAN-T, Conseillère à la Présidence de la République et Coordonnatrice du CONANUT, cet atelier a réuni des représentants des institutions nationales, des agences des Nations Unies, de la société civile, des organisations de mères et de femmes, ainsi que des médias. Animés par le cabinet MAGENTA, les travaux ont permis de poser les bases d’une campagne de marketing social adaptée aux réalités locales.

En Côte d’Ivoire, les chiffres restent alarmants. Seuls quatre enfants sur dix âgés de 6 à 23 mois consomment au moins cinq des huit groupes d’aliments recommandés. La majorité d’entre eux ne reçoit donc pas l’ensemble des nutriments nécessaires à leur croissance et à leur développement cognitif.

Un constat d’autant plus paradoxal que le problème ne relève pas d’une pénurie alimentaire. Comme l’a souligné l’UNICEF, trois groupes d’aliments demeurent systématiquement sous-consommés : les œufs, les légumineuses et fruits à coque, ainsi que les fruits et légumes non riches en vitamine A. Pourtant, ces aliments sont généralement disponibles dans les foyers et sur les marchés locaux.

Les freins à leur consommation sont principalement comportementaux, sociaux et culturels : idées reçues, restrictions culturelles, normes familiales et messages contradictoires. Une évaluation qualitative menée par l’UNICEF et MAGENTA à Gonzagueville, Soubré et Boundiali a confirmé la persistance de ces mythes alimentaires, malgré de fortes aspirations maternelles à mieux nourrir leurs enfants.

Face à ces défis, la campagne « One More Spoon » propose une approche novatrice, centrée sur les habitudes réelles des ménages. Portée par le programme First Foods Africa de l’UNICEF, cette initiative repose sur des recherches menées dans sept pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre.

Le principe est simple et concret : ajouter chaque jour une cuillère supplémentaire d’un ingrédient local nutritif au repas habituel de l’enfant. Les sciences du comportement démontrent en effet qu’une habitude s’installe plus durablement par la répétition d’un geste précis dans un cadre familier que par une refonte radicale du régime alimentaire.

« La diversification alimentaire du jeune enfant est un enjeu déterminant pour le capital humain de notre pays. À travers cette campagne, nous voulons accompagner chaque famille vers un geste simple, accessible et durable, fondé sur les aliments disponibles localement », a déclaré le Dr Patricia YOBOUE N’GORAN-T.

Durant deux jours, les participants ont travaillé à l’adaptation nationale de la campagne. Les échanges ont porté sur plusieurs axes stratégiques :

  • La cartographie du parcours alimentaire de l’enfant et l’identification du moment le plus propice pour ajouter la cuillère ;
  • La validation des profils de mères et de pères ciblés ;
  • Le choix des groupes d’aliments prioritaires, définissant ainsi « la cuillère » ivoirienne ;
  • La définition des messages clés, du ton, des concepts créatifs et des canaux de communication.

À l’issue des travaux, le cabinet MAGENTA produira une note d’adaptation nationale consignant l’ensemble des décisions prises, un panier de messages adaptés ainsi qu’une cartographie des canaux prioritaires. Ces livrables guideront directement la production des supports de la campagne en Côte d’Ivoire.

Dans son allocution, Mme Mariana STIRBU, Représentante adjointe de l’UNICEF en Côte d’Ivoire, a salué le leadership ivoirien et l’engagement de tous les acteurs. Elle a toutefois rappelé l’ampleur des défis : « Près de 79 % des enfants ne bénéficient pas d’une alimentation diversifiée et 39,2 % consomment des aliments malsains, notamment en milieu urbain. »

Elle a insisté sur la nécessité d’agir sur deux fronts : « Rendre les aliments nutritifs et sains produits localement plus accessibles, et donner aux familles une information simple, fiable et pouvant être traduite en action au quotidien. »

Cette initiative s’inscrit dans le cadre du Child Nutrition Fund (CNF), un mécanisme de financement piloté par l’UNICEF, et du programme First Foods Africa. Elle est pleinement alignée avec le Plan National de Développement (PND) 2026-2030, qui fait de la nutrition un levier majeur du développement du capital humain, sous l’autorité du Vice-Président de la République, Son Excellence Tiémoko Meyliet KONÉ.

Le Dr Yoboué N’Goran-T a rappelé que « ce que nous donnons à manger à nos enfants durant cette période contribue à déterminer ce qu’ils pourront devenir demain ». Elle a également souligné les actions concrètes déjà menées : renforcement du cadre législatif sur les congés de maternité et la commercialisation des substituts du lait maternel, extension des structures « amies des bébés », et déploiement des plateformes de services intégrés de nutrition (FRANCS-DPE).

À l’issue de cet atelier, les participants sont repartis avec des choix clairs sur les aliments prioritaires, les publics cibles, les messages et les canaux de communication. La campagne « Une cuillerée de plus » ambitionne de devenir un puissant levier de changement pour l’alimentation et l’avenir des enfants de Côte d’Ivoire.

Comme l’a résumé l’UNICEF, « offrir à chaque enfant une alimentation adéquate est une responsabilité partagée, qui nécessite des solutions ancrées dans les réalités des familles et une action coordonnée de tous les secteurs ». Avec cette campagne, la Côte d’Ivoire franchit une étape décisive vers cet objectif.

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