Côte d’Ivoire : Nutrition communautaire, « Le CONANUT engage une vaste opération pour relancer les FRANC-DPE »

Le Conseil National pour l’Alimentation et la Nutrition (CONANUT) a procédé, ce mardi 13 octobre 2026, au lancement officiel de la mission de mobilisation communautaire pour la relance des activités des Foyers de Renforcement des Activités de Nutrition Communautaire et de Développement de la Petite Enfance (FRANC-DPE). La cérémonie, tenue au siège du CONANUT, a été marquée par le discours d’ouverture de Dr Patricia Yoboué N’goran, Coordonnateur du CONANUT, qui a lancé la mission au nom du Vice-Président de la République, Son Excellence Tiémoko Meyliet Koné.

La malnutrition demeure un défi majeur pour la Côte d’Ivoire, confrontée à une triple charge nutritionnelle : sous-nutrition, carences en micronutriments et surnutrition. « La malnutrition est un fléau silencieux qui menace la première richesse de notre nation, à savoir son Capital Humain, en réduisant ses capacités d’apprentissage, son état de santé affaiblissant sa productivité économique et accentuant les inégalités sociales », a averti Dr Patricia Yoboué N’goran.

Le phénomène affecte toutes les couches de la société, en particulier les enfants, les femmes et les communautés vulnérables. Les carences nutritionnelles durant les 1000 premiers jours de vie ont des répercussions néfastes sur l’état de santé, limitent les capacités physiques et le développement cognitif, réduisant la capacité d’apprentissage et le niveau d’instruction, avec pour corollaire d’importantes pertes de productivité et de revenu pour les individus et pour la nation.

La malnutrition n’est pas uniquement un problème de santé. Elle est le reflet d’une insécurité alimentaire, d’un accès insuffisant à l’eau potable, à l’hygiène et à l’assainissement, d’une faible couverture des services de santé et de protection sociale, d’une pauvreté persistante et d’un faible niveau d’autonomisation de la femme, ainsi que d’un déficit d’alphabétisation, en particulier chez les femmes.

Face à ces défis, la Côte d’Ivoire a fait le choix de l’action fondée sur une forte volonté politique et une mobilisation multisectorielle. Sous la haute autorité du Président de la République, Son Excellence Alassane Ouattara, la nutrition a été érigée en priorité nationale, placée sous l’autorité du Vice-Président de la République, avec pour ambition de garantir à chaque citoyen un état nutritionnel optimal.

La fierté de la Côte d’Ivoire réside dans sa stratégie nationale de convergence communautaire, qui fait l’objet de partage d’expérience avec les pays africains en tant que bonne pratique. Mise en place depuis 2010 et redéfinie de manière consensuelle dans le cadre du premier Plan National Multisectoriel de Nutrition (PNMN) 2016-2020, cette stratégie s’incarne à travers les FRANC-DPE.

Ces espaces communautaires constituent de véritables plateformes intégrées de coordination locale des interventions multisectorielles. Ils permettent d’offrir un paquet de services essentiels : accès aux soins de santé primaires, à une alimentation diversifiée au niveau des ménages, à la restauration collective des enfants, à l’eau potable (potabilisation, forage, Hydraulique Villageoise Améliorée), à l’hygiène et à l’assainissement, aux services de protection sociale, à l’éducation et à l’alphabétisation fonctionnelle, ainsi qu’à l’éducation parentale préscolaire à partir de 24 mois. Ces foyers renforcent également l’autonomisation de la femme et contribuent à sortir les communautés de la pauvreté.

À ce jour, cette stratégie a été largement éprouvée par la mise en place de 2 438 FRANC-DPE dans quatorze régions à forte prévalence de la malnutrition, avec l’appui de la Banque Mondiale à travers le Projet Multisectoriel de Nutrition et de Développement de la Petite Enfance (PMNDPE) et de l’UNICEF à travers le Child Nutrition Fund. Par ailleurs, 1 600 FRANC seront mis en place avec l’appui financier de la Banque Islamique de Développement à travers le Projet Intégré de Nutrition et de Développement de la Petite Enfance (PINUT-DPE).

Malgré ces avancées, les évaluations de fin de projet et les récentes supervisions ont révélé des limites persistantes. « Ces avancées laissent entrevoir certaines limites qui n’ont pas permis d’assurer pleinement la pérennisation et la durabilité des acquis, notamment le recours à des dispositifs parallèles de mise en œuvre, avec des coûts de fonctionnement élevés, et la mise en œuvre limitée du paquet de services, toute chose qui n’a pas permis l’appropriation des FRANC par les communautés », a reconnu le Coordonnateur du CONANUT.

Les missions diagnostiques de redynamisation réalisées sur la période fin 2025 et début 2026 ont montré que seulement 20% des FRANC sont fonctionnels. Ce constat alarmant signifie que plus de 80% des FRANC créés nécessitent une redynamisation qui passe nécessairement par la remobilisation des communautés autour de ces structures.

Les missions de prise de contacts des ministères sectoriels, réalisées dans les localités abritant 741 FRANC des régions du Kabadougou, du Béré, du Worodougou, du Bafing, du Tchologo et de la Bagoué au premier trimestre de l’année 2026, ont confirmé ce diagnostic préoccupant.

Face à ce constat, le renforcement de la pérennité des FRANC constitue un enjeu majeur. Cette pérennité repose sur une forte appropriation communautaire ainsi que sur la mise en place de mécanismes endogènes de gestion et de financement. Aussi, le guide d’implémentation des FRANC et son cadre de gouvernance ont été révisés par l’ensemble des acteurs, y compris le corps préfectoral et les collectivités.

Cette réorientation stratégique vise à transférer la gouvernance des interventions communautaires vers les acteurs institutionnels gouvernementaux et décentralisés. Cette démarche a pour objectif de consolider l’ancrage territorial, d’améliorer la redevabilité et de garantir la durabilité des actions.

Le nouveau guide clarifie le rôle et les responsabilités de chaque acteur et partie prenante, mettant fin aux structures parallèles telles que les Assistants Opérationnels du Projet (AOP) et les Comités Locaux de Pilotage (CLP) qui avaient été mis en place en dehors des organes de pilotage du PNMN.

La mission de mobilisation communautaire pour la relance des activités des FRANC sera déployée du 15 octobre au 1er novembre 2026, soutenue par 32 équipes pluridisciplinaires à travers six régions de la Côte d’Ivoire : la Bagoué, le Tchologo, le Bafing, le Worodougou, le Béré et le Kabadougou. L’objectif est de redynamiser et pérenniser 741 FRANC-DPE.

Sous le leadership du CONANUT, cette mission se fera avec l’implication des collectivités et de l’ensemble des ministères techniques sectoriels membres du CONANUT, tous engagés dans la stratégie de convergence. Huit ministères participeront activement à cette mission : le Ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfant (MFFE) ; le Ministère de la Santé, de l’Hygiène Publique et de la Couverture Maladie Universelle (MSHPCMU) ; le Ministère de l’Emploi, de la Protection Sociale et de la Formation Professionnelle (MEPSFP) ; le Ministère de la Cohésion Nationale, de la Solidarité et de la Lutte contre la Pauvreté (MCNSLP) ; le Ministère de l’Agriculture, du Développement Rural et de la Production Vivrière (MINADERPV) ; le Ministère des Ressources Animales et Halieutiques (MIRAH) ; le Ministère de l’Éducation Nationale et de l’Enseignement Technique (MENAET) ; et le Ministère de l’Hydraulique, de l’Assainissement et de la Salubrité (MINHAS).

La mission sera conduite par les Conseils régionaux et les ministères membres du CONANUT, sous la supervision des Préfets et la coordination du Bureau du CONANUT. Dans chaque région, des équipes pluridisciplinaires seront mises en place, incluant des représentants du Conseil Régional, des représentants des ministères du niveau central et départemental, et des représentants de la Coordination du CONANUT. Ces équipes seront déployées selon un circuit pour couvrir l’ensemble des FRANC de la région.

La mission vise de manière générale à relancer les activités des FRANC avec l’engagement effectif des communautés. De façon spécifique, il s’agit de :

  • Engager le dialogue communautaire avec toutes les parties prenantes à partir d’un questionnaire élaboré sur la base des goulots d’étranglement identifiés ;
  • Effectuer la visite du FRANC en vue d’apprécier sa fonctionnalité ;
  • Identifier les pistes de solutions pour la redynamisation des FRANC ;
  • Identifier les animateurs des FRANC, convenir de leur rémunération et faire un briefing sur leurs responsabilités ;
  • Identifier les sources de financement au niveau de la communauté (AGR communautaire, mutuelles, AVEC, autres sources) pour financer les besoins des FRANC ;
  • Identifier l’AGR durable à mettre en place en vue de la pérennisation des FRANC ;
  • Élaborer une feuille de route pour une relance effective des activités (formation des animateurs, choix du site et aménagement de l’espace abritant le FRANC, équipement, etc.) ;
  • Réaliser le briefing des animateurs sur le Paquet Minimum d’Activités (PMA) des FRANC ;
  • Réaliser le briefing du comité villageois de développement sur leurs responsabilités.

Les principaux résultats attendus de cette mission sont :

  • Les pistes de solutions pour la redynamisation des FRANC sont connues à l’issue du dialogue communautaire ;
  • La feuille de route de chaque localité pour une relance des activités des FRANC est disponible ;
  • Les animateurs du FRANC sont identifiés et briefés sur leurs responsabilités ;
  • Les sources de financement pérenne du FRANC par la communauté sont connues ;
  • L’AGR durable à mettre en place est identifiée et les conditions de sa réussite sont connues ;
  • Les animateurs et les membres du comité villageois de développement sont briefés ;
  • Les acteurs communautaires sont engagés pour relancer les FRANC de leurs localités.

Dans son discours, Dr Patricia Yoboué N’goran a lancé un appel vibrant à tous les acteurs. « Nous restons convaincus que la lutte contre la malnutrition ne se gagne ni dans les bureaux de l’administration centrale ni dans les seules structures de santé ou de l’agriculture. Elle se gagne à travers des efforts collectifs, au sein des villages, des quartiers, des ménages et des communautés où vivent les femmes, les enfants et les familles que nous avons la responsabilité de servir. »

Le Coordonnateur du CONANUT a invité le corps préfectoral, les collectivités territoriales et l’administration déconcentrée à jouer un rôle déterminant. « Vous êtes tous les artisans de la territorialisation de la politique nationale de nutrition. Votre engagement permettra de faire converger les interventions de la santé, de l’agriculture, de l’éducation, de l’eau et de l’assainissement, de la protection sociale et du développement local au bénéfice des populations les plus vulnérables. »

L’ambition affichée est claire : faire de chaque région, de chaque département, de chaque commune et de chaque village un espace où la nutrition est portée comme une priorité de développement humain et où aucun enfant ne souffre de malnutrition par manque d’information, de coordination ou de soutien.

« SEM le Vice-Président de la République ne ménagera aucun effort afin de faire des FRANC une réalité nationale et conduire les localités villageoises abritant les FRANC dans un processus de labélisation en village ODD (Objectifs de Développement Durable) », a promis Dr Patricia Yoboué N’goran.

Sur ce, elle a officiellement lancé la mission de mobilisation communautaire pour la relance des activités des Foyers de Renforcement des Activités de Nutrition Communautaire et de Développement de la Petite Enfance, souhaitant une bonne mission à toutes les équipes déployées sur le terrain.

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