Côte d’Ivoire : Le CONANUT fédère la société civile autour de la nutrition
Le Bureau de Coordination du Conseil National pour l’Alimentation et la Nutrition (CONANUT) a réuni ce mercredi 17 juin 2026, les organisations de la société civile pour une séance d’orientation stratégique. Tenue sous l’égide du Vice-Président de la République, la rencontre avait un double objectif : insuffler une nouvelle dynamique au Réseau de la Société Civile pour la Nutrition et fixer les priorités d’action pour les six prochains mois, dans le cadre du Plan National Multisectoriel de Nutrition (PNMN) 2024-2027.

La malnutrition continue de peser lourdement sur le développement de la Côte d’Ivoire. Dr Patricia Yoboué N’GORAN-T, Coordonnatrice Nationale du CONANUT, a dressé un tableau sans détour : le pays fait face à un triple fardeau associant sous-nutrition, carences en micronutriments cette « faim cachée » qui échappe au regard et surnutrition. Des maux aux conséquences profondes sur le développement cognitif des enfants, la productivité des adultes et la trajectoire globale du pays.
Le taux de malnutrition chronique s’établit à 21,4%, l’allaitement maternel exclusif ne concerne que 25,3% des nourrissons, tandis que l’anémie touche 61,4% des femmes en âge de procréer et 68% des enfants. Des indicateurs d’autant plus interpellants que la Côte d’Ivoire affiche par ailleurs un score de 62,3% dans la mise en œuvre des Objectifs de Développement Durable, au-dessus de la moyenne régionale de 53,7%.
Pour faire face à ces défis, le gouvernement a érigé la lutte contre la malnutrition en priorité nationale. Le PNMN 2024-2027, adopté en juin 2024, fixe l’ambition de « garantir à l’ensemble de la population un statut nutritionnel optimal ». C’est dans ce sillage qu’a été institué le CONANUT, par décret n°2025-53 du 16 janvier 2025, sous la tutelle directe du Vice-Président de la République.
Le décret prévoit la mobilisation de plusieurs réseaux thématiques parlementaires, secteur privé, monde académique, jeunes, médias et partenaires techniques et financiers. Mais c’est à la société civile que revient un rôle de premier plan. Ses organisations sont expressément citées aux articles 10 et 16 du texte fondateur comme partenaires essentiels en matière de sensibilisation, de plaidoyer et de suivi citoyen des politiques nutritionnelles.

« Les Organisations de la Société Civile sont des relais indispensables pour que la politique nationale de nutrition atteigne chaque communauté, chaque ménage, chaque enfant », a insisté Dr Yoboué N’GORAN-T, appelant à une conjugaison des efforts face à un phénomène aux causes multiples et transversales.
La réunion a permis de dégager des axes d’intervention concrets, notamment le soutien à la campagne nationale pour l’allaitement maternel. Une caravane de mobilisation est programmée du 18 juillet au 4 août 2026, avec pour ambition de renverser la tendance des indicateurs actuels.
Pour Mahamadou Kouma, Président du Conseil d’Administration de la Convention de la Société Civile Ivoirienne, la rencontre de ce mercredi marque un tournant. « La société civile a un rôle important à jouer, située entre les citoyens et les gouvernants. Nous sommes en mesure de faire remonter les besoins réels des populations », a-t-il affirmé, soulignant l’introduction d’une fiche projet dédiée au suivi citoyen des actions nutritionnelles.

Il a tenu à rappeler que le réseau dispose de ressources humaines déployées dans toutes les régions du pays. « La société civile, ce n’est pas qu’Abidjan », a-t-il martelé, signifiant que l’ancrage territorial est une réalité, non une promesse.
Le PNMN 2024-2027 bénéficie d’un financement largement sécurisé, avec plus de 187,5 milliards de francs CFA mobilisés. Une assise financière qui conforte l’approche multisectorielle et inclusive portée par le plan, dont la société civile constitue désormais un maillon incontournable.
« Un réseau fort, structuré et engagé constituera un véritable levier pour accélérer les progrès et rapprocher les actions des besoins réels des communautés », a conclu Dr Yoboué N’GORAN-T, dont l’appel résonne comme un mot d’ordre : « Notre avenir commence par notre assiette. »



