Côte d’Ivoire : Gouvernement Mambé II, « Nomination de Djibril Ouattara »

Le choix stratégique d’un architecte du numérique. En faisant entrer Djibril Ouattara au gouvernement, l’État ivoirien ne se contente pas de nommer un ministre. Il adoube un stratège du numérique à un moment où la technologie est devenue à la fois un instrument de pouvoir et un moteur de croissance. Entre gouvernance, investissements et souveraineté économique, le numérique change d’échelle et d’homme.

Ce vendredi 23 janvier, dans la mécanique bien huilée de l’appareil d’État, un choix a attiré l’attention des observateurs avertis. Djibril Ouattara, ancien Directeur général de MTN Côte d’Ivoire, franchit la frontière invisible entre le secteur privé et le cœur du pouvoir. 

Sa nomination au poste de Ministre de la Transition numérique et de l’Innovation technologique, sur proposition du Premier ministre Robert Beugré Mambé, n’est ni fortuite ni symbolique. Elle répond à une lecture lucide des rapports de force contemporains : désormais, la compétitivité des nations se joue aussi dans les réseaux, les données et les algorithmes.

Ingénieur formé à l’INP-HB, puis affûté intellectuellement au Massachusetts Institute of Technology (MIT), Djibril Ouattara appartient à cette génération de décideurs qui pensent la technologie comme une infrastructure stratégique, au même titre que l’énergie ou les routes.

 Dans l’univers feutré mais impitoyable des télécommunications africaines, il s’est imposé sans bruit. De 2019 à 2024, à la tête de MTN Côte d’Ivoire, il ne s’est pas contenté de gérer un opérateur : il a piloté une mutation.

Sous sa conduite, l’entreprise a modernisé ses réseaux, renforcé sa qualité de service et consolidé sa position sur un marché hautement concurrentiel, générant des centaines de milliards de FCFA de chiffre d’affaires dans un secteur qui pèse désormais près de 7 % du PIB ivoirien.

 Mais au-delà des indicateurs financiers, c’est sa capacité à dialoguer avec le régulateur, à anticiper les évolutions technologiques et à inscrire l’investissement privé dans une vision de long terme qui a forgé sa réputation.

Aujourd’hui, le décor change. Le bureau du ministre remplace la salle du conseil d’administration, mais les arbitrages restent complexes, peut-être plus encore. À la tête de la Transition numérique, Djibril Ouattara se retrouve au carrefour du politique et de l’économique.

 Le numérique, longtemps perçu comme un secteur technique, s’impose désormais comme un levier de gouvernance et de croissance.

Le chantier de la 5G en est l’illustration la plus emblématique. 

Derrière la promesse de vitesse et d’innovation se cachent des décisions lourdes : des investissements de plusieurs centaines de milliards de FCFA, des choix de partenaires technologiques, des enjeux de couverture du territoire et de compétitivité régionale.

 Déployer la 5G, c’est arbitrer entre attractivité économique et intérêts stratégiques de l’État.

Mais le pouvoir ne se mesure pas seulement à la hauteur des antennes. Il se lit aussi dans la qualité de service offerte aux citoyens. 

Avec plus de 45 millions de lignes mobiles actives et un taux de pénétration d’Internet dépassant 50 %, le numérique touche désormais le quotidien des ménages et la productivité des entreprises. La pression sociale sur les coûts, la fiabilité des réseaux et la protection des consommateurs place le ministre face à des choix politiques à fort impact économique.

Plus silencieuse, mais tout aussi décisive, la bataille de l’inclusion numérique se joue loin des centres urbains. Réduire la fracture, connecter les zones rurales, former les jeunes aux compétences digitales : autant de décisions qui engagent l’avenir économique. Chaque avancée dans l’accès à Internet élargit la base productive, stimule l’entrepreneuriat et renforce la cohésion sociale.

Dans cette architecture, l’innovation locale apparaît comme un pari de souveraineté économique. La Côte d’Ivoire regorge de talents, mais peine encore à faire émerger des champions capables de rivaliser à l’échelle régionale. Structurer l’écosystème des startups, orienter le financement et transformer les idées en valeur ajoutée devient une question de politique industrielle.

Enfin, il y a l’État lui-même.

La digitalisation de l’administration promet des gains d’efficacité mesurables jusqu’à 20 à 30 % de réduction des coûts administratifs dans des expériences comparables mais elle engage aussi la crédibilité du pouvoir, la transparence et la confiance des citoyens. Moderniser l’État, c’est aussi exposer ses vulnérabilités, d’où l’importance de la cybersécurité, désormais indissociable de la gouvernance.

La nomination de Djibril Ouattara intervient ainsi à un moment charnière. Les attentes sont élevées, les marges de manœuvre étroites, et les résultats scrutés.

 Mais son parcours laisse entrevoir une cohérence : celle d’un homme qui sait que le numérique n’est ni neutre ni accessoire.

Au-delà des réseaux et des plateformes, c’est une vision qui se dessine : faire du numérique un instrument de pouvoir maîtrisé et un moteur de croissance durable.

 Dans cette bataille silencieuse, Djibril Ouattara avance avec une conviction simple à l’ère digitale, gouverner, c’est aussi connecter, protéger et investir.

Vous aimerez aussi...