Côte d’Ivoire : Démolition du marché Gouro de Yopougon, « Les organisations de commerçants appellent l’État à réparer les préjudices »
Face à la destruction du marché Gouro de Yopougon-Siporex par le District Autonome d’Abidjan, le Collectif des Organisations Professionnelles de Commerçants (OPC) a tenu ce dimanche 07 juin 2026 une déclaration de presse au Complexe Hôtelier Asthoria Palace de Yopougon. Par la voix de l’UCEAO et du SYCAOPAO, les commerçants ont dénoncé une opération menée sans concertation ni indemnisation, et réclamé des mesures urgentes au gouvernement ivoirien.

Dans le cadre des opérations de déguerpissement que conduit depuis plusieurs années le District Autonome d’Abidjan et qui s’intensifient à l’approche de la saison des pluies, les autorités ont procédé à la destruction complète du marché Gouro de Siporex, dans la commune de Yopougon. Un marché qui existait depuis de nombreuses années et constituait un maillon essentiel de la chaîne d’approvisionnement des ménages abidjanais.
Pour les organisations de commerçants, le constat est brutal : des pertes matérielles et financières considérables, aucune procédure préalable d’information ou de consultation, et des commerçantes laissées à elles-mêmes après l’opération. « Du jour au lendemain, on vient, on met tout à plat. Non seulement ils perdent leurs marchandises, ils perdent leur argent. Or, pour constituer un investissement, il faut des années. En un clin d’œil, tout est parti », a déploré Karamoko Souhalio, président du SYCAOPAO.
Le Collectif des OPC tient à le préciser d’emblée : il n’est pas opposé au programme de lutte contre le désordre urbain. Lorsque le nouveau gouverneur du District Autonome d’Abidjan a lancé ces opérations, elles ont été saluées par une large partie de la population, tant le chaos urbain était devenu intolérable dans la capitale économique. Les actions de communication, les visites de terrain et les réunions avec les maires des communes avaient alors laissé entrevoir une démarche concertée et humaniste.

Mais la réalité de l’exécution a rapidement contredit ces promesses. Aucune des faitières de commerçants n’a été associée au processus ni avant, ni pendant, ni après les opérations. « Ce qui est déplorable, c’est l’absence totale de concertation avec les personnes impactées, et leur non prise en charge après le déguerpissement », souligne la déclaration lue par Denis Gbogbo, président de l’UCEAO.
Au-delà du préjudice direct subi par les commerçants, le Collectif des OPC alerte sur les conséquences économiques en cascade pour l’ensemble des ménages abidjanais. La destruction du marché Gouro, nœud important de la distribution des produits vivriers, fragilise toute une chaîne d’approvisionnement. Une hausse des prix et une raréfaction des denrées alimentaires dans les communes d’Abidjan sont jugées inévitables à court terme.
Face à cette situation, les organisations réclament la création urgente d’une cellule de crise chargée de gérer l’effet domino sur les marchés du District. Elles demandent également au gouvernement de suspendre les contrôles sur le respect des prix par les commerçants, ou à défaut, de leur octroyer des subventions pour amortir les pertes subies.

S’appuyant sur un précédent institutionnel la création, le 6 août 2024, d’un Comité de Direction et de Suivi des Déguerpissements par le Président Alassane Ouattara lors de son allocution pour le 64ème anniversaire de l’indépendance , le Collectif des OPC formule cinq revendications précises :
- La réactivation de ce comité présidentiel, jugé inopérant à ce jour
- l’intégration du Ministère du Commerce et des représentants des OPC en son sein
- le dédommagement de tous les opérateurs économiques ayant tout perdu lors des déguerpissements
- la création d’une cellule de crise pour contenir la flambée des prix vivriers
- et enfin, la suspension des contrôles tarifaires ou l’octroi de subventions compensatoires pour les commerçants sinistrés.
Pour terminer son commentaire, Karamoko Souhalio a élargi le débat à une question de principe : « On dit zéro mort, il faut préserver la vie humaine. Mais il faut aussi préserver l’investissement. C’est tout aussi important. » Un rappel que la lutte contre le désordre urbain, pour être légitime et durable, ne peut faire l’économie d’un dialogue sincère avec les acteurs économiques qu’elle impacte directement.
Le Collectif des OPC dit rester ouvert au dialogue avec les autorités compétentes, tout en avertissant que sans réponse rapide, la détresse des commerçants et la déstabilisation des marchés abidjanais pourraient s’aggraver dans les semaines à venir.
La déclaration a été lue par Denis Gbogbo, président de l’UCEAO (Union des Commerçants des États de l’Afrique de l’Ouest), au nom du Collectif des Organisations Professionnelles de Commerçants de Côte d’Ivoire.



