Côte d’Ivoire : CECI-INTELLECT 2025, « L’éducation inclusive et l’héliciculture, nouvelles voies d’autonomie pour les personnes non-voyantes »
Le mercredi 17 décembre 2025, l’Institut des Aveugles de Yopougon a vibré au rythme de l’espoir et de l’innovation, à l’occasion de la 4ᵉ édition du CECI-INTELLECT. Organisé par l’ONG Save the Blinds en partenariat avec l’ONG Mon Cœur en Joie, l’événement placé sous le thème « Éducation inclusive et héliciculture, un modèle innovant pour l’autonomisation économique des personnes non-voyantes » a été bien plus qu’une cérémonie : un puissant manifeste pour l’inclusion et l’autonomie.
La journée, riche en symboles, a mêlé remise de distinctions à 18 lauréats non-voyants, inauguration d’un nouveau module de formation en héliciculture (élevage d’escargots), réhabilitation et équipement de la maternelle de l’institut. Un événement placé sous le signe du concret et de la transformation durable.
Le cœur du discours de cette édition a été le modèle prôné par les organisateurs : allier une éducation inclusive de qualité à une formation professionnelle adaptée. L’héliciculture a été présentée comme une niche d’excellence et d’autonomie particulièrement adaptée aux personnes non-voyantes.

M. Roger Bléhoué, Président de l’ONG Save the Blinds et tête pensante de la cérémonie, en a exposé la philosophie avec conviction : « L’éducation est un levier extrêmement puissant qui permettrait aux non-voyants de s’insérer. Mais l’éducation en elle seule ne suffit pas. Il faut ajouter à cette éducation des secteurs clés adaptés à son handicap. »
Il a détaillé le choix stratégique de l’élevage d’escargots : « Nous avons déniché et trouvé que l’élevage d’escargot est un domaine qui s’adapte aisément à son handicap du fait de ses tâches manuelles. Et comme le non-voyant, tout ce qu’il fait c’est avec la main et les autres sens, il peut mieux exercer cette activité-là. » Pour M. Bléhoué, il s’agit de passer d’une perception de charité à une logique de compétence et de productivité : « Le combat pour l’inclusion, c’est d’abord avec eux, Il faut que nous-mêmes nous arrivions à faire changer cette perception de mendicité à travers notre implication pour qu’on soit autonome. »
Il a conclu son allocution en lançant un appel solennel aux 18 lauréats : « Vous êtes 18 personnes qui désormais devriez vous comporter en ambassadeurs pour montrer à l’ensemble de la communauté des personnes handicapées et de la société que réussir en étant non-voyant, c’est possible. », a-t-il déclaré.
Mme Aka Simone Épouse Bindé, Présidente de l’ONG Mon Cœur en Joie, par ailleurs marraine de l’événement, a porté un discours profondément humaniste et stratégique, tissant des références inspirantes avec un appel à l’action concret.

Elle a inauguré son propos par une citation de Nelson Mandela : « « L’éducation est l’arme la plus puissante que l’on puisse utiliser pour changer le monde. » Aujourd’hui, nous sommes réunis pour célébrer l’éducation inclusive et l’héliciculture comme des outils puissants pour changer la vie des personnes non-voyantes. »
Mme Aka a insisté sur la dualité du modèle : l’éducation inclusive comme fondement de l’égalité des chances, et l’héliciculture comme levier économique tangible. « Ce modèle innovant démontre que l’autonomisation économique est à la portée de tous. Il nous rappelle que l’inclusion n’est pas seulement un impératif moral, mais également un levier de développement économique et social. », a-t-elle souligné.

Son discours s’est transformé en un véritable appel à la mobilisation collective : « À l’ensemble des autorités ivoiriennes et du monde, nous lançons un appel pressant pour que vous vous investissiez davantage dans la cause des personnes non-voyantes… Ensemble, nous pouvons faire une différence significative. », a-t-elle annoncé.
Elle a parachevé son intervention sur une note poétique et déterminée, pastichant la militante Malala Yousafzai : « « Un enfant, un enseignant, un livre et un stylo peuvent changer le monde. » Aujourd’hui, nous adaptons : une formation inclusive, un formateur, un projet et une ferme hélicicole peuvent changer la vie des personnes non-voyantes. » Avant de déclarer ouverte la 4ᵉ édition du CECI-INTELLECT.

M. Pokou Anzoumana, Directeur de l’Institut Ivoirien pour la Promotion des Aveugles (INIPA), a exprimé sa gratitude pour les actions concrètes menées. Il a souligné la double cérémonie : l’inauguration du module d’élevage d’escargots initié par un ancien élève devenu fonctionnaire et bienfaiteur, et la réhabilitation de la maternelle. « Cet aspect neuf que [l’institut] donne, c’est grâce aux partenaires », a-t-il reconnu, saluant notamment l’UNICEF et l’entreprise Côte d’Ivoire Escargots.

M. Agbozan Frédéric, Commissaire Général, a rappelé le travail du comité scientifique qui a sélectionné les 18 lauréats récompensés, soulignant l’excellence académique au cœur du projet.
Pour M. Raphaël Dogo, Président de la Fédération des Associations pour la Promotion Sociale des Personnes Handicapées, a livré un témoignage poignant sur le regard des autres comme principal handicap. Il a magnifié l’exemple de Roger Bléhoué : « Quel charisme ! Quel rayonnement ! C’est une génération de jeunes gens pleins de talents, qui font plaisir à voir. » Son intervention a mis en lumière la résilience et la joie de vivre comme forces motrices du changement de perception.

La 4ᵉ édition de CECI-INTELLECT a transcendé le cadre d’une simple cérémonie. Elle a posé les jalons d’un nouveau paradigme où la personne non-voyante n’est plus perçue comme un bénéficiaire d’aide, mais comme un acteur économique à part entière, doté de compétences valorisables.
Les discours de Mme Aka, la marraine, et de M. Roger Bléhoué, le président de Save the Blinds, ont été complémentaires : l’un, porteur d’une vision large et mobilisatrice ; l’autre, ancré dans le pragmatisme et l’expérience du terrain. Ensemble, ils ont esquissé les contours d’une société inclusive où l’éducation et l’innovation entrepreneuriale ouvrent la voie à une autonomie réelle et digne.
La journée du 17 décembre 2025 restera comme un moment fort où l’espoir a pris une forme concrète entre les mains des lauréats, dans les modules de formation et dans la ferme conviction que l’autonomisation économique des personnes non-voyantes est non seulement possible, mais en marche.



