Côte d’Ivoire : Conflit foncier à Ayamé-Adjamé 4 Croix, « ESTP réclame l’intervention des autorités pour préserver un investissement de 1,79 milliard FCFA »
Ce jeudi 3 septembre 2026, le différend foncier qui oppose l’entreprise ESTP, dirigée par Mory Soumahoro, à Touré Ahmed Bouah autour d’un domaine de 72 hectares situé à Ayamé-Adjamé 4 Croix, dans le Sud-Est de la Côte d’Ivoire, prend une nouvelle tournure. À l’occasion d’une conférence de presse organisée ce jeudi aux Deux-Plateaux Vallon, à Abidjan, les responsables de l’entreprise ont sollicité l’intervention des autorités administratives et judiciaires afin de trouver une issue à cette affaire, qui aurait déjà mobilisé près de 1,79 milliard de FCFA d’investissements.
Au cours de cette rencontre avec les médias, Ouattara Ahoua, partenaire financière d’ESTP, a directement interpellé le ministre de l’Urbanisme, du Logement et du Cadre de vie, ainsi que le gouvernement. Elle souhaite qu’une solution soit trouvée à ce différend et que les investissements engagés dans le cadre du projet puissent être sécurisés.

Pour la partenaire financière, l’enjeu dépasse désormais les intérêts de la seule entreprise ESTP. Elle estime que cette affaire soulève plus largement la question de la sécurisation des investissements dans le secteur foncier et immobilier, ainsi que celle de la confiance des opérateurs économiques dans les procédures d’aménagement et de promotion immobilière.
Selon les explications fournies lors de la conférence de presse, le dossier remonterait à une sollicitation formulée par sept familles du village d’Ayamé-Adjamé 4 Croix auprès de Mory Soumahoro. Celles-ci auraient sollicité l’entrepreneur pour assurer la mise en valeur d’un domaine d’une superficie de 72 hectares.
Avec l’appui financier de Ouattara Ahoua, le responsable d’ESTP aurait engagé d’importantes ressources pour réaliser différentes opérations, notamment le décapage du site, le lotissement, la pose de poteaux ainsi que les démarches administratives nécessaires à l’approbation du projet.
Les responsables de l’entreprise affirment également que plusieurs documents coutumiers et procès-verbaux familiaux auraient été établis dans le cadre de cette opération.
Alors que le projet aurait, selon ESTP, atteint une phase avancée et que l’entreprise se disait proche de l’obtention de l’Arrêté de Concession Définitive (ACD), les travaux auraient été interrompus à la suite de l’intervention de Touré Ahmed Bouah.
Ce dernier aurait, par l’intermédiaire d’un commissaire de justice, engagé une procédure contre Mory Soumahoro afin de faire cesser les travaux, revendiquant la propriété du terrain concerné.
Les responsables d’ESTP soutiennent que le différend actuel serait lié à une opération foncière plus ancienne portant sur un ensemble de 346 hectares.
Selon leur version, Touré Ahmed Bouah aurait acquis, il y a une vingtaine d’années, ce vaste domaine auprès des mêmes communautés villageoises, les 72 hectares faisant partie de cet ensemble.
Les conférenciers affirment toutefois que l’acquéreur n’aurait pas réglé une dette estimée à 5 milliards de FCFA liée à cette transaction et qu’il aurait ensuite quitté la zone.
Après l’interruption des travaux engagés par ESTP, un projet de partenariat aurait été proposé à Mory Soumahoro. Celui-ci aurait accepté de contribuer à la mise en valeur de l’ensemble des 346 hectares, en prenant en charge les opérations sur ses propres ressources, en contrepartie d’un partage des revenus issus de la commercialisation des parcelles.
C’est dans ce contexte que les dépenses engagées par ESTP auraient atteint, selon ses responsables, la somme de 1,79 milliard de FCFA.
Autre élément présenté lors de la conférence de presse : des recherches qui auraient été effectuées par un notaire auraient permis de constater, selon les conférenciers, que Touré Ahmed Bouah aurait procédé, pendant son absence, à la cession d’une partie du domaine à deux structures publiques, à savoir la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (CNPS) et la Caisse Générale de Retraite des Agents de l’État (CGRAE).
Ces affirmations, qui constituent l’un des points centraux du différend, devront être confrontées aux documents et aux différentes procédures engagées dans le cadre de cette affaire.

Face à la situation, Mory Soumahoro a saisi la justice. Une plainte aurait été déposée le 17 août 2026 auprès du Parquet près le Pôle pénal économique et financier contre Touré Ahmed Bouah.
Selon les déclarations faites au cours de la conférence de presse, cette plainte porte notamment sur des faits présumés de faux et usage de faux, suivis d’escroquerie, pour un préjudice évalué à 1,790 milliard de FCFA.
Les responsables d’ESTP affirment vouloir, à travers cette procédure, faire toute la lumière sur les circonstances du différend et obtenir la protection des investissements réalisés dans le cadre du projet.
« Nous avons confiance en la justice », a déclaré Ouattara Ahoua, tout en appelant les autorités compétentes à accorder une attention particulière au dossier.
Au-delà du contentieux qui oppose les différentes parties, les responsables d’ESTP souhaitent que cette affaire puisse contribuer à renforcer les mécanismes de sécurisation du foncier en Côte d’Ivoire.
Ouattara Ahoua a ainsi lancé un appel au gouvernement et à toutes les bonnes volontés susceptibles de contribuer au règlement du différend. Pour elle, les litiges de cette nature peuvent avoir des conséquences importantes sur la confiance des investisseurs dans le secteur de l’aménagement foncier et de la promotion immobilière.
L’entreprise demande donc que les différentes parties puissent être entendues et que les documents relatifs à la propriété et aux transactions effectuées sur le domaine soient examinés par les autorités compétentes.
En attendant l’issue des procédures engagées, ESTP dit vouloir privilégier les voies légales pour faire valoir ses droits et récupérer, le cas échéant, les sommes investies dans ce projet. L’affaire est désormais entre les mains des autorités administratives et judiciaires, seules habilitées à établir les responsabilités et à trancher définitivement le différend.



