Côte d’Ivoire : Tabaski 2026, « Le MIRAH garantit une offre suffisante en moutons malgré la flambée de la demande »

À l’approche de la Tabaski, le ministère des Ressources animales et halieutiques (MIRAH) tente de rassurer les consommateurs ivoiriens. Invité, le mardi 26 mai 2026, de l’émission « Tout Savoir Sur » organisée par le Centre d’Information et de Communication Gouvernementale (CICG) à Abidjan-Plateau, le conseiller technique Dagnogo Komissiri a affirmé que les marchés du pays disposent d’un nombre suffisant de moutons, en dépit des hausses de prix constatées.

Selon M. Komissiri, la tension actuelle sur les marchés s’explique avant tout par un pic saisonnier de la demande. « Entre 30 et 40 % du volume annuel de bétail est écoulé durant la période de la Tabaski », a-t-il rappelé, soulignant que cet afflux d’acheteurs crée mécaniquement des déséquilibres temporaires entre offre et demande.

Malgré ce contexte tendu, le représentant du MIRAH se veut catégorique : les animaux sont bien là. Après une tournée effectuée jusque tard dans la soirée sur plusieurs sites de vente à Bouaké, Abobo et N’Dotré – il affirme avoir constaté une réelle disponibilité. « Il y a des moutons. Même si quelqu’un en achète cinq aujourd’hui, il peut continuer à s’approvisionner », a-t-il insisté.

Il a également noté une pratique inhabituelle cette année : de nombreux acheteurs, ayant acquis leur bétail plusieurs jours avant la fête, le laissent encore sur les lieux de vente faute de place chez eux. Ainsi, certains animaux déjà vendus portent déjà des marques bleues ou rouges aux couleurs de leurs propriétaires.

Le conseiller technique a par ailleurs mis en avant les dispositifs mis en place pour fluidifier l’acheminement du bétail, notamment le système JBSAM et les concertations régulières entre autorités et professionnels du secteur. Il s’est en particulier félicité de la baisse significative des coûts illégaux liés au transport des animaux.

« Il y a quelques années, un camion de bétail pouvait perdre entre 500 000 et 800 000 FCFA en tracasseries. Aujourd’hui, cela n’existe plus. Le maximum tourne autour de 75 000 FCFA », a-t-il expliqué, attribuant cette amélioration à une action conjointe des ministères de la Sécurité, des Transports, du Commerce, ainsi que du Conseil national de lutte contre la vie chère.

Interrogé sur les restrictions d’exportation de bétail décrétées par certains pays sahéliens, dont le Burkina Faso, Dagnogo Komissiri a évité tout commentaire politique tout en reconnaissant un impact économique. Il a toutefois estimé que les premiers perdants sont les commerçants des pays exportateurs eux-mêmes.

« Le mouton de Tabaski est spécifique, différent des moutons consommés quotidiennement », a-t-il rappelé, citant l’exemple du Niger où, après d’anciennes restrictions, plus de 3 000 moutons invendus étaient restés sur place après la fête.

S’il concède une légère baisse des arrivages extérieurs, le responsable la juge maîtrisée. « Nous ne sommes pas au-delà de 20 % de déficit par rapport aux arrivages attendus », a-t-il précisé. Selon lui, ce manque a été largement compensé par la montée en puissance de l’élevage local. Des éleveurs venus de Daloa et d’autres villes de l’intérieur alimentent désormais les marchés d’Abidjan. « Ce qui n’est pas venu de l’extérieur a été comblé par la production nationale », a-t-il affirmé.

Profitant de cette tribune, le conseiller technique a plaidé pour un renforcement durable de la filière élevage en Côte d’Ivoire. Il voit dans les restrictions sahéliennes un signal fort invitant le pays à accélérer sa production locale. « Nous avons ce potentiel et nous devons le développer », a-t-il lancé, rappelant que la Côte d’Ivoire s’inscrit désormais dans une dynamique de transition entre sécurité alimentaire et souveraineté alimentaire.

« La sécurité alimentaire, c’est avoir des produits disponibles et accessibles. La souveraineté alimentaire, c’est produire nous-mêmes ce que nous consommons », a-t-il distingué.

Il a également appelé les jeunes à investir davantage dans l’élevage, une activité qu’il juge rentable et porteuse d’avenir. « La terre est là, l’eau est là, la végétation est là. Nous pouvons faire de l’élevage chez nous », a-t-il soutenu, tout en insistant sur la nécessité de professionnaliser le secteur. « Quand une voiture tombe en panne, tout le monde ne peut pas venir la réparer. Il faut une formation », a-t-il illustré.

Pour terminer, il a mis l’accent sur les mesures de biosécurité dans les exploitations, appelant à contrôler les mouvements, limiter les entrées et sorties, et procéder à des désinfections régulières, un parallèle assumé avec la gestion de la pandémie de Covid-19.

Revenant sur des rumeurs diffusées sur les réseaux sociaux faisant état de camions de bétail bloqués à la frontière, il a appelé à la prudence. « Si les commerçants nous avaient signalé officiellement des camions refoulés, nous aurions immédiatement saisi les autorités compétentes pour trouver une solution », a-t-il conclu.

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