Côte d’Ivoire : Assainissement à Abidjan, « 67 milliards investis, mais la course contre les eaux pluviales est loin d’être gagnée »

Une tribune du CICG a permis, ce mardi 21 avril au Plateau, de faire le point sur les défis colossaux du drainage urbain en Côte d’Ivoire, à quelques semaines de la saison des pluies. Entre infrastructures coûteuses, responsabilité collective et communication de crise, l’équation reste complexe.

Chaque année, c’est la même litanie. Inondations, voies impraticables, habitations submergées, réseaux d’évacuation saturés. Dans une capitale ivoirienne en pleine explosion urbaine, où les quartiers poussent plus vite que les caniveaux, la question de l’assainissement dépasse le simple cadre technique. Elle touche à la sécurité publique, à l’aménagement du territoire, et à une forme de contrat social entre l’État et ses citoyens.

Ce mardi, au siège de la SIGFU (Société de Gestion et d’Infrastructures Foncières et Urbaines) au Plateau, le Centre d’Information et de Communication Gouvernementale (CICG) a réuni experts et décideurs pour une tribune intitulée « Tout savoir sur le plan d’assainissement urbain en saison des pluies ». L’objectif : exposer les moyens engagés, mais aussi les limites persistantes d’une bataille qui se joue chaque année dans l’ombre des nuages.

Les chiffres donnent le vertige. Présent à la tribune, M. Ahou Konan, Directeur d’exploitation à l’Office National de l’Assainissement et du Drainage (ONAD), a détaillé l’ampleur de l’investissement public. « De 2014 à 2025, plus de 67 milliards de francs CFA ont été investis dans la construction d’ouvrages de drainage, dont 95 % pour le seul district d’Abidjan », a-t-il rappelé.

Et l’effort n’est pas près de s’arrêter. Environ 100 milliards supplémentaires sont déjà programmés dans le cadre de projets soutenus par la Banque mondiale (PARU) et la Banque africaine de développement (PAACA).

Pourtant, M. Ahou Konan a été sans équivoque : « Ce montant, qui peut paraître important, est pourtant très faible face aux besoins. » Selon les projections établies à l’horizon 2030, la Côte d’Ivoire aura besoin de 1 100 milliards de francs CFA pour mettre son réseau d’assainissement à niveau, dont 41 % pour le seul district d’Abidjan.

Selon lui, chaque année, l’ONAD déploie un Plan d’action de présaison des pluies. Pour 2026, son budget s’élève à 5 milliards de francs CFA. Ce plan repose sur quatre piliers : l’entretien permanent des ouvrages critiques, le curage ponctuel, le traitement des points noirs dans les communes d’Abidjan, et la sensibilisation des populations.

Interrogé sur l’évolution du dispositif, le directeur d’exploitation a concédé une réalité peu médiatisée. « Le principe reste le même chaque année. La principale différence, c’est l’augmentation progressive des budgets d’entretien, car nous avons de plus en plus d’ouvrages à préserver. », a-t-il dit.

Mais il a aussi admis un constat d’échec partiel. « L’impact est inégal. Là où des travaux ont été réalisés, comme au carrefour de l’Indénié, on voit des améliorations : moins d’interruptions de trafic. Mais la ville grandit plus vite que nos infrastructures. Dans les quartiers non traités, les problèmes persistent. » Un aveu qui explique le sentiment, parfois partagé par les populations, que les investissements n’ont pas porté leurs fruits .

Face à ce défi structurel, les autorités misent aussi sur la pédagogie. Radio, télévision, presse en ligne, affichage. Tous les canaux sont utilisés, y compris les langues nationales pour toucher les populations les plus vulnérables. Des campagnes de proximité sont également prévues.

Mais le message de M. Ahou Konan se voulait avant tout civique. « Les caniveaux, qu’ils soient petits ou grands, leur rôle est d’évacuer les eaux de pluie sans déborder. Si vous les obstruez avec des déchets, fatalement, l’eau va déborder et inonder les maisons. J’invite l’ensemble de la population à respecter ces ouvrages et à éviter d’y jeter des ordures. », a-t-il annoncé.

Point de clarification important, en cette période où la moindre pluie peut virer au drame : l’ONAD n’est pas l’autorité compétente pour les bilans. « Un comité interministériel a été mis en place, avec le ministère de l’Intérieur et l’Office National de la Protection Civile (ONPC) », a rappelé M. Ahou Konan. « C’est la voie autorisée. Si je donnais un bilan ici, cela n’engagerait que moi. Pour les dégâts, les sauvetages, c’est l’ONPC et ses pompiers civils qu’il faut contacter. »

En guise de mot de fin, le directeur de l’exploitation de l’ONAD a tenu un message d’équilibre : « Chacun a son niveau d’action. L’État fait sa part avec les ouvrages et les moyens d’entretien. Mais nous invitons la population à plus de civisme. »

Pour signaler un dysfonctionnement d’ouvrage ou des eaux usées en surface, l’ONAD met à disposition deux numéros de téléphone. Pour les situations d’urgence et les sauvetages, c’est toujours l’ONPC qu’il faut appeler.

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