Côte d’Ivoire : Hausse du carburant, « Les raisons d’un ajustement devenu inévitable »

Après deux mois de résistance et plus de 100 milliards de FCFA d’effort budgétaire, l’État ivoirien a finalement relevé ses prix à la pompe en mai 2025. Une décision dictée par l’envolée du baril, conséquence directe du conflit au Moyen-Orient.

C’est une première depuis octobre 2023. La Côte d’Ivoire a procédé à une augmentation de ses prix des carburants en mai 2025. La crise persistante au Moyen-Orient a fini par annihiler les efforts du gouvernement, qui n’a eu d’autre choix que d’ajuster les tarifs à la pompe.
Tout commence fin février 2025. Le baril de pétrole, qui s’échangeait autour de 70 dollars, s’envole pour franchir le seuil des 120 dollars le 24 avril, soit une progression de plus de 70 % en moins de deux mois. En cause : l’escalade militaire au Moyen-Orient, qui alimente les craintes d’une perturbation durable des approvisionnements mondiaux.
Comme la quasi-totalité des pays, la Côte d’Ivoire se retrouve exposée de plein fouet à cette flambée. Les cours sur les marchés pétroliers internationaux s’envolent, tout comme les coûts du fret maritime, creusant mécaniquement l’écart entre le prix réel des produits pétroliers et le tarif administré maintenu à la pompe.

Face à cette situation, le gouvernement a d’abord choisi d’absorber le choc. Pendant les mois de mars et avril 2025, l’État a maintenu les prix à la pompe inchangés, espérant une détente rapide sur les marchés. Un pari perdu. Car en mai, des changements notables sont intervenus, comme l’indique le communiqué de la Direction générale des hydrocarbures du 30 avril 2025. Le litre de super sans plomb est passé de 820 à 875 FCFA (+55 FCFA) ; le gasoil de 675 à 700 FCFA (+25 FCFA) ; le pétrole lampant de 705 à 745 FCFA (+40 FCFA).
Le coût de ce bouclier tarifaire est considérable : sur la période mars-mai, l’effort de soutien dépasse les 100 milliards de FCFA. Selon une source proche de la Direction générale des hydrocarbures, sans l’intervention de l’État, les Ivoiriens paieraient le super à plus de 1 200 FCFA le litre, le pétrole lampant à plus de 1 000 FCFA et le gasoil au-delà de 900 FCFA. Par ailleurs, depuis mars, l’État ne perçoit plus de droits de douane sur le gasoil (0 F) pour maintenir son prix accessible.
Quant au gaz butane, grâce au soutien de l’État, les prix des bouteilles sont restés inchangés. Ainsi la bouteille B6 (dite Faitou) s’achète toujours à 2 000 FCFA, alors qu’elle aurait coûté 5 000 FCFA ; la B12, maintenue à 5 200 FCFA, serait à 10 000 FCFA.
Au-delà du bouclier tarifaire, l’État maintient d’autres mesures de soutien souvent invisibles : la prise en charge des frais de transport sur l’ensemble du territoire national, sans quoi les prix augmenteraient à mesure que l’on s’éloigne d’Abidjan. Ainsi, l’État continue d’amortir une partie du choc pour les ménages et les entreprises.
Il faut le souligner que, même ajustés à la hausse, les prix restent inférieurs à ceux qu’imposerait la seule logique du marché international. Cette révision marque la fin d’un cycle : depuis octobre 2023, les prix n’avaient pas connu d’augmentation et avaient même enregistré trois baisses successives (avril, septembre et novembre 2025) grâce à une relative accalmie sur les marchés mondiaux. Le retour à la hausse illustre la vulnérabilité de l’économie ivoirienne face aux soubresauts de la géopolitique.
La situation ivoirienne prend tout son sens lorsqu’on la compare à celle du Ghana ou du Sénégal, où les prix affichent des ordres de grandeur similaires. Le Sénégal est même plus cher pour le super, et le Ghana pour le gasoil. Le prix à la pompe ne dépend pas du niveau de production nationale, mais des cours mondiaux, comme le montrent deux exemples :
- Au Nigeria (premier producteur africain avec 1,5 million de barils/jour), le super est passé de 347 FCFA le litre en février à 559 FCFA depuis le 1er mai ; le gasoil s’établit à 835 FCFA (2 050 nairas).
- Aux États-Unis (premier producteur mondial avec 14 millions de barils/jour), le super et le gasoil se vendent en moyenne à 769 FCFA et 927 FCFA respectivement. La Californie a même atteint environ 2 000 FCFA le litre en mars.
Ces exemples démontrent que le prix à la pompe dépend des cours du baril, eux-mêmes liés à la loi de l’offre et de la demande, sous forte influence de la conjoncture et du contexte géopolitique international.

La Côte d’Ivoire reste un producteur modeste (65 000 barils/jour au maximum actuellement), même si elle ambitionne d’atteindre 200 000 barils/jour d’ici 2030, puis 500 000 barils/jour en 2035. La part de production actuelle de l’État (État + Petroci) ne permet donc pas d’absorber durablement un choc exogène de cette ampleur.
À court terme, les regards sont tournés vers l’évolution du conflit au Moyen-Orient et la réaction des marchés pétroliers. Une désescalade permettrait d’envisager un retour à des niveaux plus soutenables. Dans le cas contraire, de nouvelles révisions ne sont pas à exclure, car la fixation des prix du carburant en Côte d’Ivoire, comme partout dans le monde, dépend des cours du marché mondial.
Avec Sercom !



