Côte d’Ivoire : Fête du Travail 2026 à Yopougon, « La CCSPDS réclame un SMIG à 150 000 FCFA et dénonce un cancer généralisé dû à la vie chère »
Yopougon, bastion syndical d’Abidjan, a vibré le 1er mai au rythme des revendications. S’il est de coutume, chaque année, de défiler et de présenter ses doléances, l’édition 2026 de la Fête du travail aura été marquée par un constat sans appel de la part de la CCSPDS : le salarié ivoirien ne vit plus, il survit, et parfois en meurt.

« Camarades travailleuses, travailleurs, je suis fier de vous », a d’abord lancé Issa Sanogo, président par intérim de la coalition, saluant la bravoure de celles et ceux qui, de jour comme de nuit, contribuent à l’émergence de la Côte d’Ivoire. Un hommage appuyé au dialogue social, avant de basculer vers un diagnostic bien plus sombre.
« Camarades, notre étude personnelle a démontré que vous avez tous une maladie commune : le cancer généralisé dû à la cherté de la vie. » La formule, martelée devant une foule acquise à sa cause, résume le malaise. Selon M. Sanogo, le stress lié à l’insuffisance des revenus provoque chaque jour des AVC, des crises cardiaques et du diabète chez les travailleurs.
La cible principale de ce réquisitoire est le SMIG (Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti) actuel, fixé à 75.000 FCFA. Un montant que le président par intérim juge totalement inadapté aux réalités du pays, en particulier depuis les opérations de déguerpissement des quartiers précaires dans le District autonome d’Abidjan.
« Le loyer entrée-couchée au bas prix coûte désormais 50.000 FCFA », a-t-il expliqué. « Si vous déduisez 50.000 FCFA de 75.000 FCFA, il reste 25.000 FCFA.
Issa Sanogo a tenu à distinguer sa critique : elle ne vise pas l’action du chef de l’État, qu’il remercie chaleureusement pour la paix, la sécurité et les deux revalorisations successives du SMIG (de 36.607 à 60.000 FCFA, puis à 75.000 FCFA). « Excellence, vous êtes le seul président à avoir réalisé cet exploit en si peu de temps », a-t-il concédé.
Mais, a-t-il poursuivi, « tant que la marche continue, les bras continuent de se balancer ». La hausse du SMIG a été rattrapée, voire dépassée, par l’inflation. Aussi, la CCSPDS a présenté une batterie de revendications claires pour « sauver les vies humaines » :
- La révision du SMIG de 75.000 à 150.000 FCFA.
- La revalorisation de la prime de transport de 30.000 à 60.000 FCFA, face à la flambée des prix du carburant et des tarifs informels (« ce qu’on paye le matin n’est pas ce qu’on paye le soir »).
- La création d’une prime de logement pour le secteur privé, sur le modèle de celle des fonctionnaires.
- Un accès équitable à la subvention annuelle de 800 millions de FCFA accordée par l’État aux centrales syndicales.
Dernier point, et non des moindres : la CCSPDS, créée en 2002 et regroupant six centrales, s’est plainte d’être exclue du partage de la subvention étatique de 800 millions de FCFA. « Cinq centrales se partagent cette enveloppe au détriment de la CCSPDS, alors qu’il n’y a jamais eu d’élections professionnelles en Côte d’Ivoire pour déterminer les centrales les plus représentatives », a déploré Issa Sanogo.

« Nos travailleurs paient leurs impôts comme les autres. Nous demandons à être associés à cette subvention, en attendant la tenue d’élections professionnelles transparentes. » Une requête adressée au détenteur du remède, le Président de la République, décrit comme un homme de grand cœur capable de réparer une injustice qui dure depuis plus d’une décennie.
Avant de quitter l’estrade, le président par intérim a tenu à adresser un message particulier aux travailleurs du volant, présents en nombre. « Chers camarades chauffeurs, vous tenez la vie de toute la population en main. Même le président, avant d’arriver à l’aéroport, est conduit par un chauffeur. Notre travail est noble : respectez le code de la route, évitez les stupéfiants au volant. Une vie perdue est perdue pour toujours. »
Sur un ton plus grave, Issa Sanogo a conclu en évoquant les conséquences sociales de la précarité : « Aujourd’hui, faute de moyens, certains foyers se déchirent. Des épouses pensent que leur mari les délaisse, des parents au village croient que leur fils les a oubliés. La vérité, c’est que ces travailleurs souffrent et meurent à petit feu. Le 1er mai 2026 restera celui où nous avons crié assez. »



