Côte d’Ivoire : Cacao, PND et démocratie, « Le Renouveau Démocratique dénonce un modèle à bout de souffle »
Ce mercredi 11 février 2026, c’est dans un contexte national électrique que le parti Renouveau Démocratique (RD) a tenu sa première conférence de presse de l’année. Devant un parterre de journalistes réunis au siège du parti à la Cité Abri 2000, le président Lamoussa DJINKO a livré un réquisitoire sans concession contre la gestion de la filière cacao et les zones d’ombre du Plan National de Développement (PND) 2026-2030.

Le cœur de l’alerte du Renouveau Démocratique porte sur la crise de commercialisation du cacao, qualifiée de bombe sociale à retardement. Avant la séquence électorale, le gouvernement avait promis aux producteurs un prix d’achat garanti de 2 800 FCFA le kilogramme. Une mesure saluée par les coopératives. Mais depuis la validation des urnes, le discours a changé, justifié par une prétendue dégradation des cours mondiaux.
Pour lui des milliers de producteurs n’ont toujours pas perçu le paiement de leurs fèves livrées depuis novembre 2025. « Le non-paiement et la baisse officieuse du prix poussent les paysans vers un marché noir naissant. C’est l’effondrement silencieux d’un pilier national », a déploré Lamoussa DJINKO.
Le RD n’épargne aucun régime. De la CAISTAB (supprimée en 1999 sous la pression du FMI) à aujourd’hui, « aucun président, de Félix Houphouët-Boigny à Alassane Ouattara, en passant par Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo, n’a su bâtir un filet de sécurité durable pour les planteurs », a-t-il dit.
Le message de Lamoussa Djinko est clair : chaque crise du cacao s’est toujours transformée en crise sociale et politique. Et l’actuelle ne fera pas exception si l’État continue de laisser les producteurs dépendre seuls des fluctuations des bourses de Londres, Paris et New York.

L’autre sujet brûlant abordé par le conférencier concerne le Plan National de Développement (PND) 2026-2030. Avec un budget prévisionnel pharaonique de 115 000 milliards FCFA, le plan affiche une croissance cible de 7,2 %. Mais pour le Renouveau Démocratique, derrière les chiffres impressionnants se cachent des déséquilibres préoccupants.
Le parti alerte sur un taux d’endettement projeté entre 70 et 76 % du PIB en 2030, sans garantie d’une amélioration significative du quotidien des Ivoiriens. « La pauvreté recule trop lentement. Une croissance qui ne protège pas les paysans est une croissance hors-sol », a affirmé M. DJINKO.
Dans un pays où l’agriculture représente encore 18 à 20 % du PIB (contre moins de 2 % dans les économies industrialisées), le Renouveau Démocratique estime que cette dépendance est un aveu d’échec structurel. Il propose donc une réduction progressive de la part de l’agriculture dans l’économie nationale, couplée à un vaste plan d’industrialisation.
Parmi les solutions immédiates :
- Paiement urgent des arriérés aux producteurs ;
- Stabilisation territoriale du prix du cacao ;
- Répression des abus et contrôle renforcé.
À moyen et long terme, le Renouveau Démocratique prône :
- Une caisse de stabilisation moderne et transparente ;
- Un crédit bancaire garanti par l’État ;
- La mécanisation et la subvention des intrants ;
- Et surtout, la création d’une véritable industrie du chocolat made in Côte d’Ivoire.

En conclusion, Lamoussa DJINKO a insisté sur l’urgence d’un changement de logiciel économique. « Protéger les paysans, c’est protéger la nation », a-t-il martelé, appelant à une refonte du modèle hérité de la colonisation.
Face à une opinion en quête de solutions, le Renouveau Démocratique entend désormais incarner une opposition crédible et constructive, annonçant une prochaine conférence exclusivement dédiée aux freins structurels à la démocratie ivoirienne.



