Sénégal : Rupture Ousmane Sonko et Diomaye Faye, Elections locales de 2027 et Présidentielles de 2029, « Voici ce qu’il faut savoir selon Maurice Soudieck Dione »
Devant plusieurs milliers de militants rassemblés dans le stade de la Dakar Arena, celui qui fait désormais figure de principal opposant a appelé ses troupes à se préparer aux prochaines échéances électorales : la présidentielle de 2029 mais aussi les élections locales de 2027 prévues en début d’année mais dont la date n’a pas encore été fixée qui pourraient faire office de premier test pour jauger le poids politique des deux camps.
Le professeur agrégé de science politique à l’université Gaston-Berger de Saint-Louis, Maurice Soudieck Dione, fait des clarifications sur les deux anciens amis devenus adversaires politiques.
Les Sénégalais ont élu en 2024 un duo à la présidentielle, deux hommes incarnant de manière indissociable le projet Pastef comme martelé à travers le slogan de campagne « Diomaye mooy Sonko, Sonko mooy Diomaye » (« Diomaye c’est Sonko, Sonko c’est Diomaye », en wolof). Aujourd’hui, avec cette rupture, nous sommes effectivement dans une période de clarification.
On a l’impression qu’il y a deux visions de la souveraineté, qui s’opposent et même s’affrontent : une souveraineté modérée, incarnée par le président Bassirou Diomaye Faye, qui consiste à vouloir adapter l’idéologie aux réalités, et une vision plus radicale défendue par le camp d’Ousmane Sonko, qui considère l’idéologie comme une matrice qui doit transformer les réalités politiques.
Ces différences se cristallisent notamment autour de la gestion de la dette du Sénégal : d’un côté, Ousmane Sonko rejette le principe d’une restructuration par le FMI ; de l’autre, Bassirou Diomaye Faye semble vouloir privilégier une solution qu’il considère adaptée à la gravité de la situation économique du pays.
Le peuple a porté le Pastef au pouvoir puis lui a donné une large majorité pour lui permettre de transformer la société et régler les difficultés économiques et sociales du pays. Cette majorité ne peut pas être aujourd’hui utilisée pour bloquer le pays car le coût politique d’une telle manœuvre serait beaucoup trop lourd.
La présidentielle avait suscité un énorme espoir et, aujourd’hui, aucun des deux anciens alliés n’a intérêt à assumer la responsabilité de cette séparation, perçue comme un conflit politique mais aussi comme une querelle d’ego. C’est la raison pour laquelle Ousmane Sonko a affirmé haut et fort qu’il avait refusé la séparation à l’amiable que lui aurait proposé Bassirou Diomaye Faye.
Pour la même raison, Bassirou Diomaye Faye se retrouve lui aussi dans une position délicate. En cas de blocage des institutions, il pourrait recourir à l’article 52 de la Constitution sénégalaise, qui lui octroieraient des « pouvoirs exceptionnels ». Mais là encore, cette mesure serait très dangereuse politiquement car elle est réservée à des situations d’extrême gravité et le président pourrait être accusé de précipiter le pays dans une crise.
La voie la plus probable pour les départager, est donc celle des urnes, avec les élections locales de 2027 qui devraient se tenir en janvier, avant la présidentielle de 2029. Le président pourrait également déclencher des élections législatives anticipées en décembre, dans le cas où il déciderait de dissoudre l’Assemblée nationale.
Avec France24



