Côte d’Ivoire : WoSIA-2, « l’Université Nangui Abrogoua mise sur l’intelligence artificielle pour révolutionner l’agriculture ivoirienne »
L’Université Nangui Abrogoua au cœur de la révolution technologique agricole : Retour sur la 2ème édition du Workshop sur l’Intelligence Artificielle (WoSIA-2)
Les 20 et 21 octobre 2026, l’amphithéâtre Daouda AIDARA de l’Université Nangui Abrogoua accueille, pendant deux jours, la deuxième édition du Workshop sur l’Intelligence Artificielle (WoSIA-2). Placé sous le thème « L’intelligence artificielle et ses enjeux stratégiques pour l’Agriculture et l’Environnement », cet événement scientifique majeur a réuni chercheurs, décideurs politiques, experts en technologie et acteurs du monde agricole.
L’objectif était clair : évaluer comment l’IA peut transformer l’agriculture ivoirienne pour la rendre plus productive et durable, tout en relevant les défis éthiques et économiques liés à son déploiement.
À l’heure où la population mondiale croît de manière exponentielle, la pression sur les écosystèmes et les ressources naturelles s’intensifie. Les méthodes agricoles conventionnelles montrent leurs limites. Face à cette équation complexe, l’intelligence artificielle apparaît désormais comme un levier incontournable.

Selon le Professeur N’GUESSAN Assi Lazare, Président du comité d’organisation, l’IA n’est plus une simple promesse technologique, mais une réalité transformatrice : « L’intégration des algorithmes prédictifs, de la vision par ordinateur et de l’exploitation des données massives transforme progressivement le quotidien de nos producteurs. De l’optimisation des rendements à la détection précoce des maladies des cultures, l’IA ouvre des perspectives considérables. »
Toutefois, les intervenants ont souligné que la technologie n’est qu’un outil. Son efficacité dépendra de la qualité des données, des compétences humaines et des infrastructures disponibles.
Durant ces deux jours, les échanges ont porté sur des domaines stratégiques variés, allant de l’agriculture de précision (capteurs, drones, imagerie satellite) à l’optimisation des ressources (gestion de l’eau, fertilisants). Les experts ont également exploré le potentiel de l’IA générative, de la télédétection, des modèles prédictifs pour anticiper les risques climatiques, ainsi que les enjeux de la souveraineté numérique et de l’éthique des données.
Les objectifs spécifiques de cette édition visaient notamment à :
- Identifier les sources de données existantes (météo, sols, imagerie).
- Développer des modèles prédictifs pour la gestion des risques.
- Automatiser les tâches agricoles pour améliorer l’efficacité.
- Former le personnel local à l’utilisation et à la maintenance des outils IA.
Un des moments forts de cette première journée a été l’intervention de la Professeure Yoboué Véronique, Présidente de l’Université Nangui Abrogoua. Elle a posé la question de fond : « Devons-nous nous contenter d’utiliser des solutions conçues ailleurs ou voulons-nous participer pleinement à leur conception ? »

Pour elle, la réponse est sans équivoque : la Côte d’Ivoire doit développer des solutions adaptées à ses réalités. « L’intelligence artificielle pourrait améliorer la surveillance des plantations de cacao, faciliter la détection des maladies et accompagner les producteurs », a-t-elle précisé, avant d’insister sur la nécessité de garantir la fiabilité des données, la protection des informations et un accès équitable aux innovations pour les petits producteurs.
Dans cette dynamique, le projet IMPACT IA de la Côte d’Ivoire, porté par le ministère chargé de la Transition numérique, prévoit d’accorder une place centrale à l’agriculture, notamment à la filière stratégique du cacao. Pour réussir, des investissements massifs dans la collecte de données locales, les infrastructures numériques et la formation sont indispensables.
Le workshop a également bénéficié du parrainage de l’Académie des Sciences, des Arts, des Cultures d’Afrique et des Diasporas Africaines (ASCAD). Représenté par M. Aké Séverin, au nom du Professeur Aké N’Gbo Gilbert Marie, l’ASCAD a réaffirmé son soutien à cette initiative.
Lors de son allocution, il a lancé un appel vibrant à la jeunesse africaine : « S’armer de science jusqu’aux dents ». Il a souligné que l’Afrique ne doit pas être une simple consommatrice de technologies conçues ailleurs, mais une actrice de la révolution technologique. « L’intelligence artificielle doit rester au service de l’intelligence humaine, de l’esprit critique et de la capacité de jugement », a-t-il martelé, invitant les chercheurs à adapter l’IA aux secteurs prioritaires que sont l’agriculture, l’environnement et la santé.

Fort du succès de la première édition en 2025, les organisateurs souhaitent pérenniser cet événement. Les résultats attendus à l’issue de ce WoSIA-2 sont ambitieux : diagnostic et collecte de données, développement de modèles IA et de solutions IoT spécifiques à l’agriculture ivoirienne, et déploiement de formations qualifiantes.
Les conclusions de ces travaux seront consignées dans un Livre Blanc, qui servira de document de contribution au projet IMPACT IA. Le Professeur N’Guessan a formulé le vœu que ces recommandations « ne restent pas lettre morte » et que l’IA devienne un véritable levier de prospérité partagée, dans le respect de la terre et des valeurs ivoiriennes.
La communauté scientifique et les acteurs institutionnels sont désormais attendus au tournant : celui de la transformation effective de l’agriculture ivoirienne par la technologie, pour une sécurité alimentaire durable et une souveraineté numérique affirmée.



