Côte d’Ivoire : Un Bioblitz pour sauver la réserve naturelle du Cavally, « La science au service de la biodiversité ivoirienne »
Le mercredi 02 septembre 2026, la salle de conférence du Centre de Recherche en Écologie (CRE) abrite, depuis ce matin et pour deux jours, un atelier d’importance capitale pour la préservation de l’un des joyaux naturels de la Côte d’Ivoire : la Réserve Naturelle du Cavally (RNC). L’objectif : valider le rapport du premier Bioblitz jamais réalisé dans cette aire protégée, une étude scientifique pluridisciplinaire destinée à poser les bases d’une gestion éclairée et durable de ce massif forestier de 66 453 hectares.

Créée par le Décret n° 2023-731 du 13 septembre 2023, la Réserve Naturelle du Cavally est née de la volonté du Gouvernement ivoirien de répondre aux « menaces anthropiques pressantes » qui pesaient sur cette ancienne forêt classée, située dans la région administrative du Cavally, département de Taï. Désormais placée sous la gestion de l’Office Ivoirien des Parcs et Réserves (OIPR), cette aire protégée requiert des connaissances scientifiques fiables pour orienter les actions de conservation. C’est précisément pour combler ce manque que le CRE a été mandaté par l’OIPR.
Le Bioblitz, qui s’est déroulé du 29 mai au 08 juin 2026, se distingue par son approche holistique. Contrairement aux études antérieures, souvent fragmentaires et cantonnées à des compartiments spécifiques, cette initiative a mobilisé une équipe pluridisciplinaire de chercheurs, spécialistes des grands mammifères, hydrobiologistes, botanistes, entomologistes appuyée par des étudiants, des agents du Secteur Cavally et des membres des communautés riveraines.
« La biodiversité ne se laisse pas enfermer dans les frontières de nos disciplines », a rappelé avec force Mme Yoboué Véronique, Présidente de l’Université Nangui Abrogoua, en ouvrant les travaux. « Ce que nous connaissons aujourd’hui, nous pouvons mieux le protéger demain. Et ce que nous protégeons aujourd’hui, nous le transmettons aux générations futures », a-t-elle ajouté, saluant la confiance placée par l’OIPR dans son université et son Centre de Recherche en Écologie.

Si la valeur écologique de la RNC est incontestable, sa gestion demeure un défi de taille. Interrogé sur les obstacles rencontrés, le Colonel-Major Ouattara Kassoum Draman, Directeur de l’Administration des Ressources Humaines de l’OIPR et représentant le Directeur général, a été sans détour : « Le défi le plus important à relever est lié au fait qu’il s’agit d’une ancienne forêt classée qui subit encore certaines pressions ». Il a notamment cité l’exploitation agricole illicite et l’orpaillage illégal comme les deux fléaux majeurs compromettant l’intégrité de la réserve.
« Depuis maintenant trois ans, nous œuvrons à mettre fin à toute forme d’exploitation agricole à l’intérieur de la réserve. Nous travaillons également à lutter efficacement contre l’orpaillage illégal », a insisté le Colonel-Major, dont l’objectif est clair : « préserver durablement cette aire protégée, de restaurer les espaces dégradés et de garantir une meilleure conservation de sa biodiversité »
L’atelier de ces deux jours, qui réunit scientifiques, gestionnaires, partenaires techniques et financiers, ne se limite pas à une simple restitution. Il s’agit d’un exercice de validation rigoureux. Les échanges doivent permettre de s’accorder sur les principaux résultats de l’étude, de discuter des plans d’actions proposés et, in fine, de valider le rapport en y apportant les amendements nécessaires. Des valeurs et des cibles de conservation concrètes devraient également émerger de ces travaux, constituant une feuille de route pour l’élaboration du futur plan de gestion de la RNC.
« La conservation de la biodiversité est une responsabilité qui nous engage collectivement », a martelé Mme Yoboué, appelant à des « recommandations pertinentes, réalistes et directement utiles à la conservation de la Réserve ».
À l’issue de cet atelier, prévu pour se clôturer ce jeudi 03 septembre, l’OIPR disposera d’une base scientifique solide pour orienter ses actions et transformer la Réserve Naturelle du Cavally en un modèle de gestion durable, alliant protection de la biodiversité et développement des communautés locales.



