Côte d’Ivoire : Transfusion sanguine, « Le CNTS CI fête ses 75 ans et vise le statut de référence régionale »
Le Centre National de Transfusion Sanguine de Côte d’Ivoire (CNTS-CI) a célébré, ce jeudi, ses 75 ans d’existence à travers une journée scientifique placée sous le thème « Acquis, défis et perspectives ». Chercheurs, universitaires, experts, acteurs de la transfusion et représentants des pouvoirs publics se sont réunis autour des enjeux actuels et futurs de la médecine transfusionnelle en Côte d’Ivoire.
La cérémonie s’est déroulée en présence de Mariatou Koné, ministre du Patrimoine, du Portefeuille de l’État et des Entreprises publiques, ainsi que de représentants du ministère de la Santé, de l’Hygiène publique et de la Couverture maladie universelle, d’universitaires et de nombreux professionnels du secteur.
Dans son mot de bienvenue, le Directeur général du CNTS-CI, Professeur Mamadou Y. Sékongo, a rendu hommage aux pionniers qui ont contribué à bâtir le système transfusionnel ivoirien.

L’histoire de l’institution remonte à 1951, avec la création du Centre fédéral de l’Afrique occidentale française (AOF). En 1958, ses missions sont recentrées sur la Côte d’Ivoire. En 1974, le CNTS est intégré au système national de santé en tant que service spécifique du ministère de la Santé.
Une nouvelle étape est franchie en 1991, lorsque le décret n°91-653 du 19 octobre érige le CNTS en établissement public national à caractère administratif. À partir de 1996, une politique de déconcentration permet progressivement d’étendre le réseau sur le territoire national.
Pour le Professeur Sékongo, la transfusion sanguine constitue désormais bien plus qu’une simple activité médicale. Elle représente une véritable « infrastructure de vie », fondée sur la qualité, la sécurité et la solidarité.
L’une des principales avancées enregistrées ces dernières années concerne le développement du réseau transfusionnel. De 25 structures en 2022-2023, le dispositif est passé à 28 en 2024, puis à 45 structures en 2026. Le nombre de laboratoires est également passé de cinq à huit.
Cette territorialisation vise à rapprocher les produits sanguins des populations et à améliorer leur disponibilité. Mais elle impose également un nouveau défi : garantir le même niveau de qualité et de sécurité dans l’ensemble des structures.

Sur le plan de la collecte, les progrès sont également significatifs. Après 214 896 poches collectées en 2022, le CNTS-CI a enregistré 309 657 dons en 2025, dépassant ainsi l’objectif national fixé à 300 000.
Malgré ces performances, la fidélisation des donneurs demeure un enjeu majeur. La base de données du CNTS compte plus d’un million de personnes ayant effectué au moins un don, mais moins de 60 000 donneurs réguliers.
Pour répondre à cette situation, l’institution a notamment lancé les « Samedis de la solidarité », une opération mensuelle destinée à renforcer la proximité avec les donneurs et à stimuler la collecte. À Korhogo, cette initiative a permis de recueillir jusqu’à 3 000 poches en une seule journée.
La sécurité transfusionnelle demeure au cœur des priorités. Pour le Directeur général, elle doit être envisagée comme un continuum allant du donneur au patient, chaque incident devant être considéré comme une occasion d’améliorer les pratiques.
La question des ressources humaines constitue également un défi majeur. Le CNTS-CI entend renforcer les compétences des personnels, notamment dans les domaines techniques, numériques, de la cybersécurité et de l’analyse prédictive.

Sur le plan financier, l’État a uniformisé en 2022 le coût de cession des produits sanguins à 3 000 FCFA, alors que le coût de production d’une poche est estimé à environ 85 000 FCFA. Une politique qui, selon le Professeur Sékongo, doit rester guidée par la mission de santé publique.
La transformation numérique constitue par ailleurs un levier stratégique. Le système informatique développé par le CNTS permet notamment de suivre le parcours du donneur, du produit sanguin, de l’établissement et du patient grâce à un QR code, avec l’ambition de faire de la donnée un outil d’anticipation des besoins et de sécurisation de la chaîne transfusionnelle.
La recherche occupe également une place croissante dans la stratégie du CNTS-CI. L’institution mise notamment sur l’immuno-hématologie avancée, le phénotypage étendu, le génotypage et la médecine transfusionnelle personnalisée.
La mise en place d’un laboratoire HLA et les travaux consacrés à la drépanocytose illustrent cette évolution. L’objectif est progressivement de dépasser la simple recherche d’un produit compatible pour proposer, lorsque cela est possible, le produit le plus adapté au profil de chaque patient.
À l’horizon 2030-2035, le CNTS-CI entend notamment renforcer la fidélisation des donneurs, intégrer les 45 centres dans un réseau performant, harmoniser les standards de qualité, recourir à l’intelligence artificielle pour anticiper les besoins en stocks et développer la génomique, l’immuno-hématologie ainsi que l’analyse spatiale.
La journée scientifique a également accordé une place importante aux dimensions sociologiques et culturelles du don de sang, à travers un panel présidé par Mariatou Koné.
Les résultats d’une enquête nationale réalisée en 2008 montrent qu’aucun facteur socioculturel ne constitue, à lui seul, un obstacle systématique au don de sang. Certaines représentations religieuses ou culturelles peuvent toutefois influencer les comportements.
À l’inverse, la société ivoirienne dispose de nombreux leviers favorables au don, notamment la générosité, la fraternité, la solidarité et l’altruisme. La Côte d’Ivoire maintient ainsi le principe du don volontaire, bénévole et non rémunéré.
Les échanges ont toutefois mis en évidence plusieurs facteurs susceptibles de freiner la mobilisation : la communication, la distance avec les centres de collecte, les conditions d’accueil et la qualité des interactions avec le personnel.
Le Professeur Koutou N’Guessan Claude a notamment souligné la persistance de certaines représentations du sang, parfois associé à l’âme, à l’énergie vitale ou au pouvoir dans certaines traditions. Il a également relevé les difficultés liées à la mobilisation de certains groupes sanguins rares.
Le Dr Kambé Kambé Yves a, pour sa part, rappelé que les travaux de recherche avaient déjà identifié la communication comme l’un des points à renforcer. La territorialisation et la mobilisation sociale apparaissent ainsi comme deux réponses majeures développées par le CNTS-CI.

Partenaire du CNTS-CI, l’Université Félix Houphouët-Boigny a également participé aux échanges. La Directrice de l’UFR Sciences médicales, Professeur Kouassi M’Bengue Alphonsine, a salué l’évolution du système transfusionnel ivoirien et insisté sur l’importance de disposer de personnels qualifiés, notamment dans les laboratoires.

Mariatou Koné a, elle aussi, insisté sur la dimension humaine et sociale du don. Les représentations du sang, les attentes des donneurs, les questions liées au transport, à la collation ou encore à la reconnaissance doivent être prises en compte pour construire une relation durable entre les donneurs et les structures de transfusion.
Elle a également appelé à renforcer la culture du don de sang dans les écoles et les communautés, tout en améliorant l’accueil et la valorisation des donneurs.
Au terme des travaux, le Professeur Mamadou Y. Sékongo a résumé l’ambition du CNTS-CI autour de cinq priorités : préserver les acquis de 75 ans d’histoire, garantir la durabilité de l’autosuffisance, accompagner l’extension du réseau par des standards de qualité communs, faire du numérique un outil d’anticipation et développer une transfusion davantage personnalisée.
« Notre vision est de faire de la Côte d’Ivoire une référence régionale en matière de transfusion sanguine », a-t-il affirmé.
Cette ambition sera notamment portée par le nouveau siège du CNTS-CI, dont l’inauguration est prévue le 15 octobre 2026.
Après 75 ans d’existence, le système transfusionnel ivoirien entend ainsi ouvrir une nouvelle page, fondée sur la proximité, la qualité, l’innovation et la solidarité, avec une mission qui demeure inchangée : sécuriser le sang pour sauver des vies.



