Côte d’Ivoire : SNET 2026, « L’État et le secteur privé s’allient pour revaloriser l’enseignement technique »
Le Lycée technique d’Abidjan a vibré ce 25 avril 2026 samedi au rythme d’une ambition nouvelle, qui est de faire de l’enseignement technique la colonne vertébrale de l’industrialisation ivoirienne. En ouverture de la première édition du Salon national de l’enseignement technique (SNET), placée sous le thème « L’enseignement technique, levier de l’industrialisation de la Côte d’Ivoire », les discours ont bousculé les idées reçues et posé des diagnostics sans complaisance.

C’est le chiffre qui a frappé l’assemblée. En 2025, sur 332 515 candidats au baccalauréat ivoirien, seuls 30 278 se sont présentés dans une filière technique, soit à peine 9,1 %. Une proportion stable depuis plusieurs années. Paradoxe : le bac technique réussit mieux que le bac général – 45% de reçus contre 39% en 2025, et un écart encore plus spectaculaire en 2024 (65% contre 31%).
« Ce n’est pas un problème de qualité de la performance des filières techniques, c’est un problème de choix collectif que le pays a la responsabilité historique de corriger », a martelé Stanislas Zézé, PDG de Bloomfield Corporation, lors de la conférence inaugurale. Face à un parterre de ministres et d’acteurs économiques, il a dressé un parallèle édifiant : l’Allemagne et la Corée du Sud forment entre 40 et 60% de leurs bacheliers dans les voies techniques, le Maroc grimpe à 25-30%, tandis que la Côte d’Ivoire stagne à 9%.

Les conséquences sont concrètes. Le taux d’emploi informel des 16-24 ans atteint 87% (2025). « Signal direct d’un déficit massif de compétences certifiées », a averti M. Zézé. Ce déficit freine l’attractivité des investissements étrangers, oblige à importer des compétences expatriées et sous-utilise les capacités industrielles existantes.
L’État, par la voix du ministre délégué chargé de l’enseignement technique, Jean-Louis Moulot, organisateur du salon, a rappelé les objectifs du Plan national de développement 2026-2030 : passer d’une économie de reconstruction à une économie de transformation. Actuellement, les services pèsent 61% du PIB contre seulement 23% pour l’industrie. Objectif affiché : porter la part des apprenants orientés vers l’enseignement technique de 5% à 15% à l’horizon 2030.
Stanislas Zézé a proposé une feuille de route en trois axes :
- Un chantier culturel : briser l’image du technique comme voie de relégation. « Les meilleurs élèves doivent s’orienter vers le technique par ambition, non par défaut. »
- Une introduction dès la 6e : ateliers de découverte des métiers techniques, orientation progressive en 4e et 3e, passerelles souples avec le général.
- Des objectifs chiffrés et pilotés : passer de 9% à 30% de bacheliers techniques d’ici 2030, créer un tableau de bord national présenté chaque année en Conseil des ministres.
M. Zézé a également plaidé pour un système d’alternance où les étudiants passeraient 30% de leur temps en entreprise.

Jean-Louis Moulot a détaillé les chantiers en cours : construction de 17 nouveaux lycées techniques et professionnels, développement de centres de formation mobiles dans les régions du Bafing et du Tchologo, et territorialisation de l’offre. Il a également salué la mise en place prochaine d’un pacte industrie-enseignement technique.

Le ministre de la Promotion de la jeunesse, Mamadou Touré, parrain de l’événement, a insisté sur la synergie interministérielle. Son département a déjà créé 12 guichets emploi dans les établissements techniques, mis en place des stages d’immersion pour 5 000 à 6 000 jeunes par an, et expérimenté des « formations à la carte » avec des taux d’insertion proches de 100% dans la grande distribution. Il a également salué la baisse du taux d’emploi informel, passé de 90% à 76% selon la dernière enquête.
Téné Birahima Ouattara, Vice-Premier ministre, représentant le Premier ministre Robert Beugré Mambé, a insisté sur deux axes prioritaires : la lutte contre les stéréotypes pour encourager les jeunes filles (applaudies dans la salle), et l’adaptation aux défis technologiques, notamment l’intelligence artificielle.

« Les métiers techniques ne sont pas un choix par défaut mais une voie d’excellence, d’innovation et d’insertion professionnelle réussie », a-t-il lancé aux étudiants. Il a procédé à la signature du pacte industrie-enseignement technique professionnel entre l’État et dix entreprises, scellant l’engagement du secteur privé à participer à la formation.
Tout au long de la journée, conférences, panels, ateliers d’orientation et démonstrations métiers se succèdent. Les stands d’exposition permettent aux jeunes de rencontrer directement les entreprises partenaires.
Jean-Louis Moulot a cité deux figures pour inspirer l’assistance : le vice-premier ministre Téné Birahima Ouattara et le maire de Cocody Jean-Marc Yacé, tous deux « produits de l’enseignement technique ». « Les métiers techniques construisent, innovent et transforment », a conclu le ministre. « Saisissez les opportunités. »

Le SNET 2026 espère ainsi poser la première pierre d’un édifice longtemps négligé : celui d’une Côte d’Ivoire où le technicien, créateur de valeur, sera reconnu comme un acteur clé de la renaissance industrielle.



