Côte d’Ivoire : Sécurité chimique, « Le Professeur Ziao Nahossé plaide pour l’application du SGH »

Ce vendredi 15 mai 2026, le Laboratoire de Thermodynamique et de Physico-Chimie du Milieu de l’Université Nangui Abrogoua (UNA) a organisé ce vendredi une conférence publique à l’amphithéâtre Aïdara Daouda, autour d’un thème peu familier du grand public mais aux enjeux considérables : « Le Système Général Harmonisé de classification et d’étiquetage des produits chimiques (SGH) : opportunités et défis pour la sécurité chimique en Côte d’Ivoire ». 

La rencontre a réuni enseignants-chercheurs, étudiants, doctorants et techniciens de laboratoire, tous interpellés par une réalité que le conférencier principal n’a pas hésité à nommer clairement : en Côte d’Ivoire, la gestion des produits chimiques reste dangereusement insuffisante.

C’est le Professeur Ziao Nahossé, chimiste titulaire à l’UNA et expert en SGH, qui a tenu la tribune. Dans un exposé pédagogique et sans détour, il a rappelé l’origine et la portée du système qu’il défend. Adopté en 2002 par les Nations Unies, le SGH est conçu pour classer les produits chimiques selon leurs dangers physiques, pour la santé humaine, et pour l’environnement et pour communiquer ces dangers de manière claire et universelle, à travers trois outils : la classification des dangers, l’étiquetage, et les Fiches de Données de Sécurité (FDS). 

Il s’adresse à l’ensemble de la chaîne d’utilisation des produits chimiques : industriels, fabricants, importateurs, transporteurs, agents de stockage, laboratoires, services de secours et autorités de contrôle.

« Un produit chimique renferme en lui-même un danger. On ne peut pas lui enlever ce danger, mais on peut communiquer sur ce danger pour que personne ne s’y expose inutilement », a résumé le Professeur Ziao. 

L’enjeu est concret : chaque année en Côte d’Ivoire, des accidents évitables surviennent dans les villages, où des pesticides et autres produits chimiques mal étiquetés sont confondus avec des denrées alimentaires, provoquant des intoxications parfois mortelles. « Si l’étiquetage avait été fait correctement, il n’y aurait pas les nombreux accidents que nous constatons », a-t-il tranché.

Au-delà du diagnostic, le conférencier a mis en lumière une opportunité que la Côte d’Ivoire ne peut se permettre d’ignorer. Sur les 54 pays africains, quatre ont été choisis par les Nations Unies comme pays pilotes pour l’implantation du SGH sur le continent. La Côte d’Ivoire figure parmi eux. « Les Nations Unies sont prêtes à nous accompagner. C’est une chance », a insisté le Professeur Ziao, appelant l’État ivoirien à en tirer parti sans attendre.

Ses recommandations à destination des pouvoirs publics sont précises : adopter formellement le SGH à travers une législation contraignante, renforcer les capacités des institutions concernées, et mettre en place un système de contrôle efficace. Au niveau des entreprises, il recommande de former le personnel, de mettre en conformité les étiquettes et les fiches de données de sécurité, et d’intégrer le SGH dans les politiques HSE (Hygiène, Sécurité, Environnement). 

Sur le plan académique, il plaide pour l’intégration du SGH dans les programmes universitaires et l’encouragement de la recherche en sécurité chimique, en complément de campagnes nationales de sensibilisation du grand public.

Dans la salle, la conférence a visiblement répondu à un besoin réel. Monsieur Kablan Richmond, enseignant-chercheur à l’Université Peleforo GON COULIBALY de Korhogo, a confié sa satisfaction au sortir de la session : « J’ai retenu que le SGH est un système qui permet de classer les dangers des produits chimiques et de communiquer sur ces dangers. Le constat est clair : en Côte d’Ivoire, on ne connaît pas véritablement ces dangers. Ce genre de formation est bienvenu pour nous, pour la population et pour tous les utilisateurs. »

Cette conférence s’inscrit dans une dynamique plus large portée par l’Université Nangui Abrogoua, dont l’engagement en faveur de la recherche appliquée et du lien entre science et politiques publiques s’est également illustré, deux jours plus tôt, à travers la clôture du Congrès d’Écologie d’Afrique de l’Ouest. Deux événements qui, chacun à leur manière, rappellent que l’université ivoirienne entend peser dans les grands débats qui conditionnent l’avenir du pays.

Vous aimerez aussi...