Côte d’Ivoire : Propriété intellectuelle et jeunesse, « Abidjan capitale africaine de l’innovation avec la conférence HIPOC 2026 »
Les 4 et 5 juin 2026, Abidjan devient le cœur de la réflexion stratégique sur la propriété intellectuelle en Afrique. En présence du Directeur général de l’OMPI, M. Daren TANG, et sous l’égide du Ministre du commerce de l’industrie et de l’artisanat, M. Kalil Konaté, représenté par la ministre ivoirienne de la Culture, Mme Françoise REMARCK, la deuxième Conférence des Chefs des structures nationales de propriété intellectuelle des États membres de l’OAPI (HIPOC) pose les jalons d’un écosystème innovant et inclusif, au service de la jeunesse et de la souveraineté économique du continent.

Ce jeudi, la capitale économique ivoirienne a ouvert ses portes à une rencontre régionale sans précédent : la deuxième édition de la Conférence HIPOC, réunissant les responsables des offices de propriété intellectuelle des dix-sept États membres de l’Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle (OAPI). Un événement placé sous le signe de l’ambition, de la coopération et de l’avenir, avec un invité de marque : M. Daren TANG, Directeur général de l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI), en visite officielle en Côte d’Ivoire à l’invitation du gouvernement, sous la conduite du Premier Ministre.
C’est par un chaleureux Akwaba bienvenue en terre ivoirienne que Mme Françoise REMARCK, ministre de la Culture, a ouvert la cérémonie, au nom du Président Alassane OUATTARA. « Je forme le vœu que votre séjour parmi nous reflète la chaleur de l’hospitalité ivoirienne », a-t-elle déclaré, avant de saluer la présence de M. Daren TANG, dont la visite au début de son nouveau mandat honore notre pays.
La ministre a d’emblée posé le cadre : la Côte d’Ivoire a fait de la propriété intellectuelle un levier essentiel de sa transformation économique. Preuve de cet engagement, le pays assure cette année la présidence du Conseil d’Administration de l’OAPI, siège au Comité de coordination de l’OMPI et occupe la Vice-Présidence de l’Assemblée de l’Union de La Haye.

« La propriété intellectuelle est le carburant de l’innovation, elle-même moteur de l’industrialisation et de la valorisation de nos richesses », a martelé Mme REMARCK, appelant à bâtir un écosystème performant couvrant toute la chaîne de valeur : de la promotion des idées à leur protection, leur commercialisation et la lutte contre la contrefaçon.
Au cœur du discours ministériel, une fierté nationale : le programme INVENT DEMAIN – L’École de l’innovation, lancé en 2025 par l’Office Ivoirien de la Propriété Intellectuelle. Ce projet pionnier initie les jeunes apprenants des établissements secondaires et supérieurs à l’innovation grâce à l’exploitation des bases de données mondiales des inventions. Après une phase pilote couronnée de succès avec la création de plusieurs clubs d’invention un concours national de l’innovation sera prochainement organisé.
« Investir dans la créativité de notre jeunesse, c’est préparer l’avenir économique de notre continent », a insisté la ministre, relevant que le thème de la conférence: « Propriété intellectuelle et entrepreneuriat des jeunes : comment bâtir un écosystème innovant et inclusif », résonne avec une acuité particulière en Afrique, continent le plus jeune du monde.
Prenant la parole en tant que représentant du gouvernement japonais, S.E. M. Junji GOMAKUBO, Ambassadeur du Japon en Côte d’Ivoire, a rappelé l’engagement de son pays via le Fonds fiduciaire mondial du Japon pour la propriété industrielle de l’OMPI. Créé en 1987 et actif en Afrique depuis 2008, ce fonds soutient la modernisation des offices, les centres d’appui à la technologie (CATI) et le master en propriété intellectuelle de l’Université de Yaoundé II.
L’ambassadeur a illustré l’enjeu économique par un exemple frappant : l’industrie japonaise des mangas et animés, un “concentré de propriété intellectuelle” dont les ventes à l’étranger ont triplé en dix ans, vise 20 000 milliards de yens d’ici 2033. Mais le piratage cause déjà 707,8 milliards de yens de dommages mondiaux. @Protéger les droits d’auteur, c’est protéger la culture et les arts de chaque pays », a-t-il souligné, voyant dans l’Afrique un futur géant des industries culturelles.
Clou de la matinée, le discours de M. Daren TANG, Directeur général de l’OMPI, a dressé un panorama saisissant de la révolution silencieuse de la propriété intellectuelle. « L’année dernière, 24 millions de titres de propriété intellectuelle ont été déposés dans le monde. Les investissements dans les actifs immatériels sont près de quatre fois supérieurs à ceux consacrés aux actifs matériels », a-t-il révélé.
Surtout, a-t-il insisté, « soixante-dix pour cent de la propriété intellectuelle provient aujourd’hui de l’Afrique, de l’Asie et de l’Amérique latine ». Un basculement historique que l’OMPI entend accompagner par une transformation profonde du rôle des offices nationaux : « Passer d’une logique transactionnelle à une logique transformationnelle ».
M. TANG a salué les avancées concrètes dans l’espace OAPI : la stratégie nationale de la Côte d’Ivoire adoptée en 2025, l’indication géographique en développement pour la mangue de Faca ou le riz de Kovié, ainsi que les programmes d’accompagnement des PME et start-up au Cameroun, en Côte d’Ivoire et au Niger.
Le patron de l’OMPI a détaillé six axes pour faire de la propriété intellectuelle un moteur de croissance inclusive :
- Transformer les offices en facilitateurs de l’innovation.
- Intégrer la PI dans toutes les politiques (éducation, industrie, économie créative).
- Agir sur le terrain : plus de 87 projets en Afrique entre 2022 et 2025, avec 221 dépôts de titres.
- Inclure les femmes, les jeunes et les ruraux : 168 000 participants à l’Académie de l’OMPI l’an dernier, dont 27 675 Africains.
- Développer les Centres d’appui à la technologie (CATI) : plus d’une centaine dans l’espace OAPI.
- Faire de la PI une garantie financière, via des partenariats comme celui entre l’OAPI et le Fonds africain de garantie.
« Le portefeuille de propriété intellectuelle d’un entrepreneur ne devrait pas seulement lui offrir une protection juridique, mais aussi lui ouvrir les portes du financement », a plaidé M. TANG.
Avant de déclarer officiellement ouverte la conférence, Mme Françoise REMARCK a salué “l’esprit de coopération renforcée” entre l’OMPI, l’OAPI et les États membres. « Nos offices ont un rôle clé : faciliter l’accès au système, accompagner les jeunes innovateurs et créer des passerelles vers le financement et les marchés ».
Pendant deux jours, les directeurs d’offices plancheront sur des recommandations concrètes. L’enjeu est immense : faire de la créativité africaine non plus une simple ressource culturelle, mais un actif stratégique protégé, valorisé et compétitif sur le marché mondial.
Comme l’a résumé l’ambassadeur du Japon : « L’Afrique regorge d’histoires, de talents et de contenus. Les efforts pour mettre en place un marché mondial compétitif contribueront à la protection de ses valeurs nationales. »



