Côte d’Ivoire : Lutte contre le VIH, Le FNLS lance son « Pool Média pour faire face au défi de la mobilisation nationale »

Face à l’incertitude croissante des financements extérieurs, le Fonds National de Lutte contre le Sida (FNLS) a officialisé, ce jeudi 30 avril 2026 à Abidjan, la création de son Pool Média. Une initiative qui vise à transformer les journalistes en véritables acteurs stratégiques d’une communication responsable et d’une mobilisation domestique des ressources.

C’est dans la salle de conférence du siège du FNLS, situé à Abidjan, qu’a eu lieu le lancement officiel du Pool Média. Autour d’un petit-déjeuner de presse, la Directrice générale, Madame Sokouri Flore Nathalie, a officiellement scellé une alliance durable entre l’institution et les professionnels des médias ivoiriens.

Cet événement intervient dans un contexte particulier, celui d’une transition décisive dans la riposte contre le VIH en Côte d’Ivoire. Alors que le pays affiche des progrès significatifs depuis 2011 avec plus de 5,9 millions de bénéficiaires directs touchés et plus de 716 projets communautaires financés, l’heure est désormais à l’autonomie.

« Le contexte international évolue. Les financements extérieurs deviennent plus incertains et la mobilisation domestique des ressources n’est plus une option mais une nécessité », a martelé Mme Sokouri. Avant d’ajouter : « Le FNLS veut construire avec les médias une alliance durable au service de la santé publique et de la mobilisation nationale contre le VIH. »

Concrètement, ce Pool Média a pour objectifs d’améliorer la qualité de l’information sur le VIH, de renforcer la visibilité des actions du FNLS, de promouvoir une communication inclusive, et surtout de lutter contre la désinformation et la stigmatisation, deux fléaux qui freinent encore la prévention.

Le FNLS s’est engagé à fournir aux journalistes membres des informations vérifiées, un accès facilité aux experts, ainsi qu’un partage régulier des données et des résultats. En contrepartie, les médias sont invités à promouvoir une information responsable, à vérifier leurs sources et à contribuer activement à la lutte contre la stigmatisation des personnes vivant avec le VIH.

Interrogée sur les leviers financiers nationaux, la Directrice générale a détaillé la stratégie du FNLS pour les trois prochaines années : « Le FNLS a plusieurs types de mobilisation : les timbres de solidarité, la subvention de l’État et la taxe sur le tabac. Sur les trois prochaines années, nous comptons atteindre 30 milliards de FCFA pour le financement national de la lutte contre le VIH. »

Parmi ces outils, le timbre de solidarité a fait l’objet de précisions pratiques. Vendu au siège du FNLS, dans les préfectures et certaines mairies, son prix de base est de 100 FCFA, mais il peut atteindre plusieurs millions pour les mécènes. Les montants supérieurs à 1 000 FCFA font l’objet d’un reçu personnalisé. « En achetant un timbre, c’est des vies qu’on sauve. C’est un geste de solidarité, ce n’est pas utilisable. Il faut sensibiliser sur son bienfait », a expliqué la patronne du FNLS, appelant à une montée en puissance des points de vente.

Face aux questions des journalistes sur l’accès aux subventions, Mme Sokouri a été claire : le FNLS ne finance pas la recherche (celle-ci reste à la charge de l’État via ses structures dédiées), mais uniquement les communautés et les ONG. Pour être éligible, une organisation doit justifier d’au moins deux ans d’existence, évoluer dans le domaine du VIH, et surtout, obtenir un avis favorable du district sanitaire de son lieu d’intervention. « Il faut que ce soit une organisation vraie. Il y en a qui créent au puits et viennent soumissionner. Le district de santé valide d’abord la soumission », a-t-elle insisté.

Entre 2011 et 2025, le FNLS a mobilisé 30,11 milliards FCFA de financements domestiques, couvert 31 régions et touché 5 915 111 bénéficiaires directs (personnes vivant avec le VIH, orphelins et enfants vulnérables, prévention de la transmission mère-enfant, etc.).

Avec ce Pool Média, le FNLS espère non seulement rendre visible cette chaîne de solidarité nationale, mais aussi préparer l’après-financements internationaux. « Derrière chaque action financière, il y a des filles, des familles et des communautés qui espèrent », a conclu Mme Sokouri.

Les professionnels des médias tiennent désormais un cadre structuré d’échange avec le mécanisme national. Reste à transformer cette ambition en récits de terrain, pour que l’information juste devienne, elle aussi, un rempart contre le sida en Côte d’Ivoire.

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