Côte d’Ivoire : Lutte contre la migration irrégulière, « une coalition ivoiro-marocaine pour protéger la jeunesse africaine »
Le siège de la Centrale Syndicale Humanisme, à Williamsville, a servi de cadre, ce 24 février mardi, au lancement officiel du projet Alliance Associations pour la lutte contre la traite des personnes et la promotion d’une immigration sûre et régulière. Une initiative transnationale ambitieuse qui réunit, dans sa phase pilote, la Côte d’Ivoire et le Maroc, avec une extension prévue au Sénégal et à la Tunisie d’ici juin 2026.

La cérémonie a enregistré la présence de représentants d’institutions publiques, d’organisations de la société civile et de partenaires techniques et financiers, témoignant de la volonté collective de renforcer la coopération face aux défis migratoires contemporains.
Prenant la parole, le président du Réseau d’Action sur les Armes Légères en Afrique de l’Ouest, section Côte d’Ivoire (Réseau d’Action sur les Armes Légères en Afrique de l’Ouest – RASALAO-CI), a salué une initiative ambitieuse et structurante, soulignant la pertinence d’une approche intégrée combinant prévention, protection des victimes et renforcement des capacités des acteurs.
Il a rappelé que la migration, lorsqu’elle est choisie, encadrée et sécurisée, constitue une véritable opportunité de développement pour les pays d’accueil comme pour les pays d’origine. En revanche, lorsqu’elle devient irrégulière et exploitée par des réseaux criminels, elle se transforme en drame humain.

« La traite des personnes demeure une atteinte grave aux droits fondamentaux et une menace directe pour la sécurité humaine aux niveaux régional et international », a-t-il déclaré, établissant un lien entre migration irrégulière et criminalité transnationale : trafic d’armes, de drogues, d’êtres humains, blanchiment de capitaux et corruption.
Pour le RASALAO-CI, dont la mission est de promouvoir un environnement sécurisé et propice au développement durable, l’adhésion à ce projet s’inscrit dans une logique de sécurité humaine et de responsabilité partagée.
Intervenant par visioconférence depuis le Maroc, Kanga Gauthier, président de l’Association des Migrants Solidaires d’Afrique (Association des Migrants Solidaires d’Afrique – AMSA), a présenté l’expérience de son organisation dans la région de Souss-Massa.
L’AMSA œuvre depuis plusieurs années en faveur des migrants en situation de: vulnérabilité à travers :
- l’accompagnement sanitaire et administratif ;
- l’appui à la scolarisation des enfants ;
la sensibilisation aux droits et devoirs des migrants ;
- la promotion de l’intégration socio-économique et sportive.
L’association s’appuie sur une plateforme régionale regroupant plus de 19 associations et une quinzaine d’institutions, parmi lesquelles la Commission régionale des droits de l’homme, la Direction régionale de la santé et le ministère de l’Emploi au Maroc.
Parmi ses réalisations : des distributions alimentaires en partenariat avec des organisations européennes, des projets d’éducation civique sur les droits et obligations des migrants, ainsi que des tournois sportifs féminins et masculins destinés à favoriser la cohésion sociale et réduire les tensions communautaires.
« Il ne s’agit pas de dire aux jeunes de ne pas migrer, mais de leur expliquer comment le faire en toute sécurité, avec une information fiable », a-t-il insisté.

Présentant les contours du projet, Yoro Bi Ta Raymond a expliqué que l’Alliance repose sur une approche structurée, transnationale et multisectorielle.
Dans sa première phase, le projet couvre la Côte d’Ivoire et le Maroc. La Tunisie et le Sénégal rejoindront l’initiative à partir de juin 2026, portant à quatre le nombre de pays partenaires.
Le projet vise notamment à :
- contribuer à la lutte contre la traite des personnes ;
- promouvoir des voies migratoires sûres et régulières ;
- renforcer les capacités économiques, organisationnelles et institutionnelles des acteurs locaux ;
- diffuser une information fiable pour prévenir les risques liés à la migration irrégulière.
Huit associations sont directement impliquées (quatre en Côte d’Ivoire et quatre au Maroc). Vingt ambassadeurs communautaires dix par pays ont déjà été formés pour porter le message de sensibilisation sur le terrain.
Procédant au lancement officiel, Mme Koné Catherine, présidente de la Commission sécurité et défense de l’Assemblée nationale, représentant le président de l’Assemblée nationale, Patrick Achi, a salué une initiative profondément humaine et porteuse d’espoir.
Elle a rappelé que la traite des personnes constitue l’une des atteintes les plus graves à la dignité humaine, brisant des vies et anéantissant des espoirs. Derrière les statistiques, a-t-elle souligné, se cachent des visages : ceux d’enfants privés d’innocence, de femmes et d’hommes réduits à l’exploitation.

Pour elle, le projet Alliance Associations dépasse le cadre protocolaire : il marque une étape majeure dans l’engagement collectif en faveur de la protection des personnes vulnérables.
La Commission sécurité et défense de l’Assemblée nationale, fidèle à ses missions de contrôle et d’évaluation des politiques publiques, a réaffirmé sa disponibilité à accompagner toutes les initiatives visant à renforcer les cadres juridiques et institutionnels de lutte contre la traite.
Elle a également salué la dimension transnationale du projet, rappelant qu’aucun État ne peut, à lui seul, relever les défis migratoires contemporains. Seule une coopération étroite et solidaire permettra d’apporter des réponses durables.
Les intervenants ont inscrit cette initiative dans la vision portée par l’Union africaine et les Nations unies en matière de protection des droits humains et de promotion d’une migration sûre, ordonnée et régulière.
Citant le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, les organisateurs ont rappelé que les droits de l’homme ne sont pas un obstacle au progrès, mais en sont la condition essentielle.

Le projet Alliance Associations entend ainsi placer la dignité humaine au cœur des politiques migratoires, en misant sur la prévention, l’information, la solidarité entre États et l’implication active des communautés locales.
Au-delà des discours, le projet se veut porteur d’alternatives concrètes pour les jeunes et les femmes, souvent premières victimes des réseaux de traite.
En conjuguant sécurité humaine, coopération internationale et engagement citoyen, l’Alliance ambitionne de produire des résultats mesurables et durables, et de servir de modèle à d’autres initiatives nationales et régionales.



