Côte d’Ivoire : Lutte antitabac, « Le CLUCOD met en garde les industriels qui défient le paquet neutre »
À l’heure où les premiers paquets de cigarettes standardisés font leur apparition dans les kiosques d’Abidjan, l’ONG CLUCOD dresse un bilan contrasté de l’application de la mesure. Entre marques vertueuses et nouveaux arrivants qui défient la loi, la vigilance reste de mise. Avertissement lancé : « La santé des Ivoiriens n’est pas à vendre. »
C’était une promesse historique du gouvernement ivoirien. Le jeudi 30 juillet 2026, le ministre de la Santé, de l’Hygiène publique et de la Couverture Maladie Universelle officialisait le lancement du conditionnement neutre des produits du tabac, avec une entrée en vigueur effective fixée au lundi 3 août. Moins d’un mois après cette échéance, le Comité/Club Universitaire Unesco pour la Lutte contre la Drogue et autres pandémies (CLUCOD), appuyé par le projet PRECAT-Cl et l’ACBF, a convié la presse ce vendredi 28 août au siège de l’organisation à Aboboté (carrefour menuiserie) pour un premier bilan de terrain.
Pour M. Tall Lacina, Coordonnateur Général du CLUCOD et Président du Conseil d’Administration du Rocta-Ci, la mesure constitue une grande victoire pour la santé publique. Fini les logos séduisants, les couleurs attrayantes et autres arguments commerciaux trompeurs. Désormais, les paquets arborent une couleur standardisée, agrémentée de messages sanitaires chocs et d’images chocs destinées à dissuader les consommateurs.
Après plusieurs semaines d’observations sur le terrain à Abidjan et à l’intérieur du pays, la société civile dresse un premier état des lieux. Quatre marques majeures se distinguent déjà par leur conformité totale aux nouvelles règles :
- YES (Pan Africa Group) ;
- Marlboro White (Philip Morris International) ;
- Fine mix et Fine bleue (SITAB / Imperial Brands).
Si ces industriels ont joué le jeu, M. Tall Lacina déplore que la majorité des autres marques continuent d’inonder les points de vente avec des emballages non conformes. Plus inquiétant encore : de nouvelles marques, totalement étrangères aux prescriptions du paquet neutre, font leur apparition sur le marché, comme pour contourner l’esprit de la loi.
Toutefois, l’ONG nuance ces observations. Un délai de carence de trois mois, courant à compter du 3 août 2026, a été accordé aux industriels pour permettre l’écoulement des anciens stocks. Cette période transitoire explique donc la coexistence actuelle, sur les étals, de paquets anciens et de nouveaux paquets standardisés.

« Nous comprenons ce délai, mais notre rôle est d’observer et d’alerter. Si la présence des anciens paquets est tolérée jusqu’en novembre, rien ne justifie l’apparition de nouvelles références qui ne respectent pas les normes », a précisé M. Tall Lacina en marge de la conférence.
Face à ce qu’il qualifie de défi à l’autorité de l’État, le coordonnateur du CLUCOD a haussé le ton. Son discours, empreint de fermeté, résonne comme un ultimatum : « La santé des Ivoiriennes et des Ivoiriens n’est pas à vendre, et nul n’est au-dessus des lois de la République. Le temps de la sensibilisation et des tolérances est révolu. »
La société civile menace désormais de passer à la vitesse supérieure si les manœuvres dilatoires persistent, promettant de dénoncer publiquement et d’entreprendre des actions plus fortes contre les contrevenants.
Par ailleurs, le CLUCOD a tenu à saluer le courage du gouvernement ivoirien et du ministère de la Santé, qui font de la Côte d’Ivoire un pays leader dans l’application de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT).
Cependant, comme le rappelle M. Tall Lacina : « Une loi n’a de valeur que par la rigueur de son application. » L’organisation adresse ainsi trois requêtes majeures aux autorités :
- Intensifier les contrôles sur toute la chaîne de distribution (importateurs, grossistes, détaillants) ;
- Appliquer des sanctions exemplaires (saisies, amendes, retraits d’agrément) contre les récalcitrants ;
- Procéder au retrait immédiat du marché de tous les paquets non conformes à l’issue du délai de carence.
Pour le CLUCOD, cette conférence de presse ne marque qu’une étape dans un projet plus vaste visant à pérenniser la lutte antitabac en Côte d’Ivoire. L’implication des médias et de l’opinion nationale est jugée cruciale pour garantir le succès de cette réforme.
La Côte d’Ivoire a ouvert la voie. Reste à savoir si les industriels saisiront cette opportunité pour se conformer à la loi, ou s’ils s’exposeront à une répression accrue. La société civile, elle, promet de rester aux aguets jusqu’à la fin du délai de carence, en novembre prochain, pour s’assurer que la santé des Ivoiriens prime sur les intérêts économiques.



