Côte d’Ivoire : L’intelligence artificielle au service de l’homme, « L’Afrique face au défi éthique »
Ce jeudi 02 juillet 2026, l’Institut Pasteur de Côte d’Ivoire a abrité une conférence scientifique de haut vol sur un sujet aussi brûlant que fondamental : « Éthique et intelligence artificielle : enjeux, défis et perspectives en Afrique ». Devant une salle comble réunissant chercheurs, professionnels de santé, juristes, décideurs publics et représentants de la société civile, les intervenants ont planché sur les promesses et les périls de cette révolution technologique, avec un leitmotiv constant : placer l’humain au cœur du système.
L’essor fulgurant de l’intelligence artificielle (IA) transforme la recherche, la santé, l’éducation et la gouvernance. En Côte d’Ivoire, ces avancées suscitent un immense espoir, mais aussi des interrogations légitimes sur la protection des données, les biais algorithmiques ou encore les inégalités d’accès. C’est pour répondre à ces défis que le Comité d’Éthique de la Recherche de l’Institut Pasteur, créé en février 2023, a organisé cette rencontre.

Dans son mot de bienvenue, le Professeur Méité Syndou, Directeur général de l’Institut Pasteur de Côte d’Ivoire, a tenu à saluer la présence du conférencier principal, le Professeur Dion Yodé Simplice, Vice-président de l’Université Félix Houphouët-Boigny. « L’innovation scientifique ne peut produire tous ses bénéfices que lorsqu’elle s’inscrit dans un cadre éthique solide », a-t-il martelé, soulignant l’engagement de l’Institut à promouvoir une recherche respectueuse de la dignité humaine. Il a également remercié l’UNESCO pour son accompagnement, avant de déclarer ouverts des travaux qu’il souhaite « marqués par des discussions ouvertes, constructives et inspirantes ».

Prenant la parole au nom du bureau de l’UNESCO, Monsieur Gnackaby, spécialiste de l’éducation, a rappelé le rôle central de l’organisation dans la gouvernance de l’IA. Il a cité l’adoption en 2021 de la recommandation sur l’éthique de l’IA, un cadre normatif de référence. Il a surtout mis en lumière la méthode d’évaluation de l’état de préparation à l’IA , dont les résultats en Côte d’Ivoire, après consultation de plus de 70 institutions, ont permis de formuler six axes stratégiques. Parmi ceux-ci, il a insisté sur une formation massive des développeurs , estimant que pour maîtriser l’IA, il faut trois choses : « les hommes, les données et le capital ».

Le Professeur Touré André, Directeur scientifique de l’Institut, a présenté les objectifs de la journée. Il a lancé un avertissement sans détour : « Si on ne fait pas l’intelligence artificielle, l’intelligence artificielle va nous faire. Il faut qu’on s’adapte. » Son message était clair : sensibiliser chercheurs et professionnels de santé à intégrer l’IA dans leur quotidien, mais en travaillant avec l’esprit éthique. Il a appelé à créer un cadre de collaboration pour une réflexion dynamique, car en éthique, on doit toujours s’adapter.
La conférence inaugurale du Professeur Dion Yodé Simplice a été le temps fort de cette matinée. Philosophe de formation, il a apporté un éclairage humaniste indispensable. « Aujourd’hui, l’IA est incontournable, c’est un instrument indispensable pour la recherche. Mais plus la puissance est grande, plus la responsabilité est grande », a-t-il posé en préambule.

Son plaidoyer a été vibrant : « N’oublions jamais que l’homme est la finalité, et que la technologie n’est qu’un moyen. Il ne faut pas faire l’inverse. » Revenant sur le sacré de la vie humaine, il a rappelé avec force que le chercheur travaille sur une matière qui est l’homme lui-même. « Une expérience qui capote, c’est une vie humaine qui s’en va. » Il a ainsi plaidé pour des garde-fous éthiques et juridiques solides, et a insisté sur la notion de consentement, gage de souveraineté numérique. « Nous devons investir massivement dans la formation et les infrastructures pour être propriétaires de nos propres données et les exploiter pour notre bonheur », a-t-il conclu, sous les applaudissements.
En fin de séance, le Directeur général, Professeur Méité Syndou, est revenu sur les usages concrets de l’IA à l’Institut Pasteur. Si celle-ci est un outil précieux pour les revues bibliographiques, la méthodologie ou la modélisation en surveillance épidémiologique, il a mis en garde contre ses dérives. « À travers l’IA, on peut s’asseoir et écrire tout ce qu’on veut, surtout des travaux de recherche. Mais il est important que l’honnêteté et l’intégrité intellectuelle du chercheur soient préservées. » Il a insisté sur la nécessité de dire la part des choses : ce qui relève du travail du chercheur et ce qui est apporté par l’outil. « Nous travaillons pour la population, nous devons être intègres vis-à-vis d’elle », a-t-il martelé, réaffirmant l’opposition de l’Institut à toute forme de facilité ou de plagiat.
Cette conférence, riche en échanges et en perspectives, a montré que la Côte d’Ivoire et l’Afrique ne sont pas de simples spectatrices de la révolution numérique. Elles entendent en être des actrices éclairées, en posant dès maintenant les jalons d’une intelligence artificielle éthique, responsable et véritablement au service du bien commun.



