Côte d’Ivoire : le PARU affiche des résultats probants dans la lutte contre les inondations à Abobo, Yopougon et Grand-Bassam
Lancé en 2020 pour un coût global de 315 millions de dollars, le Projet d’Assainissement et de Résilience Urbaine (PARU) porte ses fruits. Ce vendredi 12 juin 2026, une visite de presse organisée sur les sites de construction des ouvrages de drainage à Abobo, Yopougon et Grand-Bassam a permis de constater les avancées concrètes : finies les inondations récurrentes, place à des infrastructures modernes qui protègent désormais près de 800 000 personnes.

Abobo, N’Dotré, le constat est frappant. Là où les eaux stagnaient pendant des semaines, provoquant des dégâts matériels et des pertes en vies humaines, des canaux bétonnés, des dalots et des voies réhabilitées redessinent aujourd’hui le paysage urbain. Porté par le gouvernement ivoirien avec l’appui financier du Groupe de la Banque mondiale, le PARU entre dans sa phase décisive.
Sur les trois sites visités, les résultats sont éloquents : plus de 75 kilomètres de réseaux de drainage construits ou réhabilités, 1,35 million de personnes mieux desservies en gestion des déchets solides, et un objectif clair, réduire la vulnérabilité aux inondations dans le District Autonome d’Abidjan et au-delà.
À Grand-Bassam, la contrainte était géologique. « La principale difficulté concernait le nivellement du terrain. Nous ne disposions pas d’une pente suffisante entre le départ du canal et l’exutoire lagunaire », explique Namory Fofana, spécialiste assainissement et drainage au PARU. Pour garantir un écoulement gravitaire, les équipes ont dû revoir les niveaux de plusieurs ponts, une modification budgétaire actée via un avenant.

16 dalots construits, et des eaux de ruissellement désormais acheminées directement vers la lagune. « Aujourd’hui, les problèmes d’inondation sont résolus sur l’ensemble du périmètre traité », se félicite M. Fofana. « Au-delà des infrastructures, la sensibilisation reste essentielle pour éviter l’escalade ou la traversée non autorisée des ouvrages. »
Sur le site de Yopougon, c’est Youdou Dominique, chef de mission chargé du contrôle des travaux, qui guide la visite. Le projet s’articule autour de deux tronçons majeurs. Le premier, à Gesco, s’étend sur 2 170 mètres avec des canaux principalement fermés, du carrefour LKM jusqu’à l’arrière du collège Aewa. Le second, Port-Bouët 2, mesure près de 2 000 mètres et part de l’arrière du CHU.
L’avancement est spectaculaire : 97 % des travaux réalisés pour 91 % du délai consommé. « Depuis le démarrage du projet, aucune inondation n’a été enregistrée dans la zone concernée », affirme M. Youdou. Le linéaire traité atteint presque 4 kilomètres, dépassant les estimations initiales.
Des travaux complémentaires sont toutefois en cours : aménagements paysagers, éclairage public le long des canaux, boîtes de branchement pour le raccordement au réseau d’eaux usées, et réhabilitation de la chaussée au carrefour LKM. Le chantier, entamé en novembre 2023, a connu des retards liés à la libération des emprises et aux avenants, mais l’achèvement complet est promis pour septembre 2026.
C’est sur le site de N’dotré qu’Abdel Kader, chef de mission adjoint, détaille la stratégie. La première phase (7 milliards de FCFA) avait permis la réalisation des collecteurs primaires. La seconde phase, dotée de 10 milliards de FCFA, porte sur la voirie et les ouvrages secondaires (caniveaux). Près de 12 km de routes et 25 km de caniveaux sont programmés.
Attention, nuance : une dégradation apparente sur l’ouvrage OF12 a surpris les visiteurs. « L’ouvrage n’a pas cédé », rassure M. Abdel Kader. « Ce sont les travaux de raccordement entre la première et la deuxième phase. Nous avons démoli certaines parties de manière contrôlée pour connecter les nouveaux collecteurs. »
L’ambition du projet dépasse le simple drainage. Deux grandes cuvettes, véritables éponges à nuisances, sont en train d’être transformées. La première, la « cuvette du PK18 » (ex-Lac aux Caïmans) de six hectares, et celle de N’dotré bénéficient d’exutoires créés pour évacuer les eaux par gravité. Sur ces espaces réhabilités, des terrains de football, des écoles et des équipements communautaires verront le jour.

Namory Fofana, également ingénieur en chef des travaux, dresse un bilan très positif. « À Abobo, notamment au niveau du Lac aux Caïmans et de Sommé, à Yopougon et à Grand-Bassam, les problèmes d’inondation ont été considérablement réduits, voire résolus. » Actuellement, les efforts se poursuivent à Cocody, notamment à Synacassi et sur le chenal de Bonoumin.
Interrogé sur une éventuelle prolongation du PARU, prévu initialement sur six ans, M. Fofana se montre ouvert : « L’ensemble des financements pour le volet drainage a été engagé. Mais sur la gestion des déchets solides, des infrastructures restent à réaliser. Une prolongation au-delà d’octobre 2026 est envisageable si les autorités l’approuvent. »

Enfin, le projet ne se limite pas au béton. Un système d’alerte précoce contre les inondations, développé avec l’Office National de la Protection Civile (ONPC), est opérationnel. Des actions de sensibilisation de proximité sont menées auprès des riverains pour préserver les ouvrages et stopper le dépôt sauvage de déchets dans les canaux. Des poubelles ont été installées et des pistes d’entretien aménagées.
« Ces résultats sont le fruit de la volonté du gouvernement et de l’appui de la Banque mondiale », conclut M. Fofana. « Mais leur pérennité dépend désormais de la responsabilité de tous. »



