Côte d’Ivoire : L’Afrique régule son avenir numérique depuis Abidjan, « Le RAPDP trace la voie d’une souveraineté numérique pour le continent »
La 9ème Conférence internationale du Réseau Africain des Autorités de Protection des Données Personnelles s’est ouverte ce lundi 18 mai 2026 au Radisson Blu Hôtel Abidjan Airport, réunissant vingt-quatre délégations venues de tout le continent pour trois jours de travaux décisifs.

Abidjan a revêtu ses habits de capitale continentale du numérique. Dans un contexte mondial marqué par l’essor fulgurant de l’intelligence artificielle, des données massives et des objets connectés, le Réseau Africain des Autorités de Protection des Données Personnelles (RAPDP) a choisi la métropole ivoirienne pour tenir sa 9ème Conférence internationale, placée sous le thème : « Réguler sans freiner l’innovation ». L’événement, organisé par l’Autorité de Régulation des Télécommunications/TIC de Côte d’Ivoire (ARTCI), revêt une double signification : il marque à la fois le dixième anniversaire du réseau et un tournant stratégique pour la gouvernance numérique du continent.
Fondé en 2016 à Ouagadougou, le RAPDP fédère aujourd’hui les autorités de protection des données de nombreux pays africains à travers cinq régions et quatre langues de travail. En dix ans, il s’est imposé comme le cadre de référence continental en matière de droits numériques.
Pour le président du réseau, Amadou Hiro, cette conférence est un « rendez-vous du donner et du recevoir », un espace de mutualisation des expériences où l’Afrique construit, pas à pas, une gouvernance numérique harmonisée et souveraine. Il a appelé les participants à formuler des recommandations ambitieuses et porteuses pour la prochaine décennie, soulignant que le continent ne doit pas rester un simple espace de consommation de technologies conçues ailleurs.

Le président du Conseil de Régulation de l’ARTCI, Roger Félix Adom, dont c’était la première prise de parole officielle depuis son installation, a planté le décor avec force. Pour lui, la donnée personnelle touche à la personne humaine, à la vie privée, à l’identité, à la dignité et à la liberté et ne saurait être traitée comme une simple contrainte juridique.
Il a défendu une vision équilibrée de la régulation : « Réguler ne veut pas dire bloquer. Réguler signifie créer un cadre clair, équitable, protecteur et prévisible », a-t-il déclaré, appelant les autorités africaines à accompagner l’innovation sans naïveté et à protéger les citoyens sans rigidité excessive.
Numérique et de l’Innovation Technologique, Djibril Ouattara, a pour sa part dressé un bilan lucide : si plus de trente-cinq pays africains disposent désormais d’une législation sur la protection des données, leur application reste inégale et la fragmentation des régimes fragilise la construction d’une souveraineté numérique continentale. Il a présenté les avancées de la Côte d’Ivoire en la matière des premières campagnes de sensibilisation de 2015 à la création du Fichier national des correspondants en 2026 et réaffirmé l’ambition du pays de se positionner comme un centre régional de confiance numérique.

La keynote d’ouverture, prononcée par le professeur Mamadou Niane, a porté un regard critique et sans concession sur la réalité des données personnelles en Afrique. Son constat est sévère : les données africaines sont massivement extraterritorialisées, traitées par des algorithmes dont les États et les citoyens ignorent souvent l’existence, à San Francisco, Dubaï ou Singapour. « Nous participons à l’économie de la donnée comme matière première, mais pas comme bénéficiaires de la valeur », a-t-il alerté, invoquant l’analogie avec l’extractivisme des ressources naturelles pour décrire ce qu’il nomme un extractivisme numérique.
Face à des acteurs au comportement prédateur, les autorités africaines manquent encore de budgets suffisants, de pouvoirs d’investigation réels et d’équipes formées aux enjeux du cloud, de l’IA et de la biométrie. Un tableau qui appelle, selon lui, à une réponse urgente et coordonnée.
Les travaux se poursuivront jusqu’au jeudi 21 mai, alternant plénières, sessions thématiques, intelligence artificielle, santé numérique, fintech et rencontres entre régulateurs et secteur privé. L’Assemblée Générale du RAPDP, prévue les 20 et 21 mai, sera le temps fort de l’événement : elle devra adopter la Déclaration Finale d’Abidjan, document stratégique qui tracera les orientations continentales en matière de protection des données pour la période 2026–2030, et procéder à l’élection du nouveau bureau du réseau.



