Côte d’Ivoire : Journées géographiques 2026, « Le ministre Kobenan Kouassi Adjoumani appelle à faire de l’économie bleue une priorité stratégique »

 L’Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan vibre depuis ce matin au rythme des échanges scientifiques et des débats prospectifs.

Les 15e Journées Géographiques de Côte d’Ivoire s’y sont officiellement ouvertes, réunissant chercheurs, décideurs publics et acteurs du développement autour d’un thème d’une brûlante actualité : « Enjeux territoriaux et socio-environnementaux de l’économie bleue en Afrique subsaharienne ».

Pendant quatre jours, jusqu’au 24 avril, l’Association des géographes de Côte d’Ivoire (AGCI) entend faire de cette rencontre un laboratoire d’idées et un creuset de propositions concrètes pour une gouvernance durable des espaces maritimes, lagunaires et fluviaux.

L’économie bleue qui englobe pêche, aquaculture, transport maritime, tourisme côtier, énergies marines renouvelables sont souvent perçue comme un eldorado économique. En Afrique subsaharienne, elle représente un levier stratégique pour la croissance, la création d’emplois et la sécurité alimentaire.

Pourtant, comme l’ont souligné les intervenants successifs, ce potentiel se heurte à des défis redoutables : dégradation accélérée des écosystèmes, pressions anthropiques croissantes, conflits d’usage entre communautés locales et industries extractives, vulnérabilité climatique, et fortes inégalités territoriales.

« L’économie bleue n’est plus une option, elle est devenue une nécessité. Mais cette opportunité s’accompagne de défis majeurs », a martelé M. Kobenan Kouassi Adjoumani, ministre d’État, conseiller spécial du président de la République, parrain de la cérémonie. « Il s’agit notamment de la gestion durable des ressources halieutiques, de la préservation des écosystèmes côtiers, de la lutte contre le changement climatique et de l’aménagement équilibré de nos espaces littoraux et fluviaux. »

Tous les discours ont convergé vers un même constat : face à la complexité des interactions entre sociétés et milieux, la géographie science des territoires, des dynamiques spatiales et des rapports de pouvoir est plus que jamais indispensable.

La professeure Adayé Akoua Assunta, présidente du comité d’organisation et maître de conférences, a ouvert les travaux en rappelant que « la géographie permet de mieux comprendre les interactions entre société et milieu, d’analyser la recomposition spatiale et d’éclairer la politique publique en faveur d’une gestion durable et inclusive des ressources marines et littorales ».

Quant à la professeure Koffié-Bipko Céline Yolande, présidente de l’AGCI, elle a insisté sur la dimension engagée de la discipline : « La géographie est une science des enjeux, une science du pouvoir, une science de l’action.  Elle constitue un instrument d’aide à la décision indispensable à la conception et à la mise en œuvre de politiques publiques éclairées. »

Le ministre d’État Adjoumani a abondé dans ce sens, saluant la polyvalence des géographes : « Le géographe est multidimensionnel. Il est agronome, il connaît la Côte d’Ivoire des hautes terres comme des profondeurs. Ce sont des hommes et des femmes de terrain. » Il a cité en exemple les visites d’étudiants dans sa région du Gontougo, où ils se sont intéressés aussi bien à l’agriculture qu’à la pêche artisanale.

Les quatre jours de travaux alterneront conférences inaugurale et de cadrage, communications en ateliers, et un panel de haut niveau réunissant des représentants ministériels et d’organismes internationaux dédiés à l’économie bleue. L’un des temps forts sera consacré à la présentation des nouveaux métiers de la géographie – hors enseignement et recherche – à travers des témoignages d’anciens étudiants.

Enfin, la clôture, le 24 avril, sera marquée par une excursion sur le terrain intitulée « Les paradoxes de l’économie bleue abidjanaise », afin de confronter directement la théorie à la réalité des lagunes et du littoral ivoirien.

L’urgence a été rappelée avec force par M. Assoumany Gouromenan, directeur de cabinet du ministre des Ressources animales et halieutiques, représentant le ministre Sidi Tiémoko Touré. Face au constat que la Côte d’Ivoire importe 80 % du poisson qu’elle consomme, il a lancé un vibrant appel : « On a cette chance d’être au bord de la mer. Pourquoi ne pas en profiter ? Nous ne sommes pas ceux qui sont dans l’intérieur venus pêcher pour nous. Il faut arracher ce secteur à notre économie. »

Il a assuré que son ministère est « prêt à travailler en synergie, surtout avec le monde universitaire, à développer des plans d’action pour permettre l’éclosion de cette économie bleue ».

Les organisateurs ont tenu à exprimer leur profonde gratitude à M. Kobenan Kouassi Adjoumani, saluant son soutien constant à la formation pratique des étudiants, notamment à travers les stages de terrain dans la région du Gontougo. Ont également été remerciés les autorités universitaires, les « maîtres qui ont tracé le chemin », ainsi que les partenaires financiers, dont le Centre africain de management et de perfectionnement des cadres.

Sur ces mots d’espoir et d’engagement, le ministre d’État Kobenan Kouassi Adjoumani a déclaré officiellement ouvertes les 15es Journées Géographiques de Côte d’Ivoire, invitant les participants à « aller au-delà des constats pour formuler des recommandations concrètes, opérationnelles et adaptées à nos réalités africaines ».

Rendez-vous est pris pour trois jours encore de réflexions, de controverses fécondes et de propositions, afin que l’économie bleue ne soit pas seulement un concept prometteur, mais une réalité territoriale durable pour l’Afrique subsaharienne.

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