Côte d’Ivoire : Financement agricole, « Le SRE s’impose comme l’architecture de confiance entre producteurs et banques »

Ce jeudi 16 avril 2026, au Noom Hôtel du Plateau, l’air était chargé non pas d’encens, mais de certitudes. La quatrième édition de la tribune d’information « Zoom sur le système de récépissés d’entreposage (SRE) » a accouché d’une évidence fracassante : en Côte d’Ivoire, produire ne suffit plus. Il faut sécuriser, structurer et financiariser.

Organisée par le Comité de Concertation État/Secteur Privé (CCESP), cette rencontre a sonné comme un appel au basculement systémique. Face à un paradoxe structurel que les organisateurs n’ont pas craint de qualifier de dramatique  (40 milliards de FCFA perdus chaque année en pertes post-récoltes, soit 1,3% du programme alimentaire mondial), la réponse est désormais juridique et financière : le récépissé d’entreposage.

Loin d’un simple outil technique, le SRE a été présenté comme une véritable infrastructure de marché. Il transforme les stocks agricoles épars en actifs tangibles, traçables et égocentriques. Plus besoin de vendre à perte sous la pression de la faim ou de l’argent liquide. Le récépissé, nanti auprès d’une banque, devient un sésame pour le crédit.

D’une voix empreinte de gratitude, la Secrétaire exécutive du CCESP a d’emblée salué l’Autorité de Régulation du Système de Récépissés d’Entreposage (ARRE) , représentée par le professeur Justin N’Goran. « C’est avec un réel plaisir que je salue ce partenaire véritable. Je vous demande de l’ovationner, car il a collaboré activement à cette activité sur le thème : “SRE, levier pour le financement de l’agriculture et de l’agro-industrie” », a-t-elle lancé, déclenchant une standing ovation.

Mme Fadiga a également remercié les ministères de l’Agriculture, des Finances, et du Commerce, avant de rappeler le lancement officiel du dispositif le 22 février 2018. Son message était clair : la tribune d’aujourd’hui vise à informer massivement pour une pleine appropriation par les acteurs du monde rural.

Le Directeur général de l’ARRE, professeur Justin Ngoran Koffi, a délivré une masterclass en cinq points majeurs.

  • Sécurité financière : « Le principal frein au financement agricole, c’est le manque de garanties fiables. Avec le SRE, le produit stocké devient la garantie. » Il a salué l’arrivée du fonds souverain pour abonder le fonds d’indemnisation.
  • Réduction des pertes : Chiffres chocs : 40 milliards de FCFA engloutis dans l’humidité et les rongeurs. « Si nous réduisons ces pertes de moitié par un entreposage intelligent, nous accélérons l’émergence. »
  • Stabilisation des prix : Fini les ventes précoces au rabais.
  • Modernisation agricole.
  • Confiance et gouvernance : Quatre piliers (cadre légal, stockage, acteurs agréés, financement bancaire).

Sa conclusion a fusé comme un slogan : « Pour les banques : maîtrise du risque. Pour le paysan : paiement au juste prix sans hypothéquer sa terre. »

Le conseiller technique du ministre de l’Économie et des Finances a posé l’équation crue. « L’agriculture, c’est le socle de notre stabilité sociale. Pourtant, le défi n’est plus seulement de produire, mais de financer durablement. »

M. Sangaré a loué la logique du SRE: « transformer les récoltes en actifs mobilisables. » Il a appelé à une mobilisation collective État-producteurs-banques, rappelant que le ministère jouera son rôle d’accompagnement stratégique via les instruments de financement souverains.

Représentant le ministre Bruno Nabagné Koné, le Pr Datté a été direct : « Le SRE n’est pas un dispositif isolé. Il est le socle opérationnel sur lequel repose la cotation des matières premières agricoles. Sans certification fiable, pas de Bourse régionale des matières premières (BRMP) efficace. »

Il a insisté sur la transformation locale, « Une agriculture ivoirienne puissante, mais confrontée aux déchets. Le SRE est l’antidote. »

Portant la voix du ministre Khalil Konaté, le conseiller technique a fixé le cap industriel. « L’objectif est d’atteindre 50% de transformation sur place du cacao et de la noix de cajou d’ici 2030, et d’amorcer la deuxième transformation du caoutchouc. »

Pour cela, il faut des usines approvisionnées toute l’année. « Le SRE est l’instrument qui facilitera les prêts à court terme pour acheter la matière première. » Il a rappelé la loi n°2015-238, élaborée de façon consensuelle avec banques et assureurs.

Trois défis majeurs ont été listés :

  • Construire des entrepôts dans les zones de production.
  • Créer un fonds de garantie (le fonds souverain étant l’espoir).
  • Faire adhérer massivement le système bancaire au mécanisme.

« Je rassure les parties prenantes, l’État soutiendra toutes les initiatives stratégiques pour le SRE », a-t-il conclu.

En quittant le Noom Hôtel, une certitude flottait dans l’air lourd du plateau. La Côte d’Ivoire ne veut plus être ce géant agricole qui dort sur des sacs de cacao pourrissants faute de crédit. Avec le SRE, le grenier devient guichet. Reste à transformer l’essai : convaincre les banquiers, former les producteurs, et construire ces fameux entrepôts.

Mais comme l’a dit Mme Fofana : « Un bon dispositif ne vaut que par sa capacité à être déployé à grande échelle. » Le pari est lancé. La machine est en marche.

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