Côte d’Ivoire : EcoAO 2026, « L’UNA referme le congrès EcoAO sur un appel fort à l’action écologique »
L’Université Nangui Abrogoua a accueilli ce mercredi la cérémonie de clôture de la deuxième édition du Congrès d’Écologie d’Afrique de l’Ouest (EcoAO), tenu du 11 au 13 mai 2026 sous le thème : « Préserver et utiliser durablement la biodiversité et les écosystèmes ». Trois jours de travaux scientifiques intenses qui ont réuni plus de 200 congressistes venus de 11 pays, dont 98 chercheurs ayant présenté des communications orales et affichées.

Bénin, Canada, France, République du Congo, Togo, Sénégal, Gabon, Nigeria, Burkina Faso et Côte d’Ivoire : la carte des participants illustre à elle seule l’envergure prise par cette édition. Articulés autour de cinq thématiques agroécologie, biodiversité et services écosystémiques, écologie végétale, écologie animale et écologie urbaine, les travaux ont permis de dégager des recommandations concrètes à destination des décideurs, des institutions scientifiques et des communautés locales.
La conférence inaugurale, animée par le Professeur Guy Jossens, a donné le ton en plaidant pour une écologie intégrative, croisant outils génétiques, biogéographie et analyse fonctionnelle pour mieux appréhender les dynamiques du vivant. Un panel consacré à la taxonomie et à la conservation a par ailleurs réuni des experts de disciplines complémentaires autour d’une question centrale : comment mieux identifier, préserver et valoriser la biodiversité africaine ?
Les échanges n’ont pas esquivé les réalités du terrain. Déforestation, érosion de la biodiversité, dégradation des sols, pollution des ressources en eau, effets des changements climatiques, érosion côtière : les participants ont dressé un tableau sombre mais lucide des pressions qui s’exercent sur les écosystèmes ouest-africains.

Le ministre de l’Environnement et de la Transition Écologique, Abou Bamba, parrain du congrès, a prononcé le discours de clôture le plus remarqué. Sortant volontairement du registre protocolaire, il a interpellé l’assemblée sur le fléau de l’orpaillage illégal, qu’il a qualifié sans détour de cancer métastasé dans les 31 régions du pays. Les conséquences, a-t-il détaillé, sont multiples : abandon scolaire des jeunes attirés par les mines, manque à gagner de plusieurs milliers de milliards pour l’État, et surtout pollution aux métaux lourds mercure, cadmium, plomb des quatre grands bassins hydrographiques nationaux, rendant les eaux impropres à l’agriculture, à la pêche, à la pisciculture et à l’élevage. « Nous avons besoin de vous, chercheurs, étudiants, doctorants, pour adresser ce problème de la meilleure des façons », a-t-il lancé à l’assistance.
Au-delà du diagnostic, le congrès a permis de tracer des pistes. En agroécologie, les travaux ont mis en évidence l’efficacité des pratiques de restauration des sols et de réduction de la dépendance aux intrants chimiques. En écologie végétale, les experts ont plaidé pour une meilleure valorisation des savoirs traditionnels aux côtés des approches scientifiques modernes. En matière d’écologie urbaine, les participants ont insisté sur l’importance des espaces verts, des zones humides et des forêts urbaines pour la résilience des villes africaines face aux changements climatiques.

Le ministre Abou Bamba a également annoncé la création de la Société d’Écologie d’Afrique de l’Ouest (SEAO), nouveau cadre institutionnel destiné à structurer la coopération scientifique sous-régionale. Il a appelé à la mise en place de plateformes régionales de données écologiques et au renforcement des partenariats entre universités, institutions de recherche et structures étatiques.

La présidente de l’Université Nangui Abrogoua, la Professeure Véronique Yoboué, a conclu les travaux en saluant la mobilisation des partenaires IRD, FAO, FONSTI et OIPR, sans lesquels cette édition n’aurait pu voir le jour. Elle a réaffirmé l’engagement de son institution en faveur d’une recherche scientifique au service du développement durable, avant que des certificats de participation ne soient remis aux congressistes.

Le rapport final du congrès, lu par le Dr Coulibaly Rokia, synthétise l’ensemble des recommandations issues des cinq thématiques. Leur mise en œuvre concrète constituera, aux yeux de tous les participants, le véritable test de l’utilité de cette deuxième édition. Rendez-vous est déjà pris pour la troisième.



