Côte d’Ivoire : Bizy la géreuse, « Mamadou Labib Traoré signe un thriller psychologique qui bouscule la scène littéraire ivoirienne »
Après L’ivresse de l’argent, recueil de nouvelles paru en 2022, le Docteur Mamadou Labib Traoré revient avec un roman ambitieux, Bizy la géreuse, qui confirme son goût pour les sujets sensibles et les récits construits sans concession. Romancier, nouvelliste et poète, l’auteur poursuit une œuvre marquée par la diversité des genres et une écriture qui ne recule devant aucun terrain.
Le roman se déroule à Biazoville, ville imaginaire qui cristallise les contradictions d’une Afrique contemporaine tiraillée entre ascension sociale, apparences et fragilités intimes. Au cœur de l’intrigue, Bizy, épouse de l’industriel Drissaba, incarne une réussite que beaucoup envieraient : issue d’un milieu aisé, cultivée et influente, elle semble avoir tout pour elle.
Mais sous cette image se cache un mal-être persistant, que huit années de mariage avec un homme loyal n’ont pas suffi à apaiser. La rencontre avec Secreto, jeune photographe capable de percevoir ce qu’elle refuse de s’avouer, va précipiter Bizy dans une liaison qui fera basculer son existence, entre mensonges accumulés et vérités longtemps enfouies.
Autour de ce triangle initial gravitent d’autres figures dont les trajectoires s’entrecroisent : Zakia, meilleure amie rongée par la jalousie ; Azo Koni, homme hanté par une rancune ancienne ; et Drissaba lui-même, dont la droiture affichée dissimule des zones d’ombre.
C’est précisément dans cette construction des personnages que le roman puise sa force. Aucun protagoniste n’est réduit à un rôle univoque : ni bourreau ni victime absolue, chacun porte sa part de contradictions. Le parcours de Zakia, qui passe du statut de confidente à celui de rivale, compte parmi les évolutions psychologiques les plus abouties du texte.

Trois thématiques structurent l’ensemble de l’œuvre. D’abord, la fragilité des apparences, que l’auteur décrit comme des constructions précaires, vite emportées par le moindre choc. Ensuite, la question de l’identité féminine, incarnée par le parcours de Bizy dans une société où l’image sociale pèse de plus en plus lourd. Enfin, la trahison, déclinée sous toutes ses formes, illustrant comment un premier mensonge en entraîne d’autres jusqu’à l’effondrement, mais aussi comment une reconstruction reste possible après la chute.
La relation entre Bizy et Zakia occupe une place centrale : une amitié de longue date qui se mue progressivement en rivalité, révélant les tensions propres aux liens féminins, entre solidarité, compétition et jalousie.
Le style de Mamadou Labib Traoré se distingue par une prose à la fois soignée et sensible, attentive aux nuances des états intérieurs. L’auteur excelle particulièrement dans l’art du portrait : gestes, regards et silences deviennent autant d’indices du monde intérieur de ses personnages. Les dialogues, empreints d’un sous-texte jamais formulé explicitement, ajoutent à cette épaisseur.
Les décors participent également à cette dynamique : Biazoville, sa lagune et son quartier des Arts sont décrits avec un soin qui en fait de véritables prolongements de l’état émotionnel de l’héroïne.
Construit comme un thriller, le roman maintient une tension constante d’un chapitre à l’autre, à mesure que les mensonges se fissurent et que les vérités remontent à la surface. Le suspense repose moins sur les rebondissements que sur leurs répercussions psychologiques : que cache Drissaba ? Jusqu’où Bizy est-elle prête à aller ? Chaque question en ouvre une nouvelle, dans un enchevêtrement d’incertitudes qui tient le lecteur en haleine.
L’auteur traite des sujets graves : adultère, manipulation, mort, trahison avec une retenue qui accentue leur impact, préférant montrer plutôt que juger, et laissant au lecteur le soin de se forger sa propre opinion.
Au-delà de l’intrigue, Bizy la géreuse interroge la capacité de l’être humain à se mentir à lui-même avant de mentir aux autres. Le personnage de Bizy, qui possède en apparence tous les attributs du bonheur, découvre que l’accomplissement véritable passe par un travail intérieur.
La qualité première du roman réside dans son refus des jugements tranchés : aucun personnage n’y est entièrement coupable ni entièrement innocent, ce qui confère au récit une profondeur et une charge émotionnelle notables.
Avec cette œuvre, Mamadou Labib Traoré affirme une écriture capable de conjuguer accessibilité narrative et exigence littéraire, et s’impose comme une voix à suivre dans le paysage littéraire ivoirien contemporain.
La préface est signée par Macaire Etty, président honoraire de l’Association des Écrivains de Côte d’Ivoire et figure reconnue des lettres ivoiriennes, distingué notamment par le Grand Prix National Bernard Dadié de Littérature 2024 pour Flamme Éternelle. Une reconnaissance qui vient renforcer la portée de Bizy la géreuse, porté par la caution d’un écrivain plusieurs fois primé, dont le parcours est également couronné d’un doctorat honoris causa de l’université polytechnique Noé de Tiassalé.
Le roman est disponible en librairie depuis ce mercredi 23 septembre 2026, la date de la dédicace devant être communiquée ultérieurement.



