Côte d’Ivoire : Babily Dembélé appelle à revisiter l’héritage de Félix Houphouët-Boigny

Le président de l’Alliance pour la République (APR), Babily Dembélé, invite les Ivoiriens à se replonger dans l’œuvre et la vision politique de Félix Houphouët-Boigny, premier président de la République et figure fondatrice du PDCI-RDA. Pour lui, la commémoration du 7 août ne doit pas se limiter à un rituel historique, mais devenir un temps fort de mémoire et de responsabilité collective, permettant d’interroger les valeurs qui doivent guider l’avenir du pays.

Né en 1905 à N’Gokro future Yamoussoukro, Félix Houphouët-Boigny s’est imposé très tôt comme une figure majeure de la scène politique ivoirienne et africaine, notamment à travers son engagement auprès des planteurs et la création du Syndicat agricole africain en 1946. Élu président le 7 août 1960, il dirigea le pays jusqu’à son décès le 7 décembre 1993, soit 33 années marquées par un essor économique porté par le café et le cacao, période restée dans les mémoires sous le nom de miracle ivoirien.

Pour Babily Dembélé, l’héritage houphouëtiste ne se résume pas aux infrastructures. Il repose d’abord sur une certaine idée de la cohabitation nationale : dialogue, tolérance, compromis et pardon, dans un pays qui compte plus de soixante communautés ethniques. Cette philosophie s’étendait également à la diplomatie régionale, Houphouët-Boigny ayant cultivé des relations étroites avec le Burkina Faso, le Ghana, le Mali, la Guinée ou encore le Liberia, dans une logique de coopération plutôt que de repli.

Érigée capitale politique et administrative le 21 mars 1983, Yamoussoukro concentre plusieurs réalisations emblématiques de cette période : la Fondation Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix (1980-1987) et la Basilique Notre-Dame de la Paix, consacrée en 1990 par le pape Jean-Paul II. Babily Dembélé rappelle également l’attention portée par le président fondateur à la construction d’édifices religieux à travers le pays mosquées de la Riviera Golf, de Korhogo, d’Adjamé comme autant de témoignages d’une vision fondée sur la fraternité et la coexistence des confessions.

Babily Dembélé revendique une relation intime avec celui qu’il appelle son père politique. Il évoque sa première rencontre en 1978-1979, après avoir été distingué comme lauréat en mathématiques, puis une audience présidentielle le 21 juillet 1979 en présence de sa mère et du ministre Koffi Gadeau. Touché par les conditions de vie précaires de la famille à Anyama, Houphouët-Boigny aurait alors offert une villa à sa mère. Il l’aurait ensuite encouragé dans son parcours académique, jusqu’à l’Académie des Sciences de Paris puis l’Université Al-Azhar du Caire, avant qu’il n’exerce comme expert en infrastructures à la Banque africaine de développement, de 1985 à 1995.

Le président de l’APR ne passe pas sous silence les épisodes les plus difficiles du parcours de Houphouët-Boigny : les tensions du canton Guébié et du Sanwi, ou l’emprisonnement de personnalités politiques comme Ernest Boka, mort en détention, Lamine Diabaté ou Jean-Konan Banny. Il retient toutefois qu’une loi d’amnistie fut adoptée trois ans plus tard, plusieurs anciens détenus étant ensuite nommés à de hautes fonctions, un épisode qu’il présente comme la démonstration d’une capacité de pardon qu’il érige en véritable seconde religion ivoirienne.

Babily Dembélé rapporte une dernière rencontre avec Houphouët-Boigny, en France en avril 1992, alors que celui-ci était déjà malade et exprimait son inquiétude pour l’unité future du pays. Il en garde une phrase : « Les hommes passent, mais la Nation demeure. » Soixante-six ans après l’indépendance, il estime que cette question reste d’actualité : comment transformer la diversité ivoirienne en richesse plutôt qu’en facteur de division ? Une interrogation qu’il invite chaque Ivoirien à porter au-delà de la simple commémoration.

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