Côte d’Ivoire : 30 ans d’espérance et de formation, « Le Centre Amigo-Doumé célèbre son jubilé de perle et consacre une nouvelle génération de bâtisseurs »
Ce vendredi 17 juillet 2026, l’histoire s’est écrite en lettres d’or au village Niangon Lokoa, dans la commune de Yopougon. Le Centre Amigo-Doumé, fleuron de la Fondation Amigo en Côte d’Ivoire, a célébré ses trente années d’existence avec faste et émotion. Une double célébration, puisque ce jubilé de perle coïncidait avec la cérémonie officielle de remise de diplômes à une vingtaine de jeunes bénéficiaires, symboles vivants d’une mission qui ne s’est jamais démentie : éduquer, former et insérer les jeunes les plus vulnérables.

Créée en 1996, la Fondation Amigo a ouvert ses portes dans un contexte social complexe, répondant à l’appel de l’évêque de Yopougon, Monseigneur Laurent Akra Mandjo. Trois décennies plus tard, le pari est plus que tenu. « Depuis 1996, notre centre contribue à l’épanouissement, à la formation et à l’insertion socioprofessionnelle de nombreux jeunes. À ce jour, plus de 700 enfants et jeunes sont passés par notre établissement et sont aujourd’hui insérés dans la société », s’est réjoui le Père Bini Sylvestre, directeur du Centre Amigo-Doumé, lors de son discours d’ouverture. Une fierté partagée par l’ensemble des acteurs présents, venus nombreux pour soutenir les lauréats et saluer un modèle de solidarité unique en Côte d’Ivoire.

L’histoire du Centre Amigo-Doumé est celle d’une adaptation permanente aux réalités du terrain. Comme l’a retracé le Père Ange Loboué, délégué du Centre Zagal et premier responsable de la Fondation Amigo en Côte d’Ivoire, les débuts furent modestes. C’est en 1993 que les premiers frères Amigonniens foulent le sol ivoirien, avant d’ouvrir un foyer d’hébergement pour les jeunes de la rue, âgés de 14 à 18 ans. Le premier atelier de menuiserie voit le jour, bientôt rejoint par la ferronnerie, l’agropastoral et, plus récemment, la pâtisserie et l’informatique.
La fermeture de l’internat, faute de financements, a été une épreuve douloureuse. Pourtant, la Fondation a su rebondir, notamment grâce à des partenariats solides. Pendant la crise du COVID-19, l’UNICEF a sollicité les équipes pour protéger les enfants de la rue, exposés au virus. Sur 40 enfants accueillis en urgence, 38 ont été protégés, formés et réinsérés. Un succès qui témoigne de l’agilité et de la détermination des équipes. Aujourd’hui, malgré les difficultés, le Centre Amigo-Doumé reste un phare pour les jeunes en conflit avec la loi, les déscolarisés, les filles-mères ou les jeunes confrontés aux ravages de la drogue.

L’événement du jour était avant tout celui des jeunes. Après des mois d’apprentissage acharné en pâtisserie, menuiserie, ferronnerie ou agropastoral, 22 jeunes filles et garçons ont reçu leurs diplômes. « 12 en pâtisserie (dont plusieurs ont déjà décroché un emploi), 5 en agro-pastorale, 3 en ferronnerie et 2 en menuiserie », a détaillé le Père Ange Loboué. Tous effectuent actuellement des stages le week-end et intégreront leurs entreprises à plein temps dès la remise de leurs diplômes.

Parmi eux, Birba Mikael, le délégué des bénéficiaires, a pris la parole avec une émotion palpable : « A la Fondation Amigo, nous apprenons les métiers de la Ferronnerie, de la Menuiserie, de l’Elevage, de l’Agriculture et de la pâtisserie soutenue par les cours d’alphabétisation fonctionnelle scolarisant, les cours de mise à niveau et l’initiation au numérique. » Il a tenu à remercier chaleureusement la direction, les formateurs et tout le personnel qui ne cessent de supporter nos caprices à longueur de journée. Son message à ses camarades était clair : « Aide-toi et le ciel t’aidera. Armons-nous donc de courage pour préparer notre avenir car demain c’est aujourd’hui. »
Le témoignage de José Esther, bénéficiaire du Centre Zagal, a particulièrement touché l’assistance. Jeune mère, elle est venue en formation avec son bébé d’un an. « Ce matin, je voudrais interpeller mes frères et sœurs qui sont actuellement en chômage du travail ou qui n’ont pas été à l’école de vouloir bien venir au centre Zagal ou même au centre Amigo-Doumé pour cette formation », a-t-elle lancé, la voix chargée de reconnaissance.
La cérémonie a été marquée par la présence de nombreux partenaires, témoignant de l’ancrage institutionnel de la Fondation. Monsieur Niangoran Athanase, représentant la Directrice de la Direction de Protection Judiciaire de l’Enfance et de la Jeunesse (DPJEJ), a salué 30 ans de présence, de constance et de résilience. Il a souligné la complémentarité des missions : « La justice punit, l’éducation répare. Pendant 30 ans, vous nous avez aidé à faire les deux. » Un partenariat qui se concrétise au quotidien par des échanges d’expertise et un engagement commun pour l’intérêt supérieur de l’enfant.

M. Augustin Birba, Représentant Adjoint de l’UNICEF en Côte d’Ivoire, a pour sa part réaffirmé l’engagement de l’organisation aux côtés de la Fondation. « Trente années d’engagement représentent bien plus qu’un anniversaire. Elles témoignent d’une vision, d’une persévérance et d’une foi inébranlable en la capacité de chaque enfant à se reconstruire », a-t-il déclaré. Il a insisté sur la nécessité de lutter contre les préjugés et la stigmatisation : « Un enfant ne doit jamais être condamné à vie pour une erreur ou une période difficile de son existence. »
Si le regard est tourné vers le passé avec fierté, la Fondation Amigo ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Les projets pour les années à venir sont nombreux et ambitieux. Au Centre Amigo-Doumé, la construction d’un nouveau bâtiment d’élevage pouvant accueillir 1 500 poules est en projet, tout comme la création d’un collège catholique d’enseignement général. Au Centre Zagal, les discussions avec l’État pour la mise en œuvre des Travaux d’Intérêt Général (TIG) se poursuivent, tandis que le Club Zagal intensifie ses actions de prévention contre la délinquance et la drogue.
« Tous ces projets, nous les remettons entre les mains de Dieu, portés par notre passion commune pour la protection de l’enfance », a conclu le Père Ange Loboué. « Car nous n’oublierons jamais cette vérité : ces jeunes ont des problèmes, mais ils ne sont pas le problème. Ils sont la solution de demain. »
Ce vendredi 17 juillet 2026, le Centre Amigo-Doumé a prouvé que l’espérance est un combat de chaque instant. En célébrant ses 30 ans, il a offert à une nouvelle génération les clés de son avenir, et à la Côte d’Ivoire, la promesse d’une jeunesse prête à relever les défis de demain.



