Côte d’Ivoire : Litige foncier à Abouabou, « Plus de 5000 acquéreurs réclament justice »

Ce samedi 30 août 2025, le Collectif des Acquéreurs de la Forêt Déclassée d’Abouabou a tenu une conférence de presse poignante sur le site même de la discorde, pour dénoncer une situation qu’ils qualifient d’injuste, inacceptable et préjudiciable, qui dure depuis plus de 16 ans.

Réunis sous la présidence de Monsieur Hermithe Akoua Benoît, les membres du collectif représentant plus de 5000 familles ont dénoncé l’occupation illégale de leurs terrains par le Centre National de Recherche Agronomique (CNRA), malgré la détention de titres fonciers légaux, notamment des Arrêtés de Concession Définitive (ACD) délivrés par le Ministère de la Construction, du Logement et de l’Urbanisme (MCLU).

Selon les explications du président du collectif, la parcelle concernée, dite “Forêt Déclassée d’Abouabou”, appartient historiquement aux communautés Ébrié/Atchan, comme le confirme un traité tripartite signé le 13 décembre 1886 entre les Ébrié, les Abouré et l’administration coloniale.

Cette terre a ensuite été classée avant d’être déclassée, puis affectée à diverses sociétés agro-industrielles, dont l’IRHO, devenu plus tard le CNRA. Cependant, depuis le décret N°82-262 du 17 mars 1982 établissant une Zone d’Aménagement Différé (ZAD), le site est officiellement passé dans le domaine urbain, destiné à l’habitation.

Deux autres décrets N°2000-669 du 6 septembre 2000 et N°2016-138 du 9 mars 2016 sont venus confirmer l’intégration du site dans le schéma directeur d’urbanisme du Grand Abidjan.

Autrement dit, l’affectation agricole de la zone n’est plus d’actualité depuis plus de deux décennies.

Monsieur Hermithe Akoua Benoît a rappelé que toutes les procédures légales ont été respectées :

  • Les plans de lotissement ont été approuvés par le MCLU.
  • Les titres fonciers globaux ont été créés pour chaque village concerné (Anan, Akoué Agban, Bregbo, Petit Bassam et Abouabou).
  • Les ACD ont été délivrés individuellement aux acquéreurs.
  • Deux décisions judiciaires rendues en 2005 et 2006 ont homologué la répartition des terrains entre les villages.
  • Le CNRA, qui contestait les droits fonciers des villages, a été débouté par la justice.

Sur le terrain, les acquéreurs sont empêchés d’accéder à leurs propriétés. Certains témoignent même de menaces et intimidations, souvent opérées par des individus en moto qui se font passer pour des représentants du CNRA.

Monsieur Konaté Cabiné, ancien agent de la Société des Ciments d’Abidjan, raconte :

« J’ai cotisé via une mutuelle pour acheter ce terrain. Depuis 2018, j’ai mon ACD, mais je ne peux toujours pas y poser une brique. Chaque fois que je viens, des individus nous menacent. Les vrais propriétaires, ce sont nous. », a-t-il expliqué.

Madame Abouo, également acquéreur, déplore : « Nous avons pris des prêts, d’autres ont investi toutes leurs économies. Aujourd’hui, nous sommes bloqués. Nous demandons à l’État d’agir rapidement. »

Ces blocages empêchent non seulement la construction de logements, mais aussi la revente de parcelles, plongeant de nombreuses familles dans des situations financières critiques. Certains retraités ou futurs retraités ont vu leurs projets de maison de retraite s’effondrer.

Le collectif affirme avoir multiplié les courriers et sollicitations auprès des autorités :

• Au Ministère de la Construction,

• Au Ministère de l’Agriculture,

• Au Médiateur de la République,

• Au Premier Ministre,

• Et même au Président de la République, depuis 2019.

À ce jour, aucune action concrète n’a été prise pour faire respecter les décisions de justice et rétablir les droits des acquéreurs.

Les membres du collectif formulent des revendications précises :

• L’accès immédiat à leurs parcelles,

• Le départ du CNRA du site et sa relocalisation en zone rurale,

• La réinstallation des bornes détruites et la réouverture des voies de lotissement,

• L’arrêt immédiat des actes d’intimidation,

• Et la mise en valeur de leurs propriétés foncières.

En conclusion de la conférence, le président Akoua Benoît a appelé solennellement l’État ivoirien à prendre ses responsabilités : « Ce n’est plus un simple différend administratif, c’est une crise foncière qui touche des milliers de familles ivoiriennes. Nous avons respecté toutes les procédures. Nous demandons simplement à pouvoir jouir de nos droits. »

Ce que réclament ces citoyens, ce n’est pas un privilège : c’est l’application du droit, la reconnaissance de la justice, et la protection de leurs investissements et de leurs familles.

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