Côte d’Ivoire : Financement du développement, « Face à la baisse historique de l’APD, l’UEMOA et l’OCDE explorent de nouvelles solutions à Abidjan »
Du 3 au 5 novembre 2026, l’hôtel Pullman d’Abidjan abrite un atelier régional d’envergure consacré à la mesure de l’aide publique au développement (APD) et aux opportunités de financements innovants. Coorganisé par la Commission de l’UEMOA et la Direction de la coopération pour le développement (DCD) de l’OCDE, cet événement s’inscrit dans le cadre du plan stratégique « IMPACT 2030 » de l’Union, qui soutient la Vision 2040 pour un espace économique durablement intégré et prospère.

L’ouverture des travaux s’est tenue ce mardi 3 novembre à l’hôtel Pullman d’Abidjan, en présence des représentants des États membres de l’UEMOA, de la Commission de l’Union, des membres de l’OCDE ainsi que des institutions financières régionales et internationales. Deux allocutions majeures ont marqué cette cérémonie d’ouverture : celle de Mme Garrido Pilar, Directrice de la coopération pour le développement à l’OCDE, intervenue par visioconférence, et celle de M. Mahamadou Gado, Commissaire de l’UEMOA, représentant le Président de la Commission, M. Abdoulaye Diop.
Dans son allocution, Mme Garrido Pilar a dressé un constat alarmant : l’aide publique au développement apportée par les pays membres du Comité d’aide au développement (CAD) de l’OCDE a enregistré, en 2025, une baisse de 23,1 % en termes réels par rapport à 2024. Il s’agit de la plus forte diminution jamais enregistrée dans l’histoire de l’APD, selon les données préliminaires recueillies par le CAD.

« Dans ce contexte, le renforcement des capacités des pays partenaires à produire et à utiliser des données fiables et comparables est essentiel pour l’élaboration de politiques publiques pertinentes », a souligné la Directrice de la DCD. Ces données permettent, d’une part, de mieux suivre les efforts des partenaires au développement et, d’autre part, d’aider les pays bénéficiaires à orienter leurs ressources vers les secteurs où les besoins sont les plus importants.
Mme Garrido Pilar a également partagé les principaux enseignements du rapport 2026 de l’OCDE sur le financement privé mobilisé pour la période 2021-2024. Les financements privés mobilisés ont connu une progression régulière, atteignant environ 77 milliards de dollars en 2024. L’Afrique représente environ 30 % du volume total, soit une moyenne de 19,7 milliards de dollars par an, ce qui en fait la région qui bénéficie de la mobilisation la plus importante.
Toutefois, des disparités persistent : seulement 8 % des financements mobilisés sont orientés vers les pays à faible revenu, et les secteurs sociaux ne représentent qu’environ 6 % des financements privés mobilisés, soulignant les difficultés à orienter les investissements vers l’éducation, la santé et les autres services sociaux. Les banques multilatérales de développement demeurent les principaux mobilisateurs, représentant environ 50 % du volume total.

Prenant la parole au nom du Président de la Commission de l’UEMOA, M. Mahamadou Gado a rappelé que les États membres de l’Union se sont engagés dans une dynamique de développement comportant d’importants programmes d’investissement, notamment dans les infrastructures, le capital humain, la transformation structurelle des économies et la résilience face aux chocs.
« La disponibilité des financements ne saurait être considérée comme acquise », a-t-il averti, appelant à agir simultanément sur plusieurs leviers : le renforcement de la mobilisation des ressources intérieures, l’amélioration de l’efficacité de la dépense publique, l’optimisation de la gestion de la dette publique, le meilleur orientation des financements extérieurs et la création de conditions favorables à la participation du secteur privé.
Le Commissaire a particulièrement insisté sur la mobilisation des ressources fiscales, « pilier essentiel pour financer durablement les politiques publiques, réduire la vulnérabilité aux fluctuations des financements extérieurs et renforcer l’autonomie financière de nos États ». Il a rappelé que la Commission poursuit le suivi de la mise en œuvre du Plan d’action pour la mobilisation optimale des recettes, adopté par le Conseil des ministres en 2019 et révisé en 2024, s’appuyant sur les données du Tableau des opérations financières de l’État (TOFE).
M. Gado a souligné que les informations disponibles sur les financements extérieurs et l’APD demeurent insuffisamment structurées et ne sont pas toujours accessibles dans des formats permettant une exploitation et une comparaison à l’échelle régionale. L’amélioration de la qualité, de la comparabilité et de la diffusion des données constitue donc un enjeu majeur pour permettre à la Commission de l’UEMOA de disposer d’une vue d’ensemble précise de l’affectation des ressources.
L’expertise de l’OCDE en matière de normes statistiques du CAD, de méthodes de mesure de l’APD et de suivi des flux financiers représente, à cet égard, une opportunité importante pour les États membres.
Les travaux de ces trois jours doivent permettre aux participants de mieux connaître les mécanismes de financement innovants disponibles, notamment les mécanismes de partage des risques, les instruments de financement multilatéraux, les contributions des fondations philanthropiques et celles d’autres investisseurs, d’en apprécier la pertinence aux niveaux national et régional, et d’examiner les options permettant de mobiliser davantage de ressources.
M. Gado a toutefois mis en garde : « Ces instruments ne sauraient être considérés comme des solutions systématiques à nos besoins de financement. Leur pertinence doit être appréciée au regard des objectifs poursuivis, des risques associés, des capacités institutionnelles des États et de leur contribution réelle au développement. » Une attention particulière devra être accordée à la transparence des engagements, à la maîtrise des risques budgétaires et à la soutenabilité de la dette publique.
Au terme de ces assises, les participants devraient disposer d’un état des lieux des systèmes nationaux de production des statistiques sur le financement du développement dans les États membres, d’une feuille de route pour l’amélioration, l’harmonisation et la diffusion des données, ainsi que de recommandations pratiques pour renforcer le suivi de l’APD et identifier de nouvelles opportunités de financements innovants.
« Il s’agit de faire de l’information statistique un véritable outil d’aide à la décision et de renforcer la capacité de nos États à négocier, mobiliser et utiliser efficacement les ressources nécessaires à leur transformation économique », a conclu le Commissaire de l’UEMOA.

Cet atelier marque une étape importante dans la collaboration entre la Commission de l’UEMOA et l’OCDE. Mme Garrido Pilar a tenu à saluer cet engagement qui consiste à accompagner les pays qui en ont le plus besoin, en renforçant leurs capacités et en favorisant une coopération au développement plus efficace. Elle a également souligné l’importance de la communication dans le domaine de l’aide au développement : « En rendant les efforts de coopération plus lisibles et leurs résultats plus compréhensibles, nous contribuons à renforcer leur crédibilité et leur efficacité, tout en rappelant qu’ils sont, en définitive, au service des citoyens. »
Les participants bénéficieront, durant ces trois jours, de l’accompagnement des collègues de la Division du financement du développement durable de l’OCDE, notamment Guillaume, Cécile, Olivier, Aline et Félix, qui interviendront sur les questions relatives aux statistiques et à la communication.
Les travaux de l’atelier ont été officiellement déclarés ouverts par M. Mahamadou Gado, au nom du Président de la Commission de l’UEMOA.



