Côte d’Ivoire : l’Université Nangui Abrogoua consolide les bases de son Pôle Étudiant-Entrepreneur
Ce jeudi 29 octobre 2025, la salle du conseil de l’Université Nangui Abrogoua (UNA) a accueilli un atelier d’experts de haut niveau pour la validation technique des documents de gouvernance et du cadre opérationnel du Pôle Étudiant-Entrepreneur (PEE-UNA). Une étape cruciale pour la concrétisation de la vision « UNA, Université Entreprise ».
Porté par la direction du PEE-UNA, cet atelier visait à examiner, amender et valider un corpus de cinq documents stratégiques : le mémorandum de fonctionnement, la charte d’engagement réciproque, le contrat de confidentialité, la convention de non-contournement et le modèle de convention de valorisation et de transfert de technologie. Ces textes, élaborés en conformité avec l’arrêté interministériel n°977/MESRS/MPJIPSC du 02 mai 2023 portant création du Statut National de l’Étudiant-Entrepreneur (SNEE), doivent permettre au Pôle de fonctionner de manière transparente, efficace et juridiquement sécurisée.
L’objectif général de la rencontre était clair : valider techniquement et consensuellement le cadre institutionnel, contractuel et déontologique régissant les activités du PEE-UNA. Les experts étaient invités à se prononcer sur la cohérence du mémorandum au regard des prérogatives universitaires, à enrichir la charte d’engagement, à sécuriser les outils contractuels liant le Pôle à ses collaborateurs externes, et à auditer le modèle de transfert de technologie, notamment en matière de propriété intellectuelle et de conformité avec l’Accord de Bangui révisé et le droit OHADA.
Le panel d’experts réunissait cinq profils complémentaires : un juriste spécialiste de la propriété intellectuelle et du droit des affaires, un enseignant-chercheur responsable de la valorisation de la recherche, un représentant de l’écosystème entrepreneurial (incubateur), un mentor chef d’entreprise représentant le secteur privé, et un représentant institutionnel de l’insertion professionnelle. La méthodologie retenue s’est déroulée en deux temps : une revue préparatoire individuelle en amont, avec annotation des documents et grilles d’évaluation, suivie d’un atelier présentiel d’une journée pour confronter les avis, arbitrer les divergences et valider collectivement les formulations retenues.
À l’issue des travaux, les cinq documents ont été amendés, stabilisés et validés avec avis favorable motivé. Un rapport de synthèse consignant les arbitrages et recommandations a été rédigé, et un procès-verbal de validation technique a été formellement signé par l’ensemble des experts.

Dans son allocution d’ouverture, le Professeur GONNETY Tia, responsable du PEE-UNA, a rappelé les fondements de l’initiative : « L’université a trois missions : la formation des étudiants, la génération de savoirs à travers la recherche, et la contribution à l’insertion professionnelle. Le Statut National de l’Étudiant-Entrepreneur donne aux étudiants la possibilité de poursuivre leurs études tout en menant parallèlement leur projet entrepreneurial. »
Le Professeur GONNETY a insisté sur la nécessité de disposer de textes conformes aux cadres réglementaires nationaux et internationaux : « Nous sommes des universitaires et nous n’avons pas toujours une grande connaissance des activités entrepreneuriales sur le terrain. Il faut que nos textes soient en accord avec l’arrêté ministériel relatif au Pôle Étudiant-Entrepreneur, le décret portant organisation de l’université, la nouvelle loi sur l’enseignement supérieur, l’Accord de Bangui récemment révisé et le droit OHADA qui régit l’activité commerciale. »
Quatre objectifs stratégiques structurent le dispositif : l’articulation avec le calendrier académique (permettant la substitution du stage de fin de cycle par un stage en projet entrepreneurial), la garantie de la gratuité de l’incubation, la protection des étudiants et des travaux de l’université vis-à-vis des intervenants externes, et la facilitation de la cession et du transfert de technologies vers des spin-offs ou des start-up. « Les universités produisent des résultats et des innovations, mais elles n’ont pas pu les valoriser commercialement, faute de vision nette des clés de répartition permettant d’intéresser et de motiver les inventeurs », a-t-il souligné.
Monsieur APÉA, représentant de l’Office Ivoirien de la Propriété Intellectuelle (OIPI), a salué l’initiative tout en formulant des observations constructives. Il a relevé une incohérence entre les termes de référence et les documents soumis : alors que cinq livrables étaient initialement prévus, seuls quatre figuraient dans les textes transmis, les contrats de confidentialité et de non-contournement ayant été regroupés en un seul document. Il a invité les experts à se prononcer sur l’opportunité de séparer ces deux contrats ou d’harmoniser les termes de référence avec les documents existants.

L’OIPI a néanmoins salué plusieurs points forts du mémorandum : la clarté de l’architecture institutionnelle distinguant les organes consultatifs des unités opérationnelles, le principe de gratuité et l’interdiction de prélever un pourcentage sur le chiffre d’affaires des projets autonomes, la distinction entre projets autonomes et projets exploitant les résultats de la recherche, ainsi que le mécanisme de contrôle soumettant les tarifs et accords de valorisation au conseil de gestion, avec encaissement des recettes par l’agent comptable.
Toutefois, plusieurs réserves juridiques ont été identifiées. Le mémorandum ne définit pas clairement les règles applicables aux projets développés par les étudiants avec les laboratoires, les ressources de l’Université ou les contributions des encadreurs académiques. L’article 11, qui concerne principalement les salariés et agents publics, ne prend pas suffisamment en compte la situation des étudiants, ce qui pourrait entraîner des litiges sur la titularité des droits. De même, la formulation actuelle de l’article 7.2 relatif à la non-contournement et à la confidentialité ne garantit pas une protection suffisante des informations confidentielles des étudiants. L’OIPI a recommandé de revoir les formulations contractuelles, de préciser les parties concernées par les conventions de valorisation, et de mettre en place des mesures organisationnelles de confidentialité (gestion des documents, limitation des accès aux laboratoires, sécurisation des informations sensibles).

Madame Bosson Jocelyne, représentante de l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF), a rappelé l’engagement de l’institution aux côtés de l’UNA. « Lorsqu’il a fallu choisir trois institutions universitaires pour bénéficier des fonds restants du budget destiné à la Côte d’Ivoire, l’AUF a fait le choix de consacrer ces ressources au développement de l’entrepreneuriat. » Elle a souligné que l’UNA, malgré un budget limité (10 000 euros contre 120 000 euros pour l’Université virtuelle de Côte d’Ivoire), a su développer et mettre en place son programme, au point que ses travaux pourront servir de référence aux autres établissements.
« L’enjeu majeur est désormais de trouver des financements pour assurer la pérennité du projet et permettre à l’accompagnement entrepreneurial de continuer, même après l’épuisement des fonds initiaux », a-t-elle insisté, appelant les institutions à se rapprocher du ministère de la Promotion de la Jeunesse, qui dispose de ressources destinées à accompagner ce type d’initiatives. Elle a également évoqué une réflexion en cours pour élargir le dispositif à d’autres ministères (Culture et Francophonie, Emploi et Économie numérique) et la possibilité pour les universités publiques de solliciter la mise à disposition de formateurs issus de structures spécialisées, notamment l’INJS.

Madame Yoboué Véronique, présidente de l’Université Nangui Abrogoua, a exprimé sa fierté et sa reconnaissance envers tous ceux qui ont porté le projet. « J’ai porté ce projet, et il y a aujourd’hui des personnes qui ont adopté mes enfants dans la vie. » Elle a toutefois reconnu que le programme a été lancé rapidement, sans que le cadre institutionnel et juridique ait pu être examiné en profondeur. « Je suis donc très heureuse qu’aujourd’hui, nous disposions enfin d’un document qui permettra d’accompagner le déploiement du statut national de l’étudiant-entrepreneur. Nous allons pouvoir l’examiner, y travailler, le valider et officiellement le présenter aux autorités compétentes. »
Elle a conclu en soulignant l’importance de l’entrepreneuriat pour l’insertion professionnelle des étudiants : « Même s’ils ne créent pas immédiatement leur propre entreprise, ils auront acquis une posture entrepreneuriale. Et cela est extrêmement important pour leur avenir. »
Avec la validation technique de ces documents, l’Université Nangui Abrogoua franchit une étape décisive dans la concrétisation de sa vision « UNA, Université Entreprise ». Les textes validés permettront non seulement de sécuriser juridiquement les activités du Pôle Étudiant-Entrepreneur, mais aussi de stimuler la création de spin-offs et de start-up issues de la recherche, tout en protégeant les innovations et en garantissant une répartition équitable des revenus entre l’université, les inventeurs et les laboratoires. Reste désormais à relever le défi du financement et de la pérennisation, pour que l’accompagnement entrepreneurial des étudiants ne soit pas qu’une promesse, mais une réalité durable.



