Côte d’Ivoire : URBANIK 2026, « Le contenu local au cœur de la transformation du BTP ivoirien et africain »
Du 14 au 16 septembre 2026, le Sofitel Hôtel Ivoire d’Abidjan a vibré au rythme de la 3e édition du forum URBANIK. Placé sous le thème « Le contenu local dans l’industrie du BTP ivoirien et africain », cet événement majeur a réuni les acteurs publics et privés pour repenser la construction nationale et régionale.
Initié par la Confédération des PME/PMI du BTP de Côte d’Ivoire (BTP-CI), en collaboration avec la Chambre Nationale des Ingénieurs-Conseils (CHANIE), URBANIK 2026 s’est imposé comme la plateforme de référence pour discuter de l’avenir du secteur. Pendant trois jours, décideurs politiques, entrepreneurs, financiers et techniciens ont uni leurs voix pour transformer le BTP d’un simple secteur d’exécution en un véritable moteur de développement endogène.
Ouvrant les festivités, M. Soro Doté, Président National de la Confédération des PME/PMI du BTP-CI, a donné le ton. Dans un discours à la fois pédagogique et engagé, il a redéfini l’écosystème du contenu local à travers une métaphore filée. « Construire, ce n’est pas seulement bâtir : c’est aussi protéger les richesses et les mettre en lumière », a-t-il déclaré.

Pour M. Soro Doté, le contenu local ne peut réussir sans une synergie de tous les acteurs : les élus (maires, sénateurs, députés) comme « architectes », la Direction Générale des Marchés Publics (DGMP) comme assureurs, la CHANIE comme docteurs soignant les constructions, le LBTP-CI comme pharmaciens garantissant la qualité des matériaux, et la BSTP comme vérificateur. Il a souligné le rôle central de sa confédération comme réalisateur et du GUDE-PME comme rédempteur, appelant à mettre fin à la guerre des nerfs grâce au soutien des banques. L’objectif affiché : monter des projets de chantiers-écoles décentralisés pour bénéficier des fonds d’insertion et d’appui à la jeunesse.
Représentant Mme Kandia Camara, Présidente du Sénat, le Vénérable Ahouassa Alexandre a réaffirmé l’engagement de la chambre haute du Parlement. « Le contenu local ne doit pas rester une simple promesse. Il doit produire des résultats concrets », a-t-il martelé.
M. Ahouassa a insisté sur la dimension territoriale de cet enjeu. Selon lui, chaque grand projet réalisé dans une commune ou une région doit être l’occasion de former les jeunes de la localité, de faire travailler les artisans et PME locales et de valoriser les matériaux disponibles sur place. « Nous devons éviter que les grands projets soient exécutés au sein de nos territoires sans produire suffisamment de retombées économiques et sociales pour les populations qui y vivent », a-t-il averti, plaidant pour une association plus étroite des collectivités territoriales dans l’identification des besoins et le suivi des projets.

M. Alahouélé Koné, représentant M. Ibrahim Kalil Konaté, Ministre du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat, parrain de cette édition, a salué une initiative qui « illustre le dynamisme du secteur ». Il a réitéré l’engagement du gouvernement à bâtir une économie plus souveraine en donnant toute leur place aux entreprises et aux talents locaux.
Prenant la parole au nom de M. Adama Coulibaly, Ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, patron du forum, M. Dely Soumahoro, Conseiller Technique, a livré des données clés. Il a rappelé que le BTP « construit toute l’économie », générant des milliers d’emplois et entraînant une multitude de corps de métiers. Selon lui, sur les 59 000 milliards de FCFA d’investissements du Plan National de Développement (PND) 2021-2025, le secteur du BTP a représenté une enveloppe cumulée de 17 000 à 20 000 milliards, soit 30 à 35 % du total. La valeur ajoutée du secteur est estimée entre 1 800 et 2 500 milliards de FCFA, tirée à plus de 60 % par la commande publique.
Face à cette manne, M. Soumahoro a posé la question cruciale : « Qui construit avec quelles compétences, quels matériaux, quelles entreprises et quelle valeur ajoutée locale ? » Il a invité à passer d’une logique de volume à une logique de qualité et d’impact local.

Pour répondre à ces défis, le gouvernement a engagé plusieurs réformes structurantes. M. Soumahoro a cité la réservation d’au moins 30 % de la valeur des marchés publics aux PME, l’allégement des cautions, la dématérialisation des procédures via le système SIGFIP, et des incitations fiscales. Il a également insisté sur la nécessité pour les entreprises de se structurer, de professionnaliser leur gestion et de renforcer leur gouvernance pour accéder plus facilement au financement.
La jeunesse a occupé une place centrale dans les discussions. « Nous ne pouvons pas parler de contenu local sans parler de compétences et de formation de nos jeunes », a souligné le représentant du Ministre de l’Économie, appelant à un rapprochement accru entre les établissements de formation et les entreprises.
Les travaux d’URBANIK 2026 se sont articulés autour de cinq axes stratégiques :
- La valorisation des matériaux de construction locaux.
- L’amélioration des compétences des professionnels du BTP.
- L’impact du cadre réglementaire et financier sur les PME/PMI.
- L’intégration régionale et la performance dans le BTP.
- L’urbanisation intelligente dans les villes africaines.
À l’issue de ces trois jours de réflexion, l’ambition est claire : passer des paroles aux actes. Les participants ont appelé à la mise en place de mécanismes de suivi efficaces pour mesurer les résultats. Comme l’a résumé le représentant du Sénat : « Faisons de chaque chantier une école de compétences, de chaque marché une opportunité pour nos entreprises et de chaque infrastructure un moteur de développement pour nos territoires. »
URBANIK 2026 a ainsi posé les jalons d’un BTP ivoirien et africain plus inclusif, plus innovant et davantage enraciné dans son terroir, faisant du contenu local non plus un slogan, mais une réalité économique et sociale.



