Côte d’Ivoire : Un Pacte national pour une IA souveraine, éthique et inclusive
Signé le 11 septembre 2026 lors d’IMPACT IA, le Pacte national pour l’Intelligence Artificielle unit l’État, la CGECI et la CCI-Côte d’Ivoire pour transformer la vision nationale en cas d’usage concrets.

La Côte d’Ivoire franchit une nouvelle étape dans sa stratégie nationale en matière d’intelligence artificielle. À l’occasion de la deuxième édition de la Conférence nationale sur l’Intelligence Artificielle (IMPACT IA), organisée du 9 au 11 septembre 2026 à Latrille Events, aux Deux-Plateaux, un Pacte national pour l’Intelligence Artificielle a été signé le vendredi 11 septembre. L’État, le secteur privé et les organisations professionnelles ont scellé cet accord en présence de la ministre d’État, ministre de la Fonction publique et de la Modernisation de l’Administration, Anne Désirée Ouloto. Le pacte est placé sous le haut parrainage du Premier ministre, chef du gouvernement.
Ce pacte constitue une alliance stratégique entre le Ministère de la Transition Numérique et de l’Innovation Technologique, la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI), qui représente le patronat ivoirien, et la Chambre de commerce et d’industrie de Côte d’Ivoire (CCI-Côte d’Ivoire). Il s’inscrit dans le thème de la conférence : « De la vision aux cas d’usage : structurer l’IA nationale pour résoudre nos défis prioritaires ».
L’objectif est clair : faire de l’intelligence artificielle un levier de souveraineté, d’innovation, de compétitivité et de développement économique pour la Côte d’Ivoire.
À travers ce pacte, les signataires entendent créer un cadre volontaire de mobilisation, de coopération et d’engagement des différents acteurs de l’écosystème ivoirien de l’intelligence artificielle. Le document prend notamment en compte plusieurs initiatives et cadres de coopération internationaux et régionaux, dont la stratégie continentale de l’Union africaine sur l’IA, le schéma directeur de Smart Africa, le cadre de politique de données de l’Union africaine, la Convention africaine sur la cybersécurité ainsi que les recommandations de l’UNESCO relatives à l’éthique de l’intelligence artificielle.
Le pacte ne crée toutefois pas, à lui seul, d’obligations juridiques, financières ou d’investissement. Les engagements précis et chiffrés devront faire l’objet de travaux ultérieurs. Ses principes directeurs reposent notamment sur la souveraineté, l’inclusivité et la diversité dans la conception et le déploiement de l’IA en Côte d’Ivoire. L’ambition est aussi que les bénéfices de cette technologie profitent à l’ensemble de la société ivoirienne et correspondent aux priorités du Plan national de développement 2026-2030 et de la feuille de route numérique 2026-2028.
Le secteur privé est appelé à jouer un rôle central dans cette nouvelle dynamique. Les entreprises signataires s’engagent notamment à rejoindre l’Alliance nationale pour l’intelligence artificielle, à mieux structurer leurs données internes, à développer des cas d’usage concrets et à renforcer les compétences de leurs collaborateurs dans le domaine de l’IA.
Elles devront également inscrire l’intelligence artificielle dans leurs feuilles de route stratégiques et porter cette question au plus haut niveau de leurs organisations. « Ce n’est pas juste un sujet technique, c’est un sujet de direction générale. L’IA, c’est un sujet de Comex », a souligné l’un des intervenants, insistant sur la nécessité pour les entreprises de considérer l’IA comme un enjeu stratégique et non comme une simple innovation technologique.
La formation et le développement des talents figurent également parmi les engagements majeurs du pacte. Les signataires entendent participer activement aux initiatives d’éducation à l’IA à l’échelle nationale, tout en prenant en compte les opportunités mais aussi les risques liés à cette technologie.
De son côté, l’État s’engage à œuvrer à la mise en place d’un cadre national d’utilisation éthique et responsable de l’intelligence artificielle. Celui-ci devra notamment prendre en compte la gouvernance, la supervision, la protection des données, les infrastructures souveraines, le financement des cas d’usage prioritaires et le pilotage de l’écosystème.
L’État prévoit également d’investir dans des infrastructures de données souveraines et de soutenir financièrement les cas d’usage considérés comme prioritaires. Une Alliance nationale pour l’intelligence artificielle doit par ailleurs être créée. Elle constituera un cadre institutionnel de coopération entre l’État, le secteur privé et les organisations professionnelles. Une réunion annuelle permettra de faire le point sur les progrès réalisés par les différents acteurs.

Pour le ministre de la Transition Numérique et de l’Innovation Technologique, Djibril Ouattara, la signature de ce pacte doit désormais ouvrir la voie à une phase opérationnelle. « On a besoin d’accélérer l’adoption de l’intelligence artificielle », a-t-il déclaré, rappelant l’ambition du gouvernement de renforcer la contribution du numérique et de l’innovation technologique à l’économie nationale.
Le ministre a insisté sur le rôle du secteur privé dans cette transformation. Selon lui, les entreprises doivent notamment accroître leur productivité, conquérir de nouveaux marchés et explorer de nouveaux territoires grâce aux possibilités offertes par l’intelligence artificielle. « Je pense que nous sommes parfaitement alliés. Comme l’a dit le patron hier, le chef du gouvernement, nous devons passer maintenant à l’action. Je souhaite qu’ensemble, nous passions à l’action », a-t-il affirmé.
Djibril Ouattara a également présenté les grands axes du plan d’accélération de l’IA élaboré par son département ministériel. Cinq priorités se dégagent :
- définir et déployer des cas d’usage à fort impact dans l’administration, l’économie et au bénéfice des citoyens ;
- construire les infrastructures et les fondations nécessaires à l’IA, notamment à travers la gestion des données ;
- développer les compétences ;
- dynamiser la recherche, l’innovation et l’industrialisation ;
- mettre en place un cadre éthique et responsable.
Au-delà de la signature du pacte, l’ambition affichée est de positionner la Côte d’Ivoire comme un pays de référence en Afrique dans l’adoption d’une intelligence artificielle éthique, sécurisée, fiable et inclusive.
Le gouvernement entend ainsi utiliser l’IA pour stimuler l’innovation, améliorer la compétitivité des entreprises, renforcer les capacités nationales et contribuer à la résolution de défis prioritaires dans des secteurs tels que la santé, l’agriculture et l’administration publique. « Le pacte que nous avons signé aujourd’hui est la base de cette action », a conclu le ministre Djibril Ouattara, appelant les différents acteurs à unir leurs efforts afin de faire de l’intelligence artificielle un véritable moteur de transformation économique et sociale de la Côte d’Ivoire.



