Côte d’Ivoire : Lutte contre l’orpaillage clandestin, « Depuis Aboisso, Sangafowa-Coulibaly appelle à une nouvelle stratégie fondée sur les communautés »
Face à la persistance de l’orpaillage clandestin et à ses conséquences sur l’environnement, les terres agricoles et les ressources en eau, le gouvernement ivoirien entend revoir sa stratégie. À Aboisso, dans la région du Sud-Comoé, le ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, a appelé à dépasser la seule logique répressive pour privilégier une approche fondée sur la concertation, la responsabilisation et l’implication directe des communautés.

La rencontre, qui a réuni le corps préfectoral, les élus, les cadres ainsi que les autorités traditionnelles de la région, a été l’occasion pour le membre du gouvernement de rappeler les enjeux liés à la valorisation des ressources minières ivoiriennes, tout en insistant sur la nécessité de préserver les autres secteurs essentiels de l’économie nationale.
Dans son intervention, Mamadou Sangafowa-Coulibaly est revenu sur la vision du président Félix Houphouët-Boigny, qui avait fait de l’agriculture une priorité au lendemain de l’indépendance tout en anticipant l’importance que prendraient, à terme, les richesses du sous-sol ivoirien.
Selon le ministre, la Côte d’Ivoire est désormais appelée à tirer davantage profit de son potentiel minier, conformément à la vision du président Alassane Ouattara.
« Le président de la République, Son Excellence Monsieur Alassane Ouattara, digne héritier du président Félix Houphouët-Boigny, s’inscrivant dans la vision du père fondateur et pour répondre aux besoins croissants de développement de notre pays, est arrivé à la conclusion que le moment est venu pour notre pays de prendre avantage de son sous-sol », a-t-il expliqué.

Cette orientation s’inscrit, a-t-il précisé, dans une politique intégrée des ressources minérales et de l’énergie reposant sur plusieurs principes fondamentaux.
Au premier rang figure la nécessité de faire de l’exploitation minière un levier de développement sans qu’elle ne se transforme en menace pour l’agriculture. « L’un des principes est que l’exploitation de notre sous-sol ne doit pas se faire au détriment de l’agriculture, mais bien au contraire, l’exploitation de notre sous-sol doit se faire pour profiter au secteur agricole », a insisté le ministre.
La protection de l’environnement et une répartition équitable des bénéfices issus des ressources naturelles entre les générations actuelles et futures constituent également, selon lui, des impératifs auxquels l’État ne saurait déroger.
C’est toutefois la question de l’orpaillage clandestin qui a occupé une place centrale dans les échanges à Aboisso.
Malgré les nombreuses opérations de déguerpissement et de sécurisation menées au cours des dernières années, le phénomène continue de gagner du terrain dans plusieurs zones du pays, avec des conséquences particulièrement préoccupantes dans certaines localités du Sud-Comoé.
Pour Mamadou Sangafowa-Coulibaly, cette situation impose de tirer les leçons des méthodes utilisées jusqu’ici.
« Malgré toutes ces solutions, pourquoi le phénomène persiste ? Et nous sommes arrivés à une conclusion : c’est que le phénomène persiste parce que le tout-répression ne suffit pas. Il faut donner aux populations une alternative », a-t-il martelé.
Le ministre préconise ainsi un changement de paradigme. La lutte contre l’orpaillage clandestin ne devrait plus reposer exclusivement sur les interventions des forces de sécurité ou les opérations de fermeture des sites illégaux. Elle doit également s’appuyer sur les communautés directement concernées.
« Il faut que nous mettions les communautés au cœur de la recherche de solutions », a-t-il déclaré.
Pour le gouvernement, cette implication des populations locales doit permettre de mieux comprendre les réalités du terrain, d’identifier les mécanismes favorisant l’installation des sites clandestins et surtout de construire des alternatives économiques durables pour les personnes attirées par cette activité.
Le ministre a, par ailleurs, appelé à privilégier un dialogue franc avec les acteurs locaux. Pour lui, aucune complaisance ne doit être tolérée face à un phénomène dont les conséquences dépassent largement le cadre de l’exploitation illégale de l’or.
« Nous sommes tous perdants si cela persiste », a-t-il prévenu.
Cette volonté de réorienter la stratégie de lutte a reçu l’adhésion des autorités et des responsables locaux présents à la rencontre.
Le président du Conseil économique, social, environnemental et culturel (CESEC) et du Conseil régional du Sud-Comoé, Dr Eugène Aka Aouélé, a qualifié l’orpaillage clandestin de véritable catastrophe écologique, mais également de phénomène favorisant le développement de réseaux criminels.
Il a notamment relevé les menaces qui pèsent sur les terres agricoles et sur l’autorité de l’État dans les zones affectées.
Saluant les efforts engagés par le gouvernement ainsi que les opérations conduites par les forces de défense et de sécurité, Eugène Aka Aouélé a toutefois plaidé pour une action qui s’inscrive dans la durée.
Il souhaite ainsi que la concertation engagée permette de passer « de la seule neutralisation des sites clandestins à la reconquête durable des territoires ».
La chefferie traditionnelle entend également prendre toute sa part dans cette nouvelle dynamique.
Le président de la Chambre nationale des Rois et Chefs traditionnels, Sa Majesté Amon Tanoé Désiré, a particulièrement insisté sur les dégâts causés par l’orpaillage clandestin sur les ressources en eau.
« Nos communautés observent quotidiennement les effets de l’illégalité », a-t-il dénoncé, mettant en avant les inquiétudes des populations face à la dégradation de leur environnement.
Pour le souverain, les chefs traditionnels disposent d’un atout majeur dans cette lutte : leur proximité avec les populations.

Il a ainsi réaffirmé la disponibilité de la chefferie traditionnelle à accompagner les pouvoirs publics dans les actions de sensibilisation, à dénoncer les éventuelles complicités et à mobiliser les communautés autour de la préservation des ressources naturelles.
À travers cette rencontre d’Aboisso, le gouvernement entend donc donner une nouvelle orientation à la lutte contre l’orpaillage clandestin. Si la répression demeure nécessaire contre les réseaux et les acteurs qui violent la législation minière, l’accent est désormais mis sur la prévention, la sensibilisation, les alternatives économiques et la responsabilisation des communautés.
Dans le Sud-Comoé, où les terres agricoles, les ressources en eau et l’environnement constituent des patrimoines essentiels, le message porté par Mamadou Sangafowa-Coulibaly est clair : la lutte contre l’orpaillage clandestin ne pourra être gagnée durablement sans l’implication de ceux qui vivent au quotidien sur les territoires concernés.
L’enjeu est désormais de transformer cette volonté politique en actions concrètes, capables de protéger les ressources naturelles tout en offrant aux populations des perspectives économiques compatibles avec le développement durable de la Côte d’Ivoire.



