Côte d’Ivoire : Babily Dembélé revisite l’héritage d’Houphouët-Boigny et insiste sur les clés du développement

Dans la deuxième partie de son témoignage consacré à Félix Houphouët-Boigny, Babily Dembélé revient sur plusieurs marqueurs de l’histoire de la Côte d’Ivoire indépendante. De l’essor économique des premières décennies de l’indépendance à la formation des cadres, en passant par son propre parcours académique et professionnel, le président de l’Alliance Pour la République (APR) propose une lecture personnelle d’une époque qu’il considère comme déterminante dans la construction de l’État ivoirien.

Au cœur de son récit figure le célèbre « miracle ivoirien ». Babily Dembélé décrit une période caractérisée par une forte croissance économique, soutenue notamment par les performances du cacao et du café, l’afflux des investissements privés et étrangers, le développement des infrastructures et l’émergence d’un tissu industriel.

Cette dynamique a profondément transformé le pays. Les villes se sont modernisées, les réseaux routiers et les infrastructures se sont développés et l’agriculture commerciale s’est imposée comme l’un des moteurs de l’économie nationale. La Côte d’Ivoire s’est ainsi progressivement affirmée comme l’une des principales économies de l’Afrique de l’Ouest.

Mais Babily Dembélé ne présente pas cette période sous un prisme exclusivement positif. Il rappelle également les limites de ce modèle économique. À partir des années 1980, la baisse des cours des matières premières, particulièrement ceux du cacao et du café, conjuguée à l’endettement et aux déséquilibres économiques, a plongé le pays dans une crise profonde. Pour lui, cette séquence de l’histoire ivoirienne rappelle qu’aucun modèle de développement ne peut durablement reposer sur un seul levier économique.

Au-delà des performances économiques, Babily Dembélé accorde une importance particulière à l’éducation et à la formation des compétences. Il présente la promotion du mérite et l’investissement dans la jeunesse comme des éléments essentiels de la politique de développement conduite durant cette période.

Il revient notamment sur son propre parcours, marqué par son succès en mathématiques au cours de l’année scolaire 1978-1979. Cette distinction lui aurait permis de rencontrer Félix Houphouët-Boigny le 21 juillet 1979, en présence de sa mère et de son oncle.

Selon son témoignage, cette rencontre a profondément influencé son parcours. Il considère le premier président ivoirien comme une personnalité qui l’a encouragé à poursuivre ses études et à croire en ses capacités. Pour Babily Dembélé, cette expérience illustre l’importance que pouvait revêtir, dans la construction d’une nation, l’identification et l’accompagnement des jeunes talents.

Son itinéraire académique l’a ensuite conduit hors de Côte d’Ivoire. À Paris, il a poursuivi des études dans les domaines de l’architecture, de la construction et de l’aménagement au sein de l’Académie des Sciences. Il a ensuite gagné Le Caire, en Égypte, où il s’est intéressé à l’anthropologie et aux cultures ancestrales africaines.

Son parcours professionnel l’a finalement conduit à la Banque africaine de développement (BAD), où il a exercé comme expert dans le domaine des infrastructures. À travers cette trajectoire, Babily Dembélé met en avant une conviction : le développement de l’Afrique passe nécessairement par la formation de compétences capables de concevoir, financer et mettre en œuvre les grands projets nécessaires à sa transformation.

Dans son témoignage, l’ancien cadre de la BAD ne réduit toutefois pas le développement aux infrastructures et aux performances économiques. Il accorde une place importante à la culture, à la religion et à la cohésion sociale.

Il associe ainsi l’héritage de Félix Houphouët-Boigny à une vision plurielle de la nation ivoirienne, caractérisée par la coexistence de différentes communautés et l’ouverture aux populations venues des pays voisins. Selon lui, cette diversité devait être considérée non comme une faiblesse, mais comme une composante de l’identité ivoirienne.

Le dialogue, la tolérance et la coexistence pacifique apparaissent dès lors comme des éléments indissociables de sa lecture de l’houphouëtisme. Une approche qui trouve, à ses yeux, une illustration particulière à Yamoussoukro.

Devenue capitale politique et administrative de la Côte d’Ivoire en 1983, Yamoussoukro occupe une place particulière dans le récit de Babily Dembélé. La ville incarne, selon lui, l’ambition de Félix Houphouët-Boigny de doter le pays de symboles capables de porter son image au-delà de ses frontières.

La Fondation Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix et la Basilique Notre-Dame de la Paix figurent parmi les réalisations emblématiques associées à cette ambition. Au-delà de leur dimension architecturale, ces ouvrages traduisent, dans la lecture de Babily Dembélé, la volonté de placer la paix et le dialogue au cœur du rayonnement international de la Côte d’Ivoire.

Parmi les épisodes qu’il retient de cette période, Babily Dembélé évoque également une rencontre qu’il situe en France, en avril 1992, alors que Félix Houphouët-Boigny était malade.

Selon son récit, le président ivoirien se serait alors préoccupé de l’avenir du pays et de la nécessité de préserver son unité après sa disparition. Pour Babily Dembélé, ce souvenir résume une dimension essentielle du message laissé par celui qu’il appelle le « Vieux » : la paix et l’unité nationale ne doivent jamais être considérées comme définitivement acquises.

Cette conviction constitue aujourd’hui encore, selon lui, l’un des enseignements majeurs à tirer de cette période de l’histoire ivoirienne.

Dans son analyse, Babily Dembélé reconnaît les importantes avancées réalisées sous Félix Houphouët-Boigny dans la construction de l’État, le développement des infrastructures, la croissance économique et la formation des cadres. Il n’élude cependant pas les contradictions de cette période.

Il rappelle notamment le contexte du parti unique, la forte concentration du pouvoir politique et les difficultés économiques apparues au cours des années 1980. Cette lecture nuancée lui permet de considérer l’ère Houphouët-Boigny comme une période faite à la fois de réussites majeures, de choix politiques discutables et de fragilités structurelles.

Mais au-delà de ce bilan historique, Babily Dembélé dit retenir surtout une philosophie de développement articulée autour de plusieurs principes : la paix, le dialogue, le pardon, le mérite, la formation et la cohésion nationale.

Son propre parcours constitue, à ses yeux, une illustration de cette approche. De sa distinction en mathématiques à ses études à Paris et au Caire, puis à son expérience professionnelle à la Banque africaine de développement, il entend démontrer que l’investissement dans les compétences humaines demeure l’un des fondements essentiels du développement.

En revisitant l’héritage de Félix Houphouët-Boigny, Babily Dembélé propose finalement une lecture qui dépasse les seuls chiffres de la croissance ou les grandes réalisations architecturales.

Pour lui, la véritable solidité d’un État ne se mesure pas uniquement à ses infrastructures, à ses routes ou à sa puissance économique. Elle repose également sur sa capacité à former sa jeunesse, à valoriser le mérite, à préserver la paix, à respecter la diversité culturelle et religieuse et à maintenir le dialogue entre les différentes composantes de la société.

À travers ce témoignage, le président de l’Alliance Pour la République (APR) revisite ainsi une page majeure de l’histoire de la Côte d’Ivoire, en mettant en avant à la fois les acquis et les limites de l’ère Houphouët-Boigny. Une manière, pour lui, de rappeler que les enseignements du passé peuvent encore nourrir la réflexion sur les voies du développement et de la cohésion nationale.

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