Côte d’Ivoire : Fluidité des transports, « l’OFT dévoile un plan d’action ambitieux pour lever les entraves »

Ce mardi 28 juillet 2026, la question de la mobilité en Côte d’Ivoire était au cœur de la tribune « Tout Savoir Sur » organisée ce mardi par le Centre d’Information et de Communication Gouvernementale (CICG), au siège de SIGFU. Invité d’honneur de cette session, le Docteur Kouyaté Mohamed, Secrétaire général de l’Observatoire de la Fluidité des Transports (OFT), a livré un diagnostic précis de la situation tout en dévoilant les perspectives d’amélioration pour les années à venir.

Face à un auditoire composé d’acteurs du secteur, de représentants des forces de l’ordre et de journalistes, le responsable de l’OFT a présenté les conclusions du rapport d’activités 2025, révélant des avancées significatives mais aussi des défis persistants qui entravent la libre circulation des personnes et des biens sur le territoire national.

Dans le Grand Abidjan, les données collectées par l’OFT confirment une réalité que les usagers connaissent bien : les heures de pointe, de 7h à 10h et de 16h à 19h, concentrent l’essentiel des difficultés de circulation. Ces pics de congestion sont principalement imputables aux déplacements massifs entre domiciles, lieux de travail et établissements scolaires.

Mais au-delà de ce phénomène structurel, le Secrétaire général de l’OFT a pointé plusieurs facteurs aggravants : les stationnements anarchiques, l’occupation illicite des trottoirs par des commerces informels, ainsi que les chantiers de construction d’infrastructures (routes, ponts, échangeurs) qui, bien que nécessaires à l’amélioration de la mobilité urbaine à long terme, perturbent considérablement le trafic durant leur phase de réalisation.

« Nous attendons une véritable collaboration des populations », a insisté Dr Kouyaté, appelant les citoyens à signaler toute occupation anarchique via le Centre d’Alerte et d’Action pour la Fluidité (CAAF), joignable au 86090 ou via les réseaux sociaux de l’institution.

Le constat est plus alarmant encore sur les axes interurbains. Le rapport 2025 établit une moyenne de 6,1 barrages aux 100 km sur l’ensemble du territoire national, un chiffre qui contraste violemment avec les normes en vigueur :

  • La circulaire interministérielle n°1136 du 25 juillet 2011, qui définit les 33 localités autorisées à abriter des postes de contrôle, ramènerait ce chiffre à 1 barrage aux 100 km.
  • Les directives communautaires de l’UEMOA recommandent un maximum de 2 points de contrôle sur un corridor économique.
  • Le mémorandum d’Accra de la CEDEAO préconise quant à lui un maximum de 3 barrages aux 100 km.

Face à cet écart préoccupant, l’OFT s’est fixé des objectifs progressifs : réduire cet indicateur à 5,1 barrages aux 100 km dès 2026, puis atteindre 1,5 barrage aux 100 km à l’horizon 2030.

Mais les conséquences de cette prolifération de points de contrôle vont bien au-delà des simples désagréments. Dr Kouyaté a révélé une donnée édifiante : le montant des perceptions illicites et du racket routier a atteint 103,68 milliards de FCFA en 2025, un coût qui s’ajoute aux charges logistiques des transporteurs et contribue mécaniquement à la hausse des prix sur les marchés, affectant directement le pouvoir d’achat des populations.

« L’une des priorités majeures de l’OFT demeure la lutte contre le racket routier et les barrages illégaux », a martelé le Secrétaire général, soulignant que plusieurs auteurs de perceptions illicites ont récemment été condamnés à de lourdes peines par le Tribunal Militaire d’Abidjan.

À l’opposé de ce tableau contrasté, le secteur maritime affiche des résultats plus satisfaisants. Concernant le Port de San Pedro, premier port d’exportation de cacao au monde, les indicateurs de performance sont au vert :

  • Temps de séjour des marchandises à l’export : 6,92 jours en moyenne annuelle, largement en dessous de la norme interne de 21 jours maximum.
  • Temps de séjour des marchandises à l’import : 5,61 jours en moyenne, contre une norme de 10 jours maximum.

Ces chiffres témoignent de la célérité des formalités conduites par les équipes du Port Autonome de San Pedro et des Douanes ivoiriennes, un atout majeur pour la compétitivité de la plateforme portuaire ivoirienne.

Pour faire face aux entraves à la fluidité, l’OFT déploie chaque année des caravanes de contrôle sur les principaux corridors économiques du pays :

· Abidjan-Ouangolo-Pogo-Laleraba

· Abidjan-San Pedro

· San Pedro-Daloa-Tengrela-Nigouni

· Abidjan-Noé

· Abidjan-Man-Odienné

Ces missions, menées en collaboration avec les représentants des Grands Commandements, les acteurs du transport et les organismes publics, visent à :

  • Démanteler tous les barrages non autorisés par la circulaire interministérielle
  • Sanctionner les agents commis au contrôle ne possédant pas de bulletin de service ou d’ordre de mission
  • Impliquer les Comités Locaux de Facilitation du Transport (CLFT) dans le suivi des acquis
  • Assurer la poursuite des agents pris en flagrant délit devant le Tribunal Militaire d’Abidjan
  • Sensibiliser les acteurs aux bonnes pratiques en matière de contrôle routier

L’OFT ne se contente pas d’actions répressives. L’institution a développé plusieurs outils innovants pour renforcer son efficacité :

· Système de Traitement et d’Analyse de Données (STAD) pour une meilleure exploitation des statistiques

· Mission d’Intervention Rapide (MIRAP) pour des réponses immédiates aux situations critiques

· Observation du trafic routier par drones pour une vision aérienne des flux de circulation

· Bulletins mensuels de la fluidité urbaine pour informer régulièrement les usagers

· OFT Fluidité routière : système de diffusion d’alerte et d’information en temps réel

· Diffusion d’informations routières par SMS pour toucher le plus grand nombre

Dans une dynamique de proximité, l’OFT procède à l’installation progressive de Comités Locaux de Facilitation du Transport (CLFT) dans les 32 régions du pays. À ce jour, 12 comités sont déjà opérationnels, et l’objectif est d’achever cette couverture d’ici fin 2027.

Placés sous l’autorité directe des préfets et assurant leur secrétariat via les directeurs régionaux des Transports, ces comités réunissent l’ensemble des acteurs locaux pour traiter au plus près du terrain les questions relatives à la fluidité des transports.

L’OFT est également l’ancrage institutionnel des Postes de Contrôle Juxtaposés (PCJ) en Côte d’Ivoire. Ces infrastructures innovantes permettront, aux frontières, d’effectuer les formalités administratives des deux pays en un seul endroit.

« Par exemple, les voyageurs ivoiriens et burkinabè accompliront simultanément les formalités des deux pays dans un même poste, ce qui réduira considérablement les délais d’attente, les coûts et facilitera la circulation transfrontalière », a expliqué Dr Kouyaté.

Au-delà des seules infrastructures frontalières, ces projets intègrent des ouvrages sociaux au profit des populations riveraines : écoles avec logements d’enseignants, centres de santé, marchés ruraux, indemnisations et réinstallation des communautés affectées.

L’expertise développée par l’OFT fait aujourd’hui de la Côte d’Ivoire un modèle dans la sous-région. Plusieurs pays, notamment ceux de la CEMAC, ont manifesté leur intérêt pour s’inspirer du modèle ivoirien en matière de facilitation des transports.

L’institution intervient également dans plusieurs projets régionaux, notamment sur les axes Abidjan-San Pedro-Tabou vers le Liberia et Odienné-frontière guinéenne, en collaboration avec des partenaires techniques et financiers dont la Banque africaine de développement (BAD).

L’OFT est systématiquement mobilisé lors des grands événements nationaux (Fête de l’Indépendance, Tabaski) pour prévenir les accidents, assurer la fluidité du trafic, sécuriser l’approvisionnement des marchés et lutter contre les barrages illégaux.

L’institution intervient également dans les situations d’urgence, notamment lors des fortes pluies et des inondations, en apportant son appui opérationnel aux côtés des autres services de l’État pour rétablir rapidement les conditions de circulation.

En conclusion de son intervention, Dr Kouyaté Mohamed a réaffirmé l’engagement de l’OFT à poursuivre les efforts engagés, tout en insistant sur la nécessaire mobilisation de tous les acteurs.

« Le transport est un levier essentiel du développement économique. Un climat des affaires attractif et propice aux investissements ne peut être garanti sans une circulation fluide des personnes et des biens », a-t-il souligné.

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