Côte d’Ivoire : Gouvernance économique et dette publique, « La CSI-Afrique appelle à un partenariat avec les travailleurs pour combattre la corruption »

La Confédération Syndicale Internationale – Région Afrique (CSI-Afrique) et ses organisations affiliées ivoiriennes; Centrale Syndicale Humanisme (CSH), Confédération ivoirienne des syndicats libres (CISL-Dignité), Union générale des travailleurs de Côte d’Ivoire (UGTCI) et Fédération des syndicats autonomes de Côte d’Ivoire (FESACI-CG), ont tenu ce vendredi une conférence de presse de plaidoyer au siège de la Centrale Syndicale Humanisme, à Adjamé-Williamsville. Au cœur des échanges : la gouvernance économique, la lutte contre les flux financiers illicites, la justice en matière de dette publique et la promotion du travail décent.

Prenant la parole au nom de la délégation, Anselme Amoussou, secrétaire général adjoint de la CSI pour le continent africain, a d’abord salué la mobilisation des organisations syndicales ivoiriennes et de la presse, rappelant qu’il ne suffit pas de bien faire, il faut aussi faire savoir.

Il a présenté la CSI-Afrique comme la structure régionale de la Confédération Syndicale Internationale (CSI), dont le siège se trouve à Bruxelles. Présente dans 52 pays africains, l’organisation fédère près de 18 millions de travailleurs affiliés. Dirigée politiquement par un Bureau exécutif et administrée par un Secrétaire général, elle compte la Côte d’Ivoire parmi ses instances dirigeantes, représentée par l’un de ses vice-présidents.

M. Amoussou a insisté sur un défi de fond : dans de nombreux pays, le syndicat reste perçu comme une menace, tant par certains employeurs que par certains gouvernants, réduit à son seul rôle de contestation. Face à ce constat, la CSI-Afrique a engagé une dynamique de renforcement des capacités de ses affiliés, afin que les responsables syndicaux puissent intervenir avec compétence dans le dialogue social et s’imposer comme des partenaires crédibles, porteurs de solutions plutôt que d’opposition systématique.

Selon lui, les enjeux du monde du travail dépassent aujourd’hui largement les revendications salariales : ils englobent le changement climatique, la transition juste, les migrations, et surtout la gouvernance économique au premier rang de laquelle figure la question de la dette publique.

Pour la CSI-Afrique, la dette souveraine ne doit plus être un sujet réservé aux seuls experts. Les travailleurs, qui vivent quotidiennement les conséquences des choix économiques, doivent pouvoir participer au débat et répondre collectivement à des questions essentielles : le pays s’endette-t-il dans de bonnes conditions ? La qualité de cet endettement est-elle satisfaisante ? Les citoyens doivent-ils suivre l’usage de la dette publique ?

C’est pour répondre « oui » à ces interrogations que l’organisation travaille à la mise en place d’une veille citoyenne et syndicale sur ces questions, appuyée par son institut de recherche, présent au sein de la délégation.

La mission de la CSI-Afrique en Côte d’Ivoire, articulée autour de quatre axes; gouvernance économique, dette publique, lutte contre la corruption et flux financiers illicites a donné lieu, depuis lundi, à plusieurs rencontres de haut niveau : le Président du Conseil économique, social, environnemental et culturel, le Président du Conseil national du dialogue social, ainsi que des cadres du ministère de l’Économie et des Finances.

La délégation a félicité le gouvernement ivoirien pour le renforcement du cadre juridique de lutte contre la corruption et la mise en place d’institutions dédiées à la transparence et à la bonne gouvernance. Elle a néanmoins formulé des recommandations, appelant à un dialogue social renforcé autour de ces initiatives et à une pleine association des travailleurs et des organisations syndicales aux réflexions sur la dette, la gouvernance économique et la lutte contre la corruption.

L’après-midi devait se poursuivre par des échanges avec la Haute Autorité pour la Bonne Gouvernance et le ministère de l’Emploi et de la Fonction publique.

Une déclaration commune a été lue par Soro Mamadou, secrétaire général de la Centrale Syndicale Humanisme et président adjoint de la CSI pour la région africaine. Le texte salue la Stratégie ivoirienne de lutte contre la corruption 2024-2028, son programme opérationnel, ainsi que les réformes engagées dans la gestion des finances publiques.

Le document souligne que la corruption et la kleptocratie définies comme l’usage de l’autorité et des ressources publiques à des fins privées affaiblissent l’assiette fiscale et détournent des ressources productives, par le biais notamment de la fausse facturation commerciale, des transferts abusifs de bénéfices ou du blanchiment d’argent. Les travailleurs, en particulier les femmes, les jeunes et les acteurs de l’économie informelle, en subissent directement les conséquences : pertes d’emplois, pression sur les salaires, services publics sous-financés.

Sur la dette, la déclaration pose un principe clair : un endettement mesuré peut financer infrastructures, énergie, santé et éducation, à condition d’être transparent, prudent et créateur de valeur publique. Le service de la dette ne doit pas primer sur le travail décent ni sur l’investissement social.

La déclaration commune avance plusieurs priorités pour un partenariat renforcé avec l’État :

  • la mise en œuvre mesurable de la stratégie anti-corruption, assortie de rapports annuels de reddition de comptes ;
  • des marchés publics transparents et une vérification de la propriété effective des entreprises ;
  • une meilleure coordination des institutions et la protection des lanceurs d’alerte ;
  • une mobilisation équitable des recettes fiscales, sans charge supplémentaire pour les travailleurs et les petites entreprises ;
  • la publication des contrats de prêt, de leurs conditions et de leurs résultats, ainsi qu’un contrôle parlementaire renforcé de l’ensemble de la dette publique et des partenariats public-privé.

En contrepartie, la CSI-Afrique et ses affiliés ivoiriens s’engagent à sensibiliser les travailleurs aux enjeux de finances publiques et de dette, à renforcer les capacités syndicales en matière d’analyse budgétaire et de suivi des marchés publics, à participer au contrôle des projets et services publics financés par l’emprunt, à collaborer avec les institutions, employeurs, société civile et médias, et à garantir eux-mêmes transparence et démocratie interne au sein de leurs propres organisations.

Dans une interview, Yacouba Traoré, secrétaire général de la FESACI-CG, a resitué cette mobilisation dans le cadre du programme annuel de la CSI, dont le bureau opérationnel est basé à Lomé, au Togo. Il a insisté sur la nécessité d’une prise de conscience nationale et sur le rôle du corps social, les travailleurs, dans le suivi de l’utilisation des ressources contractées par l’État.

Pour M. Traoré, la lutte contre la corruption est indissociable du développement, et suppose une synergie entre gouvernants, employeurs et travailleurs autour d’une même table. S’agissant de la dette, il a plaidé pour un accès à l’information sur sa destination et son utilisation, condition selon lui d’un véritable « contrôle citoyen » sur la bonne gestion des ressources du pays.

La déclaration commune se conclut sur un appel au gouvernement, au Parlement, aux institutions de contrôle et aux employeurs, en faveur d’un dialogue renforcé et d’une gouvernance efficiente de la dette, adossée à un plan d’action et à un bilan public annuel. Pour la CSI-Afrique, la Côte d’Ivoire sera d’autant plus forte que ses ressources seront traçables, ses emprunts justifiés, ses institutions crédibles et la voix de ses travailleurs entendue.

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