Côte d’Ivoire : Crise au PDCI-RDA, « Valérie Yapo crée le HDL et ouvre la bataille pour la réforme du parti »

Le Lundi 4 mai 2026, à l’hôtel Palm Club de Cocody, Valérie Yapo a choisi la voie de la rupture assumée sans quitter le navire. Membre du Bureau Politique du PDCI-RDA, elle a annoncé devant la presse la création d’un courant interne, les Héritiers pour la démocratie et la légalité (HDL-PDCI-RDA), avec une mission déclarée : remettre le vieux parti sur ses rails, à trois ans d’une séquence électorale cruciale pour l’opposition ivoirienne.

Le ton était grave, presque solennel. « La rencontre de ce jour est un moment de responsabilité, un moment de fidélité à l’histoire et d’engagement pour l’avenir », a déclaré Valérie Yapo en ouverture, avant de poser, sans détour, son verdict sur l’état du parti : « Le PDCI va mal. »

Depuis la disparition de Henri Konan Bédié en août 2023, le parti fondé par Félix Houphouët-Boigny traverse, selon elle, une crise de gouvernance profonde : instances paralysées, décisions prises de manière unilatérale, divisions persistantes, contestations judiciaires à répétition. La nouvelle présidente du HDL va plus loin en remettant en cause la légitimité de la direction issue du Congrès extraordinaire organisé après le décès de l’ancien chef de l’État. « Cette élection a consacré de mauvaises pratiques et la division », a-t-elle dénoncé, sans désigner de nom, mais sans ambiguïté sur sa cible.

Face aux inévitables lectures fractionnistes, Valérie Yapo a pris soin de cadrer son initiative. « Nous ne sommes pas contre le PDCI-RDA, nous agissons pour son redressement », a-t-elle affirmé, insistant sur le fait que le HDL n’est ni une dissidence ni une rupture. Le mouvement se présente comme un instrument de pression interne, dont les exigences sont précises : respect strict des textes statutaires, restauration du débat démocratique, réactivation des organes du parti et en premier lieu, la tenue d’un bureau politique suivi d’un congrès extraordinaire.

Un programme de réforme qui, derrière la modération du vocabulaire, constitue une mise en demeure directe adressée à la direction en place.

Pour peser, le HDL compte sur le terrain. Valérie Yapo a annoncé le lancement imminent d’une tournée nationale destinée à fédérer les militants acquis à la cause réformatrice. « Nous passons du silence à l’action », a-t-elle lancé, en appelant les membres du parti à rejoindre ce qu’elle qualifie de « révolution interne » une formule volontairement forte, dont elle a toutefois tenu à préciser les limites : « Je ne suis pas venue pour diviser le PDCI-RDA. »

En guise de conclusion, la leader a convoqué les figures tutélaires du parti. Invoquant les noms de Félix Houphouët-Boigny et Henri Konan Bédié, elle a rappelé les valeurs qui, selon elle, ont fait la grandeur du PDCI : démocratie, dialogue, légalité. « Le PDCI-RDA est plus qu’un parti. C’est un héritage que nous avons le devoir de préserver et de transmettre », a-t-elle conclu, sous les applaudissements de la salle.

À trois semaines du lancement officiel annoncé du mouvement, et à l’aube d’un cycle politique que l’opposition ivoirienne ne peut se permettre d’aborder en ordre dispersé, la bataille pour l’âme du PDCI-RDA est désormais officiellement ouverte.

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