Côte d’Ivoire : Programme ENACTE, « Un modèle intégré qui porte ses fruits dans la lutte contre le travail des enfants dans le cacao »

Le vendredi 30 janvier 2026, dans la région de la Nawa, cœur battant de la cacaoculture ivoirienne, un programme innovant fait la preuve qu’une approche intégrée et coordonnée peut agir efficacement sur les causes profondes du travail des enfants. À l’issue d’une mission de suivi de haut niveau, les partenaires du programme ENACTE (Ensemble pour agir sur les causes profondes du travail des enfants dans la Nawa) ont dressé un bilan encourageant de sa première phase et appelé à son extension à l’échelle nationale.

Financé par l’Union européenne et la Suisse, et mis en œuvre par un consortium d’agences des Nations Unies, l’Organisation internationale du Travail (OIT), le Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF) et l’Organisation internationale pour les Migrations (OIM), ENACTE cible depuis juillet 2022 une région où la forte production de cacao coexiste avec une prévalence élevée du travail des enfants et d’importants flux migratoires.

L’objectif central est de promouvoir les droits des enfants via l’accès à l’éducation et aux services sociaux de base, tout en offrant aux jeunes et à leurs parents des opportunités de travail décent. La mission, qui s’est rendue sur le terrain, avait pour but d’évaluer les réalisations et de préparer une éventuelle seconde phase de réplication.

Les conclusions sont unanimes : ENACTE a généré des avancées concrètes. Le programme, déployé en partenariat étroit avec les comités nationaux de lutte contre le travail des enfants (CNS et CIM), a d’abord renforcé la coordination institutionnelle, souvent un point faible dans la lutte contre ce fléau.

« ENACTE a permis de confirmer l’évidence : lorsque les acteurs décident de décloisonner leurs interventions et de travailler ensemble de manière solidaire, les résultats sont plus efficaces et concrets », a affirmé Amani Konan, Consultant National au Cabinet de la Première Dame. Un sentiment partagé par Martin N’guettia, Secrétaire exécutif du CIM : « ENACTE a atteint ses objectifs en apportant une réponse holistique à la question de la coordination et de la gouvernance. »

Sur le terrain, cette coordination s’est traduite par un rapprochement des services essentiels des populations rurales. Les interventions ont amélioré l’interopérabilité entre les services de santé et l’état civil un levier crucial pour l’enregistrement des naissances et l’accès aux droits. « L’accès effectif à l’éducation, à la santé et à l’enregistrement des naissances constitue un levier décisif pour protéger durablement les enfants », a souligné Jean-François Basse, Représentant de l’UNICEF en Côte d’Ivoire.

Le volet travail décent porté par l’OIT a notamment permis la syndicalisation de producteurs de cacao et la promotion de moyens de subsistance alternatifs pour les familles vulnérables. « Des actions ciblées sur le travail décent, la protection sociale et le dialogue social produisent un impact réel et mesurable sur la prévention », a expliqué Ndeye Coumba Diop, Directrice du Bureau pays de l’OIT à Abidjan.

Enfin, l’amélioration des infrastructures de base, comme l’accès à l’eau potable, portée par l’OIM, a directement renforcé la résilience des communautés. « Ces investissements ont un effet direct sur la réduction des risques de travail des enfants », a noté David Preux, Représentant de l’OIM.

Face à ces succès, l’appel à capitaliser et à étendre le modèle ENACTE est général. Le Préfet de la région de la Nawa, Clément Kouamé Bi Kalou, a salué la collaboration et souhaité voir se poursuivre cette dynamique à travers une seconde phase.

Les bailleurs de fonds, premiers témoins de l’impact, abondent dans ce sens. Gérard Babalola Laleyé, Conseiller Régional pour la Coopération Suisse, a déclaré : « Plusieurs approches innovantes développées par ENACTE, si elles sont portées à l’échelle nationale directement dans les programmes de l’Etat, nous aurions atteint un vrai résultat de développement et de durabilité. »

C’est précisément la vision défendue par les partenaires nationaux. Pour Amani Konan, le modèle ENACTE est un succès, il devrait inspirer tous les acteurs, être intensifié et étendu à l’ensemble du territoire national. Martin N’guettia y voit quant à lui a signifié un modèle durable que l’on pourrait répliquer dans d’autres secteurs d’activité et dans d’autres régions.

Alors que la première phase du programme s’achèvera en juin 2026, la mission de suivi a ainsi jeté les bases d’une future extension. Le défi est maintenant de transformer cet écosystème vertueux, testé avec succès dans la Nawa, en une politique publique nationale, capable d’accélérer durablement l’élimination du travail des enfants dans toute la Côte d’Ivoire. L’espoir est permis, car ENACTE a démontré que lorsque la volonté politique, l’expertise technique et le financement international convergent vers une stratégie intégrée, des solutions durables émergent.

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