Côte d’Ivoire : Lutte contre le terrorisme en Afrique de l’Ouest, « Le Dr Lassina Diarra présente son nouvel ouvrage, une analyse percutante sur l’enracinement du jihadisme »

Une cérémonie de dédicace sobre mais dense en réflexions stratégiques s’est tenue le mardi 9 décembre à l’hôtel Palm Club, autour du dernier ouvrage du Dr Lassina Diarra, éminent expert en sécurité et directeur de l’Institut de Recherche Stratégique de l’Académie Internationale de Lutte Contre le Terrorisme en Côte d’Ivoire. L’événement a réuni décideurs politiques, militaires, diplomates et chercheurs, témoignant de l’urgence et de la pertinence du sujet traité : les mutations et l’enracinement de la menace terroriste en Afrique de l’Ouest.

Dans un discours percutant, le Dr Diarra a posé d’emblée le constat d’une lutte antiterroriste en panne d’efficacité. « Cela fait plus de vingt ans que nous luttons contre un mal. Et pourquoi n’arrivons-nous pas à éradiquer le phénomène, ou même à le maintenir à un niveau acceptable ? », a-t-il interrogé. Il a souligné l’inquiétante progression géographique de la menace, des confins sahéliens (Mali, Algérie, Niger) vers le cœur des États côtiers, signe d’un processus d’« endogénisation » redoutable. « Aujourd’hui, ce sont les états côtiers qui sont significativement menacés », a-t-il alerté, dépeignant une cartographie des risques en constante et défavorable évolution.

L’œuvre présentée se veut un antidote aux analyses simplistes. Elle se démarque, selon son auteur, d’une littérature souvent focalisée sur les violences visibles pour s’attaquer aux racines invisibles du mal. Le livre analyse comment l’idéologie salafiste-jihadiste a profité des « carences structurelles de gouvernance » et d’une « pénurie de veille administrative et sécuritaire » pour développer des « succursales locales » dans les sociétés africaines.

S’appuyant sur des données empiriques recueillies sur le terrain et jusque dans les prisons, l’auteur « relativise les postulats « rationnels » » pauvreté, injustice, mauvaise gouvernance souvent invoqués pour expliquer l’engagement jihadiste. 

Pour lui, ces facteurs ne sont que des contingences, un terreau facilitant, mais non le moteur principal.

La contribution majeure du Dr Diarra réside dans son analyse de la fabrique idéologique des terroristes. « Je me suis rendu compte qu’ils sont des acteurs politiques. Cela suppose une idéologie et ça suppose un engagement », a-t-il affirmé. Il identifie deux industries de production de cette idéologie : le talibéisme  (l’éducation dans certaines écoles coraniques non régulées) et le rôle des meneurs religieux radicaux.

« Ceux qui rejoignent les camps pour des motifs socio-économiques tant qu’ils ne sont pas convaincus idéologiquement, ils ne sont jamais envoyés au front », a-t-il expliqué, soulignant la prééminence de l’endoctrinement. Cette idéologie opère par une dissémination et une dissimulation insidieuses, altérant les rapports religieux et préparant par injection de doses homéopathiques, les consciences au terrorisme.

L’ouvrage et le discours de son auteur constituent un plaidoyer pour une réévaluation fondamentale des stratégies de lutte. Il invite à une atténuation des postures militaristes au profit d’une bataille des idées et d’une vigilance accrue face à la propagation sourde de l’extrémisme. La question clé qu’il pose aux sociétés ouest-africaines, notamment à la Côte d’Ivoire et au Sénégal, est celle de la perception de la menace : « Sont-ils perçus comme des ennemis lointains ou des ennemis proches ? »

La réponse, suggère-t-il, déterminera la capacité à répondre efficacement à un phénomène qui cherche non seulement à détruire les États, mais à détruire ce qui est le plus dangereux, notre modèle social le modèle républicain.

En mettant son travail à la disposition des décideurs, le Dr Diarra appelle à un engagement collectif renouvelé, fondé sur une compréhension fine de l’adversaire. La présence et l’écoute des hautes personnalités lors de cette dédicace laissent entrevoir que cet appel trouve un écho au plus haut niveau, à un moment critique pour la sécurité régionale.

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